Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 41
Présentation
Cette question traite de : De la crainte
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Nature et définition de la crainte
La crainte est une passion de l'âme consistant en une appréciation de mal futur, accompagnée d'une certaine contraction ou retrait de l'esprit. Saint Thomas définit la crainte comme la fuite face à un mal appréhendé, ce qui la distingue d'autres passions tristes comme la tristesse elle-même. Cette passion est naturellement ancrée dans notre constitution humaine, car la crainte du danger nous pousse à l'autoconservation et à éviter le mal.
Les différentes espèces de crainte
Saint Thomas énumère plusieurs formes de crainte : la crainte servile, la crainte humaine, et la crainte filiale. La crainte servile naît de la peur du châtiment divin, tandis que la crainte filiale procède de l'amour de Dieu et représente le respect envers notre Père céleste. Cette distinction est capitale pour comprendre la vie spirituelle et le chemin vers la perfection chrétienne. La crainte servile, bien qu'imparfaite, demeure utile comme préparation à la vertu de prudence.
La crainte en tant que passion
En tant que passion, la crainte est une certaine appréhension ou contraction du cœur devant le mal futur. Elle diffère de l'espoir, car tandis que ce dernier se porte vers le bien futur, la crainte s'éloigne du mal appréhendé. La crainte s'inscrit dans le mouvement des passions irascibles, qui concernent les biens et les maux difficiles. Elle est étroitement liée à la tristesse et au désespoir, car elle envisage un mal qui menace ou qui semble inévitable.
La crainte filiale et l'amour de Dieu
La crainte filiale, l'une des sept dons du Saint-Esprit, dépasse la simple appréciation du châtiment pour se fonder sur l'amour. Elle est motivée par le respect et la vénération envers Dieu notre Père, non par intérêt ou crainte égoïste. Cette crainte est un principe de sagesse spirituelle et conduit à la piété, car elle nous inspire un profond respect dans l'accomplissement de la volonté divine. Saint Thomas affirme que cette crainte perfecte est destinée à demeurer éternellement, même dans la vision béatifique.
Les effets et la régulation de la crainte
La crainte, si elle est excessive, peut paralyser l'âme et conduire au désespoir ou à la lâcheté. Une crainte bien ordonnée, au contraire, confère une certaine vigilance spirituelle et nous rapproche de Dieu par l'obéissance et l'humilité. Saint Thomas souligne l'importance de tempérer la crainte par la justice et la charité, car une crainte excessive peut entrer en conflit avec l'espérance et avec la confiance en la Providence divine.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 41
Q. 41 - De la crainte
De la crainte - Question 41 de la Summa Theologiae, Prima Secundae
Introduction
De la crainte - Question 41 de la Summa Theologiae, Prima Secundae
Cet article est mentionné dans
- Q. 42 - De l'objet de la crainte mentionne ce concept
- Q. 43 - De la cause de la crainte mentionne ce concept
- Q. 41 - De la crainte mentionne ce concept
- Q. 44 - Des effets de la crainte mentionne ce concept
- Le Don de Crainte de Dieu mentionne ce concept
- Q. 42 - De l'objet de la crainte mentionne ce concept
- Q. 43 - De la cause de la crainte mentionne ce concept
- Q. 44 - Des effets de la crainte mentionne ce concept
- Q. 121 - De la crainte (revisité) mentionne ce concept
- Q. 19 - Du don de crainte mentionne ce concept