La loi est un topic qui nous permet de construire des arguments en faisant appel aux lois écrites et aux règlements établis.
Qu'est-ce que la Loi?
La loi est une règle établie et écrite par une autorité légitime. Elle répond à la question : "Qu'est-ce que la loi dit à ce sujet?"
Par exemple :
-
"La Constitution garantit la liberté d'expression"
-
"La loi établit que le contrat doit être respecté"
-
"Selon le Code civil, cette action est illégale"
L'Importance de la Loi en Rhétorique
L'usage de la loi comme lieu d'argumentation présente plusieurs avantages rhétoriques majeurs qui en font un outil privilégié de la persuasion dans les contextes formels.
Établir l'Obligation Légale
Montrez ce qui est légalement requis :
- "La loi exige que vous respectiez les contrats"
Réfuter par la Non-Conformité
Montrez que la position de l'adversaire viole la loi :
- "Votre proposition violer l'article 10 de la Constitution"
Utiliser la Légalité comme Argument
Montrez que quelque chose est légal et donc acceptable (au moins d'un point de vue légal) :
- "Ce contrat est légal et donc doit être respecté"
Réfuter la Légitimité
Montrez que quelque chose n'a pas de base légale :
- "Il n'existe aucune loi qui autorise cela"
Comment Utiliser la Loi en Persuasion
L'emploi efficace du topic de la loi requiert la maîtrise de plusieurs techniques argumentatives précises que les rhéteurs classiques ont codifiées.
Citer la Loi Pertinente
"Selon l'article 15 de la Constitution..."
Montrer l'Application Logique
"Si la loi dit X, et que Y est un cas d'X, alors la loi s'applique à Y"
Montrer la Violation
"Ceci viole clairement l'article..."
Distinguer la Loi de la Moralité
"Bien que ce soit légal, ce n'est pas moral; nous devons changer la loi"
ou
"Bien que ce soit immoral, c'est légal; nous ne pouvons pas l'interdire"
Types de Lois
Le rhéteur doit distinguer plusieurs types de lois qui n'ont pas la même autorité et ne fonctionnent pas de la même manière dans l'argumentation.
Lois Écrites
Les codes et les constitutions formellement établis.
Coutume et Précédent
Les lois basées sur l'usage traditionnel (common law).
Lois Naturelles
Les principes universels supposés s'appliquer à toute l'humanité.
Lois Divines
Les lois religieuses (dans les arguments religieux).
Fallacies Liées à la Loi
L'Appel à la Légalité
Supposer que parce que quelque chose est légal, c'est moral :
- "C'est légal, donc c'est juste" (la légalité ne garantit pas la justice)
L'Ignorance de la Légalité
Supposer que quelque chose est illégal quand ce n'est pas le cas.
La Mauvaise Interprétation de la Loi
Interpréter la loi de manière incorrecte ou tendancieuse :
- Tirer une conclusion que la loi ne soutient clairement pas
L'Absence de Pertinence
Invoquer une loi qui n'est pas pertinente pour la situation :
- "Le Code civil établit X; donc le contrat international doit suivre X"
(incorrect; les traités internationaux suivent le droit international)
Conclusion
La loi constitue une forme essentielle de preuve dans les contextes formels d'argumentation, particulièrement dans les genres judiciaire et délibératif. L'orateur qui maîtrise le topic de la loi dispose d'un instrument puissant pour établir des obligations, réfuter des prétentions, et fonder ses arguments sur l'autorité reconnue de la norme juridique.
Cependant, la légalité ne détermine pas complètement la moralité ou la justice. Un bon rhéteur sait quand faire appel à la loi et quand en appeler aux principes moraux plus généraux qui transcendent les législations positives particulières. Il sait aussi distinguer les différents types de lois (écrites, coutumières, naturelles, divines) et reconnaître leur autorité respective selon l'auditoire et le contexte.
L'usage critique du topic de la loi exige également de savoir détecter et réfuter les sophismes qui en dérivent : l'appel fallacieux à la légalité qui confond légal et juste, l'ignorance de la loi qui accuse faussement d'illégalité, la mauvaise interprétation qui tord le sens des textes, et l'invocation de lois non pertinentes. La compétence rhétorique dans l'usage de la loi requiert donc à la fois une connaissance précise des textes juridiques et une compréhension philosophique des rapports complexes entre le droit, la morale et la justice.
Introduction
La loi constitue l'un des topics (lieux communs) les plus puissants de l'argumentation rhétorique, particulièrement dans les contextes juridiques, politiques et moraux. Depuis l'Antiquité, les rhéteurs reconnaissent que l'appel à la loi établie confère une autorité considérable à l'argumentation. Aristote, dans sa Rhétorique, classe la loi parmi les preuves techniques (entechnoi pisteis) dont dispose l'orateur. Cicéron, dans le De Inventione, consacre de longs développements à l'usage de la loi dans la plaidoirie judiciaire. La loi, en effet, ne se contente pas d'exprimer une opinion personnelle : elle incarne la volonté de la communauté politique ou religieuse, dotée d'une autorité contraignante. L'orateur qui sait manier le topic de la loi dispose d'un instrument de persuasion redoutable, à condition de l'employer avec discernement et de ne pas confondre légalité et justice.
Qu'est-ce que la Loi en Rhétorique?
Dans le contexte rhétorique, la loi désigne une règle établie et écrite par une autorité légitime, qu'elle soit civile, religieuse ou coutumière. Elle constitue une norme objective à laquelle on peut se référer pour juger de la conformité ou de la non-conformité d'une action, d'une proposition ou d'un état de fait. La loi répond à la question fondamentale : "Qu'est-ce que la loi dit à ce sujet ?" ou "Cette action est-elle conforme à la loi établie ?"
L'autorité de la loi repose sur plusieurs fondements : l'autorité de celui qui l'a promulguée (le législateur, le souverain, Dieu dans le cas de la loi divine), son caractère public et connu de tous, et sa stabilité qui lui permet de servir de référence constante. Une loi clairement formulée et universellement reconnue constitue un point d'appui solide pour l'argumentation, car l'adversaire ne peut facilement la contester sans se mettre en opposition avec l'autorité qui l'a établie.
Exemples d'appel à la loi
Dans l'argumentation concrète, l'appel à la loi prend diverses formes selon le contexte. En droit constitutionnel, on peut affirmer : "La Constitution garantit la liberté d'expression, donc cette censure est inconstitutionnelle." En droit des contrats : "La loi établit que le contrat doit être respecté (pacta sunt servanda), donc vous êtes tenu d'exécuter vos obligations." En droit pénal : "Selon le Code civil, cette action constitue un délit réprimé par la loi." En morale religieuse : "Le Décalogue prescrit 'Tu ne tueras point', donc l'avortement est contraire à la loi divine."
Dans chaque cas, l'orateur invoque une norme établie qui dépasse sa seule opinion personnelle et s'impose avec l'autorité de la loi. Cette stratégie déplace le débat du terrain de l'opinion subjective vers celui de la conformité objective à une règle reconnue.
Établir l'obligation légale
L'orateur peut utiliser la loi pour montrer ce qui est légalement requis ou interdit, transformant ainsi une question morale ou politique en question de conformité juridique. Cette stratégie est particulièrement efficace dans les genres judiciaire et délibératif. En montrant que la loi exige ou interdit quelque chose, l'orateur confère à sa position la force contraignante de l'autorité légale.
Par exemple, dans un débat sur le respect des contrats commerciaux, l'orateur peut affirmer : "La loi civile et le Code de commerce exigent que vous respectiez les contrats que vous avez librement signés. Ce n'est pas une question de convenance ou d'opportunité, mais une obligation légale stricte." En invoquant la loi, l'orateur transforme un désaccord commercial en question de légalité, rendant la position adverse non seulement inopportune mais illégale.
Cette technique est d'autant plus puissante que les auditeurs reconnaissent généralement l'autorité de la loi et l'obligation de s'y conformer. Montrer que la loi exige quelque chose, c'est montrer que celui qui ne s'y conforme pas se met en dehors du droit et devient passible de sanctions.
Réfuter par la non-conformité
L'appel à la loi permet également de réfuter la position de l'adversaire en montrant qu'elle viole la loi établie. Cette stratégie d'attaque est redoutablement efficace, car elle disqualifie la position adverse non par des arguments d'opportunité ou de moralité (qui peuvent être contestés), mais par un argument de légalité qui s'impose objectivement.
L'orateur peut ainsi déclarer : "Votre proposition viole manifestement l'article 10 de la Constitution qui garantit la liberté d'expression. Quelle que soit l'intention louable que vous prêtez à cette mesure, elle est inconstitutionnelle et donc inapplicable." En montrant que la proposition adverse contrevient à une loi supérieure, l'orateur la disqualifie radicalement sans avoir à entrer dans des débats interminables sur son opportunité.
Cette réfutation par la non-conformité légale est particulièrement puissante face à des propositions nouvelles ou des changements de politique. L'orateur conservateur peut défendre le statu quo en montrant que toute innovation violerait la loi existante et exigerait donc une modification préalable de celle-ci, ce qui déplace le débat sur un terrain souvent plus difficile pour les partisans du changement.
Utiliser la légalité comme argument
L'orateur peut aussi utiliser la conformité à la loi comme argument positif pour défendre une action ou une proposition. En montrant que quelque chose est légal, il le rend acceptable, au moins d'un point de vue juridique, et déplace la charge de la preuve sur ses adversaires qui doivent alors montrer pourquoi une action légale ne devrait pas être accomplie.
Par exemple : "Ce contrat est parfaitement légal et respecte toutes les dispositions du Code civil, donc il doit être respecté et exécuté." Ou encore : "Cette pratique commerciale est autorisée par la législation en vigueur, donc vous ne pouvez pas l'interdire sans changer la loi." L'argument de légalité établit une présomption favorable qui oblige l'adversaire à argumenter sur un autre terrain (moralité, opportunité) s'il veut contester la position.
Réfuter la légitimité
Inversement, l'orateur peut réfuter une prétention en montrant qu'elle n'a aucune base légale. L'absence de fondement juridique disqualifie une action ou une revendication, particulièrement dans les sociétés de droit où le principe de légalité exige que toute action de l'autorité publique soit fondée sur une loi préexistante.
L'orateur peut ainsi déclarer : "Il n'existe aucune loi qui autorise cette perquisition, donc elle est illégale et les preuves ainsi obtenues sont irrecevables." Ou : "Vous n'avez aucun droit légal à cette propriété, donc votre revendication est infondée." En montrant l'absence de base légale, l'orateur prive son adversaire de toute légitimité juridique.
Citer la loi pertinente
La première règle est de citer précisément la loi applicable au cas en question. Une citation vague ou approximative affaiblit considérablement l'argument, tandis qu'une référence précise lui confère toute son autorité. L'orateur doit donc dire : "Selon l'article 15 de la Constitution, alinéa 2..." plutôt que "La Constitution dit quelque part que...".
Cette précision remplit plusieurs fonctions rhétoriques : elle manifeste la compétence de l'orateur qui connaît les textes, elle permet à l'auditoire de vérifier la référence (ce qui accroît la confiance), et elle rend plus difficile pour l'adversaire de contester la citation. De plus, la solennité de la citation formelle ("Selon l'article X de la loi Y...") confère au discours une autorité quasi-liturgique qui impressionne l'auditoire.
Montrer l'application logique
Une fois la loi citée, l'orateur doit montrer comment elle s'applique logiquement au cas particulier qu'il traite. Cette démonstration suit généralement la forme du syllogisme juridique : "Si la loi dit X (majeure), et que Y est un cas d'X (mineure), alors la loi s'applique à Y (conclusion)."
Par exemple : "La loi interdit toute discrimination fondée sur la religion (majeure). Or, refuser un emploi à quelqu'un en raison de sa religion constitue une discrimination religieuse (mineure). Donc, ce refus d'emploi viole la loi (conclusion)." Cette forme syllogistique donne à l'argumentation une rigueur quasi-mathématique qui emporte l'adhésion.
L'habileté de l'orateur consiste à construire la mineure de manière à ce que le cas particulier tombe manifestement sous la règle générale de la loi. C'est ici que se joue souvent le débat : l'adversaire tentera de montrer que le cas particulier ne relève pas de la catégorie définie par la loi, tandis que l'orateur s'efforcera de montrer la pertinence de l'application.
Montrer la violation
L'orateur peut utiliser une stratégie d'accusation en montrant qu'une action viole clairement une loi déterminée. Cette technique, particulièrement efficace dans le genre judiciaire, transforme un débat complexe en une question binaire de conformité ou de non-conformité.
L'orateur peut déclarer avec force : "Ceci viole clairement l'article 225 du Code pénal qui interdit explicitement ce type de comportement. Il n'y a aucune ambiguïté possible : la loi est formelle, et l'infraction est manifeste." En affirmant la clarté de la violation, l'orateur rend difficile toute défense par l'ambiguïté ou l'interprétation.
Cette stratégie est d'autant plus puissante qu'elle s'accompagne d'un rappel des sanctions prévues par la loi : "Et vous savez que cette violation est punie de..." En évoquant les conséquences légales, l'orateur ajoute à l'argument de légalité un argument de crainte (pathos) qui renforce la persuasion.
Distinguer la loi de la moralité
L'orateur habile sait qu'il doit parfois dissocier la question de la légalité de celle de la moralité ou de l'opportunité. Cette distinction permet deux stratégies opposées selon les besoins de la cause.
D'une part, l'orateur peut reconnaître la légalité d'une action tout en contestant sa moralité : "Bien que ce soit légal selon la lettre de la loi actuelle, ce n'est certainement pas moral ou juste. La loi elle-même est injuste et doit être changée." Cette stratégie permet de critiquer une situation sans accuser directement d'illégalité, tout en appelant à une réforme législative. C'est la stratégie des réformateurs qui veulent changer la loi.
D'autre part, l'orateur peut défendre la légalité d'une action même s'il en reconnaît l'immoralité : "Bien que ce comportement soit moralement répréhensible, il demeure légal selon le droit en vigueur. Nous ne pouvons pas l'interdire par la loi sans porter atteinte aux libertés fondamentales." Cette stratégie protège la liberté et limite le domaine de la contrainte légale, en reconnaissant qu'il existe un espace entre la morale et le droit.
Cette distinction entre légalité et moralité est cruciale dans les débats de société où ces deux ordres entrent parfois en tension. L'orateur qui maîtrise cette distinction peut naviguer habilement entre les arguments juridiques et moraux selon ce qui sert le mieux sa cause.
Lois écrites
Les lois écrites comprennent les codes, les constitutions, les statuts et toutes les normes formellement promulguées et consignées par écrit. Elles constituent la forme la plus claire et la plus autoritaire de loi, car leur texte est fixe, public et vérifiable. Dans l'argumentation, l'appel aux lois écrites est particulièrement fort parce qu'il ne laisse aucune place à l'approximation.
L'avantage rhétorique des lois écrites est leur objectivité : on peut les citer textuellement, et l'adversaire ne peut contester ce qui est écrit noir sur blanc. Cependant, cette objectivité apparente ne supprime pas toute controverse, car l'interprétation du texte reste souvent débattue. C'est pourquoi les argumentations juridiques portent souvent sur le sens des mots, l'intention du législateur, ou l'esprit de la loi par opposition à sa lettre.
Coutume et précédent
Dans les systèmes de common law, et plus largement dans toutes les traditions juridiques, la coutume et le précédent constituent des sources de droit aussi contraignantes que la loi écrite. La coutume est une pratique constante et ancienne reconnue comme obligatoire par la communauté. Le précédent, particulièrement dans les systèmes anglo-saxons, est une décision judiciaire antérieure qui fait autorité pour les cas similaires futurs.
L'orateur qui invoque la coutume ou le précédent fait appel à la tradition et à la stabilité du droit : "Cette pratique est observée depuis des temps immémoriaux et a force de loi par la coutume." Ou : "La Cour suprême a déjà statué sur cette question dans l'arrêt X, créant un précédent contraignant." L'argument coutumier est particulièrement puissant dans les sociétés traditionnelles où l'ancienneté confère l'autorité, mais il est plus faible dans les sociétés modernes qui privilégient la loi écrite et la nouveauté.
Lois naturelles
Les lois naturelles désignent les principes universels et immuables que la raison humaine peut découvrir et qui s'appliquent à toute l'humanité indépendamment des législations positives. L'orateur invoque la loi naturelle quand il veut fonder son argumentation sur des principes plus élevés que les lois humaines particulières.
Par exemple : "Cette loi positive viole la loi naturelle qui interdit de tuer l'innocent, donc elle est nulle et non avenue." Ou : "Le droit naturel à la propriété précède toute législation civile et ne peut être aboli par elle." L'appel à la loi naturelle est particulièrement puissant car il transcende les particularités culturelles et historiques, mais il est aussi plus contestable car les auditeurs modernes sont souvent sceptiques quant à l'existence de telles lois universelles.
Lois divines
Dans les arguments religieux ou théologiques, l'orateur peut invoquer les lois divines révélées dans les Écritures ou les traditions religieuses. Ces lois, pour les croyants, possèdent une autorité absolue qui dépasse toutes les lois humaines.
L'orateur peut ainsi déclarer : "Dieu a commandé dans les Dix Commandements : 'Tu ne commettras pas d'adultère', donc l'infidélité conjugale est toujours gravement coupable, quoi que disent les lois humaines permissives." L'autorité de la loi divine est absolue pour celui qui reconnaît Dieu comme législateur suprême, mais elle n'a aucune force pour celui qui ne partage pas cette foi. L'orateur doit donc bien connaître son auditoire avant d'invoquer la loi divine.
Sophismes Liés à la Loi
L'usage du topic de la loi, bien que légitime et puissant, peut donner lieu à plusieurs sophismes (fallacies) que l'orateur doit éviter et que l'adversaire doit savoir démasquer.
L'appel à la légalité
Le sophisme de l'appel à la légalité consiste à supposer qu'une chose est moralement juste simplement parce qu'elle est légale. Ce raisonnement fallacieux confond les ordres juridique et moral qui, bien que liés, ne coïncident pas parfaitement.
L'argument sophistique prend la forme : "C'est légal, donc c'est juste et bon." Par exemple : "L'esclavage était légal au XIXe siècle dans plusieurs pays, donc il était juste." Ou : "L'avortement est légal, donc il n'y a aucun problème moral à le pratiquer." Ce raisonnement est vicié car la légalité d'une chose ne garantit nullement sa justice ou sa bonté morale. L'histoire montre d'innombrables exemples de lois injustes (lois raciales, lois oppressives) qui étaient légales mais gravement immorales.
Le critique de ce sophisme rappellera que la loi positive peut être injuste et qu'elle doit elle-même être jugée à l'aune de normes supérieures (loi naturelle, loi divine, principes moraux fondamentaux). Saint Augustin affirmait déjà : "Une loi injuste n'est pas une loi" (lex iniusta non est lex), soulignant que la légalité formelle ne suffit pas à fonder l'autorité morale.
L'ignorance de la légalité
Ce sophisme consiste à supposer qu'une chose est illégale alors qu'elle ne l'est pas, généralement par ignorance du droit ou par mauvaise foi. L'orateur qui commet cette erreur disqualifie à tort une action ou une proposition en l'accusant faussement de violer la loi.
Par exemple : "Votre manifestation est illégale" (alors qu'elle respecte toutes les conditions légales requises). Ou : "Vous n'avez pas le droit de dire cela" (alors que la liberté d'expression protège ce discours). Ce sophisme est souvent utilisé pour intimider ou faire taire l'adversaire en invoquant faussement l'autorité de la loi.
La réfutation consiste simplement à citer la loi correctement et à montrer que l'action ou la parole en question ne la viole nullement. L'orateur peut même retourner l'argument : "Non seulement mon action est légale, mais votre tentative de l'interdire violerait mes droits fondamentaux garantis par la loi."
La mauvaise interprétation de la loi
Ce sophisme consiste à interpréter la loi de manière incorrecte ou tendancieuse pour lui faire dire ce qu'elle ne dit pas. L'orateur malhonnête ou incompétent tord le sens de la loi pour servir son argument, tirant une conclusion que le texte légal ne soutient manifestement pas.
Par exemple, l'orateur pourrait affirmer : "La Constitution garantit la liberté, donc toute restriction de mes actions est inconstitutionnelle." Cette interprétation ignore que la liberté constitutionnelle n'est pas absolue et peut être limitée par d'autres considérations légitimes (ordre public, droits d'autrui, etc.).
La réfutation de ce sophisme exige une lecture attentive et contextuelle de la loi, en tenant compte de sa lettre et de son esprit, de son contexte historique et de la jurisprudence établie. L'orateur compétent citera non seulement le texte mais aussi son interprétation autorisée par les tribunaux ou les commentateurs reconnus.
L'absence de pertinence
Ce sophisme consiste à invoquer une loi qui n'est pas pertinente pour la situation en question, généralement parce qu'elle s'applique à un domaine différent ou à des circonstances distinctes.
Par exemple : "Le Code civil établit que les contrats doivent être respectés ; donc ce traité international doit suivre les règles du Code civil." Ce raisonnement est incorrect car les traités internationaux suivent le droit international, non le droit civil interne. La loi invoquée, bien que réelle, n'a aucune pertinence pour la question traitée.
L'orateur qui veut réfuter ce sophisme montrera simplement que la loi citée ne s'applique pas au cas d'espèce, soit parce qu'elle concerne un autre domaine, soit parce qu'une loi spéciale l'emporte sur la loi générale invoquée. Il convient de distinguer soigneusement les différents ordres juridiques (civil, pénal, constitutionnel, international, canonique) et de ne pas appliquer mécaniquement les règles d'un ordre à un autre.
La Hiérarchie des Lois
Pour utiliser efficacement le topic de la loi, l'orateur doit comprendre qu'il existe une hiérarchie entre les différentes lois, certaines l'emportant sur d'autres en cas de conflit.
Au sommet se trouvent les lois constitutionnelles qui priment sur toutes les lois ordinaires. Ensuite viennent les lois organiques et les lois ordinaires. Les règlements et décrets administratifs, bien que contraignants, sont subordonnés aux lois. En cas de conflit entre deux normes de niveau différent, la norme supérieure l'emporte.
L'orateur habile utilisera cette hiérarchie pour disqualifier une loi inférieure qui contredit une loi supérieure : "Cette loi ordinaire viole la Constitution, donc elle est nulle." Ou pour justifier la désobéissance à une loi inférieure au nom d'une loi supérieure : "La loi divine commande de ne pas tuer, donc je ne peux obéir à une loi humaine qui m'ordonnerait de commettre un meurtre."
Articles connexes
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