Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 19
Présentation
Cette question traite de : De la bonté et de la malice de l'acte intérieur de la volonté
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
L'objet de la volonté et sa bonté
La volonté est par essence ordonnée vers le bien. Saint Thomas enseigne que la bonté ou la malice de l'acte de volonté dépend principalement de son objet. Un acte de volonté est bon si le bien qu'il vise est véritablement bon ; il est mauvais si ce bien est en réalité un mal ou si l'intention le détourne du bien véritable. Cette doctrine dérive de la conviction thomiste que la volonté est puissance de l'âme ordonnée au bien.
La circonstance et l'intention
Au-delà du seul objet, Saint Thomas reconnaît que les circonstances et l'intention du volant affectent également la moralité de l'acte. Une action peut être bonne dans son objet mais devenir mauvaise par ses circonstances ou par l'intention de celui qui agit. Inversement, une bonne intention ne peut pas transformer un acte intrinsèquement mauvais en un acte bon. Cette analyse montre la complexité de l'évaluation morale que les vertus morales doivent développer et guider.
L'absence de bonté absolue sans intention bonne
Saint Thomas affirme qu'aucun acte intérieur de la volonté ne peut être bon sans une intention bonne. Car il ne suffit pas de vouloir un objet qui soit bon en soi ; il faut également que cela soit voulu pour une fin légitime et conforme à la loi divine. Cette exigence reflète la doctrine de la loi naturelle qui oriente toute action humaine vers sa fin dernière.
Les malices particulières de la volonté
La malice de la volonté peut prendre diverses formes : vouloir un mal intrinsèque, vouloir un bien mais pour une mauvaise fin, ou vouloir détourner un bien de sa fin naturelle. Saint Thomas analyse comment chacune de ces malices affecte l'homme et son rapport à Dieu. Cette question s'insère dans la compréhension plus large du péché et de ses différentes espèces.
La relation entre volonté et raison pratique
L'acte de la volonté ne peut être judicieusement appelé bon ou mauvais sans considérer le rôle de la raison pratique. En effet, c'est la raison qui propose à la volonté le bien apparent et qui guide son jugement. Ainsi, une volonté qui suit une raison pratique erronée, bien qu'elle tente d'atteindre ce qu'elle estime être le bien, commet néanmoins une faute morale. Cette interdépendance entre l'intelligence et la volonté est fondamentale à toute la théologie morale thomiste.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 19
Q. 19 - De la bonté et de la malice de l'acte intérieur de la volonté
Saint Thomas examine spécifiquement la moralité de l'acte intérieur de la volonté, déterminant comment l'intention et le vouloir reçoivent leur qualification morale.
Introduction
Cette question approfondit les principes de moralité appliqués à l'acte propre de la volonté. Elle examine comment l'objet voulu, la conformité à la raison, et la fin intentionnée déterminent la bonté ou malice du vouloir intérieur.
La bonté de la volonté dépend-elle de l'objet
La bonté de la volonté dépend essentiellement de son objet, c'est-à-dire de ce qu'elle veut. La volonté est bonne quand elle veut ce qui est conforme à la raison droite et à la loi divine. Vouloir ce qui est en soi bon rend la volonté bonne ; vouloir ce qui est en soi mauvais rend la volonté mauvaise.
La volonté est-elle bonne par sa conformité à la raison droite
La volonté est bonne lorsqu'elle se conforme à la raison droite, c'est-à-dire à la raison éclairée par la loi divine. La raison droite est la règle prochaine de la moralité des actes humains, tandis que la loi éternelle de Dieu en est la règle première et suprême. La volonté doit toujours suivre la raison droite.
La volonté qui suit la raison erronée est-elle bonne
Une volonté qui suit une raison invinciblement erronée est excusée, mais n'est pas pour autant bonne au sens absolu. Si l'erreur est vincible, c'est-à-dire due à la négligence, la volonté est coupable. La conscience doit être formée selon la vérité objective révélée par Dieu.
La bonté de la volonté dépend-elle de la loi éternelle
La bonté de la volonté dépend ultimement de sa conformité à la loi éternelle, qui est la raison divine gouvernant toute la création. C'est par la participation à cette loi éternelle, par la loi naturelle et la loi révélée, que la volonté humaine connaît ce qui est véritablement bon.
La volonté dissidente de la raison erronée est-elle mauvaise
Si quelqu'un agit contre sa conscience, même erronée, il pèche, car il agit contre ce qu'il croit être la volonté de Dieu. Cependant, dans le cas d'une conscience invinciblement erronée, la personne doit s'efforcer de corriger son erreur. La formation de la conscience selon la vérité est un devoir moral.
La bonté de la volonté humaine dépend-elle de la volonté divine
La bonté de la volonté humaine dépend essentiellement de sa conformité à la volonté divine. Dieu est la règle suprême de toute moralité. Vouloir ce que Dieu veut, et parce qu'il le veut, constitue la perfection de la volonté humaine. Cette conformité s'obtient principalement par la charité.
L'intention et la moralité de l'acte de volonté
L'intention de la fin détermine profondément la moralité de l'acte de volonté. Une intention mauvaise corrompt l'acte tout entier, même si l'objet matériel de l'acte est en soi bon. La pureté d'intention est essentielle à la perfection morale. Tous nos actes doivent être ordonnés à Dieu comme fin ultime.
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