Le Don de Crainte de Dieu : révérence filiale et horreur de l'offenser.
Définition
Le Don de Crainte de Dieu est le don du Saint-Esprit par lequel nous réprouvons le péché et nous craignons d'offenser Dieu, non par peur servile mais par amour filial.
C'est le don qui nous remplit d'horreur du péché.
Effets
- Révérence envers Dieu
- Horreur du péché
- Humilité profonde
- Vigilance contre le mal
Fruit
- Fuite du péché
- Repentance sincère
- Respect de Dieu
- Fidélité croissante
Distinction
Pas la servitude : Pas peur du châtiment mais amour du bien.
Révérence filiale : Crainte de déplaire à un père bien-aimé.
Conclusion
Le don de crainte de Dieu est le commencement de la sagesse et la protection contre le péché.
Nature de la crainte de Dieu
Distinction entre crainte servile et crainte filiale
Il convient de bien distinguer deux types de crainte : la crainte servile et la crainte filiale. La crainte servile, qui caractérise celui qui se comporte comme un esclave devant son maître, redoute principalement le châtiment du péché. Elle peut être utile comme commencement de conversion, mais elle est imparfaite, car elle ne procède pas encore de l'amour de Dieu. La crainte filiale, au contraire, qui caractérise l'enfant devant son père aimant, redoute avant tout d'offenser Dieu par le péché. Cette crainte filiale est un don précieux de l'Esprit Saint, qui perfectionne la vertu d'espérance et nous établit dans une relation d'intimité confiante avec Dieu.
La crainte filiale dans l'Écriture Sainte
L'Écriture Sainte fait l'éloge de la crainte de Dieu à de nombreuses reprises. Le livre des Proverbes proclame : "La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse" (Pr 9, 10). Les Psaumes chantent : "Bienheureux l'homme qui craint le Seigneur" (Ps 112, 1). Le livre de l'Ecclésiastique affirme : "La crainte du Seigneur est gloire et fierté, joie et couronne d'allégresse" (Si 1, 11). Cette crainte n'est donc pas une terreur paralysante, mais une disposition spirituelle qui ouvre à la sagesse et conduit au bonheur véritable. Le Christ lui-même nous exhorte : "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais craignez plutôt celui qui peut perdre l'âme et le corps dans la géhenne" (Mt 10, 28).
La crainte comme don du Saint-Esprit
Le prophète Isaïe annonce que l'Esprit du Seigneur reposera sur le Messie, Esprit "de crainte du Seigneur" (Is 11, 2). Ce don que le Christ possède en plénitude est communiqué aux chrétiens par le baptême et la confirmation. C'est un des sept dons du Saint-Esprit qui disposent l'âme à suivre docilement les inspirations divines. Par ce don, l'Esprit Saint nous rend sensibles à la majesté de Dieu et nous fait éprouver une sainte révérence en sa présence.
Effets du don de crainte de Dieu
Révérence profonde envers Dieu
Le premier effet du don de crainte est d'engendrer en nous une révérence profonde devant la majesté divine. Celui qui possède ce don prend conscience de la transcendance de Dieu : de sa sainteté infinie, de sa justice, de sa puissance. Cette prise de conscience n'engendre pas la terreur, mais un respect admiratif et un sens aigu du sacré. L'âme ainsi animée se tient devant Dieu avec la crainte respectueuse d'un enfant devant son père bien-aimé, consciente de sa petitesse mais confiante en la bonté divine.
Horreur salutaire du péché
Le don de crainte produit dans l'âme une horreur instinctive et profonde du péché. Celui qui possède ce don voit le péché tel qu'il est vraiment : une offense à l'amour de Dieu, une ingratitude envers le Créateur, une folie qui sépare de la source du bonheur. Cette horreur du péché n'est pas motivée principalement par la crainte de l'enfer, mais par l'amour de Dieu et le désir de ne jamais l'offenser. L'âme préfère souffrir tous les maux plutôt que de commettre un seul péché mortel qui la séparerait de Dieu.
Humilité profonde et connaissance de soi
Le don de crainte engendre une humilité véritable et profonde. En contemplant la grandeur de Dieu, l'âme prend conscience de sa propre petitesse, de sa faiblesse native, de sa dépendance totale envers le Créateur. Elle reconnaît que, laissée à ses propres forces, elle tomberait inévitablement dans le péché. Cette humilité n'est pas un écrasement de soi, mais une vérité libératrice qui conduit à s'appuyer totalement sur Dieu. Saint Thomas d'Aquin enseigne que la crainte de Dieu incline l'âme vers l'humilité en lui faisant reconnaître la distance infinie qui sépare la créature du Créateur.
Vigilance spirituelle constante
Le don de crainte maintient l'âme dans une vigilance spirituelle constante. Consciente du danger permanent que représentent les tentations, la fragilité de la nature humaine et les pièges du démon, l'âme se tient sur ses gardes. Elle fuit les occasions de péché, veille sur ses sens, surveille ses pensées, et recourt fréquemment à la prière pour demander la grâce de la persévérance. Cette vigilance n'est pas une anxiété malsaine, mais une prudence surnaturelle qui préserve des chutes.
Fruits spirituels de la crainte de Dieu
Fuite efficace du péché
Le fruit le plus immédiat du don de crainte est la fuite effective du péché. Celui qui craint véritablement Dieu ne se contente pas d'éviter les péchés mortels : il s'éloigne aussi des péchés véniels et des occasions de péché. Il préfère renoncer à des plaisirs licites plutôt que de risquer d'offenser Dieu. Cette fuite du mal n'est pas une timidité scrupuleuse, mais une générosité dans l'amour qui cherche à plaire en tout à Dieu.
Repentance sincère et contrition profonde
Lorsque malgré tout le péché survient, le don de crainte suscite une repentance immédiate et une contrition profonde. L'âme qui a offensé Dieu ressent vivement sa faute et se hâte de recourir au sacrement de pénitence. Sa douleur n'est pas seulement motivée par la crainte du châtiment, mais par l'amour de Dieu qu'elle a offensé. Cette contrition parfaite, animée par la charité, obtient le pardon des péchés même avant la confession sacramentelle.
Respect sacré dans le culte divin
Le don de crainte engendre un respect sacré dans tout ce qui touche au culte de Dieu. Celui qui possède ce don se comporte avec révérence dans les églises, participe aux sacrements avec une préparation soigneuse, traite les choses saintes avec vénération. Il observe scrupuleusement les prescriptions liturgiques, non par formalisme juridique, mais par amour respectueux de la majesté divine. Le nom de Dieu ne sort jamais de sa bouche avec légèreté.
Fidélité croissante dans l'observance
Le don de crainte produit une fidélité croissante dans l'observance des commandements et des enseignements de l'Église. L'âme qui craint Dieu s'applique avec diligence à accomplir sa volonté en toutes choses. Elle ne cherche pas à minimiser ses obligations ni à trouver des échappatoires aux exigences de la loi divine. Au contraire, elle se montre généreuse, allant souvent au-delà de ce qui est strictement commandé.
Applications pratiques dans la vie chrétienne
Préservation de la pureté
Le don de crainte est particulièrement efficace pour préserver la vertu de pureté, si menacée dans le monde actuel. La crainte filiale de déplaire à Dieu et de profaner le temple du Saint-Esprit que constitue notre corps donne la force de fuir les occasions dangereuses, de maîtriser les sens, de garder la modestie dans la tenue et le comportement. Elle inspire une vigilance constante sur les regards, les lectures, les spectacles, les fréquentations.
Modération dans l'usage des biens temporels
Le don de crainte modère l'attachement aux biens de ce monde. Craignant de déplaire à Dieu par la cupidité, l'avarice ou la recherche excessive des plaisirs, l'âme use des créatures avec détachement et modération. Elle se contente du nécessaire, partage volontiers avec les pauvres, et ne met pas sa confiance dans les richesses périssables. Cette crainte libère du matérialisme ambiant et oriente le cœur vers les biens éternels.
Prudence dans les relations humaines
Le don de crainte inspire la prudence dans les relations humaines. Craignant d'offenser Dieu par des paroles ou des actes blessants envers le prochain, l'âme surveille sa langue, évite les jugements téméraires, refuse la médisance et la calomnie. Elle traite tous les hommes avec respect, voyant en chacun une image de Dieu et un enfant du Père céleste.
Persévérance dans la prière
Le don de crainte maintient l'âme dans la persévérance de la prière. Consciente de sa faiblesse et de son besoin constant de la grâce divine, elle recourt fréquemment à Dieu pour implorer son secours. La crainte de tomber dans le péché la pousse à chercher refuge dans la prière, à invoquer l'assistance du Saint-Esprit, à recourir à l'intercession de la Vierge Marie et des saints.
Croissance dans le don de crainte
Dispositions nécessaires
Pour croître dans le don de crainte, l'âme doit cultiver certaines dispositions. L'humilité est fondamentale : celui qui se croit fort par lui-même ne ressent pas le besoin de craindre. La méditation fréquente sur la sainteté de Dieu, sa justice, les fins dernières (mort, jugement, enfer, paradis) nourrit également cette crainte salutaire. La conscience vive de la gravité du péché, de ses conséquences éternelles, et de l'ingratitude qu'il représente envers Dieu développe l'horreur du mal.
Moyens de développement
La vie sacramentelle régulière favorise grandement la croissance de ce don. La confession fréquente maintient l'âme dans une conscience aiguë du péché et de la miséricorde divine. L'Eucharistie, en nous mettant en présence réelle de Dieu, développe le sens du sacré et la révérence. La lecture de l'Écriture Sainte, spécialement des passages sur la crainte de Dieu, inspire cette disposition. Les vies des saints, qui manifestèrent une crainte filiale si délicate, offrent des modèles à imiter.
Obstacles à éviter
Certains obstacles peuvent entraver le développement du don de crainte. La présomption, qui compte témérairement sur la miséricorde de Dieu pour continuer à pécher, est diamétralement opposée à ce don. La familiarité excessive avec les choses saintes, qui engendre le manque de respect dans le culte, étouffe également la crainte révérencielle. Le rationalisme qui veut tout comprendre et mesurer Dieu à l'aune de la raison humaine empêche de reconnaître le mystère et la transcendance divines.
La crainte : commencement et perfection
Commencement de la sagesse
Selon l'Écriture, "la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse" (Pr 9, 10). C'est la crainte de Dieu qui ouvre la voie à toutes les autres vertus et à tous les autres dons. Celui qui ne craint pas Dieu demeure dans l'orgueil et s'expose à toutes les chutes. La crainte, même imparfaite au début, peut conduire progressivement à la perfection de la charité. Saint Jean Chrysostome enseigne que "la crainte est comme une pédagogue qui nous conduit à l'amour".
Perfection dans la charité
Paradoxalement, la crainte filiale ne diminue pas avec la croissance dans la charité : au contraire, elle augmente. Plus on aime Dieu, plus on craint de l'offenser. Les saints, qui aimaient Dieu avec une charité ardente, possédaient aussi une crainte délicate et profonde. Sainte Thérèse d'Avila tremblait à la pensée de commettre la moindre imperfection. Saint Jean de la Croix affirme que "l'amour parfait engendre la crainte parfaite". Cette crainte perfectionnée subsistera même au ciel, non plus comme crainte d'offenser (ce qui est impossible pour les bienheureux), mais comme révérence éternelle devant la majesté divine.
Articles connexes
Introduction
Le Don de Crainte de Dieu : révérence filiale et horreur de l'offenser.
Nature du Don de Crainte de Dieu
Le Don de Crainte de Dieu est l'un des sept dons du Saint-Esprit qui perfectionne la vertu théologale d'espérance. Il inspire à l'âme une révérence profonde envers la majesté divine et une horreur de tout ce qui pourrait offenser Dieu. Ce don est le fondement de la vie spirituelle et le commencement de la sagesse.
Crainte Filiale et Crainte Servile
Il faut distinguer la crainte filiale de la crainte servile. La crainte servile redoute principalement le châtiment du péché, tandis que la crainte filiale redoute d'offenser Dieu lui-même par amour pour lui. Le don de crainte est une crainte filiale qui naît de la charité et s'accompagne d'amour confiant. Saint Thomas traite de l'objet de la crainte et de ses effets.
Révérence envers la Majesté Divine
Le don de crainte inspire une profonde révérence devant la transcendance et la sainteté de Dieu. Cette révérence fait prendre conscience de l'infinie distance entre le Créateur et la créature, de l'indignité de l'homme pécheur devant la sainteté divine. Elle engendre l'humilité et le respect dans le culte et la prière.
Horreur du Péché
Le don de crainte donne une horreur surnaturelle du péché, non seulement pour ses conséquences, mais surtout parce qu'il offense Dieu. Cette horreur préserve du péché plus efficacement que la seule crainte du châtiment. Elle fait fuir non seulement le péché mortel mais aussi le péché véniel et même les occasions dangereuses.
Humilité et Pauvreté d'Esprit
Le don de crainte correspond à la béatitude : "Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux." Cette pauvreté spirituelle reconnaît son néant devant Dieu et sa totale dépendance. Elle renonce à toute présomption et s'abandonne entièrement à la miséricorde divine. L'humilité née de la crainte de Dieu est le fondement de toutes les vertus.
Crainte et Confiance
Le don de crainte ne s'oppose pas à la confiance filiale mais la présuppose. C'est précisément parce que l'âme aime Dieu qu'elle craint de le perdre et de l'offenser. Cette crainte est compatible avec la paix et la joie, car elle s'accompagne de la confiance en la miséricorde divine. Elle préserve de la présomption sans conduire au désespoir.
Vigilance Spirituelle
Le don de crainte engendre une vigilance constante sur soi-même, une attention à éviter les occasions de péché, et une garde des sens et du cœur. Il inspire la pratique de la mortification et de la pénitence comme moyens de se préserver du péché. Cette vigilance s'étend à tous les domaines de la vie morale, comme l'enseigne Q. 121 - De la crainte.
Développement du Don de Crainte
Le don de crainte se développe par la méditation des jugements divins, la considération de la sainteté de Dieu et de son horreur du péché, l'examen de conscience régulier, la confession fréquente, et surtout par la croissance dans la charité qui rend toujours plus sensible à la possibilité d'offenser le Bien-Aimé. La pratique de la présence de Dieu nourrit particulièrement ce don, développé dans Q. 19 - Du don de crainte.
Concepts clés
Cet article est mentionné dans
- Q. 42 - De l'objet de la crainte mentionne ce concept
- Q. 43 - De la cause de la crainte mentionne ce concept
- Q. 41 - De la crainte mentionne ce concept
- Q. 44 - Des effets de la crainte mentionne ce concept
- Q. 41 - De la crainte mentionne ce concept
- Q. 42 - De l'objet de la crainte mentionne ce concept
- Q. 43 - De la cause de la crainte mentionne ce concept
- Q. 44 - Des effets de la crainte mentionne ce concept
- Q. 121 - De la crainte (revisité) mentionne ce concept
- Q. 19 - Du don de crainte mentionne ce concept