Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 24
Présentation
Cette question traite de : Du bien et du mal dans les passions
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
La nature des passions
Saint Thomas définit les passions (affectiones ou passiones) comme des mouvements de l'âme sensitifs. Ces passions, appelées aussi émotions, ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, mais constituent une réalité naturelle de la condition humaine. Elles forment la matière sur laquelle la vertu morale exerce son action régulatrice. La moralité des passions dépend de leur objet, de leur fin et de leur contexte.
L'ordre des passions
L'école thomiste reconnaît une hiérarchie naturelle des passions. Les passions concupiscibles (désir, aversion, joie, tristesse) diffèrent des passions irascibles (espoir, désespoir, crainte, audace, colère). Cette distinction permet de comprendre comment les passions s'organisent entre elles et comment la raison peut les diriger vers leur fin propre selon le plan divin.
Le bien et le mal dans les passions
Le bien ou le mal d'une passion ne réside pas dans la passion elle-même, mais dans sa conformité ou sa déviation par rapport à l'ordre de la raison et de la vertu. Une passion peut être bonne si elle est motivée par un bon objet et poursuivie pour une bonne fin. Inversement, elle peut être mauvaise si elle dévie la volonté du bien authentique. La passion devient donc un enjeu éthique central dans la vie morale du croyant.
La tempérance des passions
La tempérance, vertu cardinale par excellence, gouverne les passions en les modérant et en les orientant vers le bien. Saint Thomas souligne que les passions, bien qu'elles puissent être désordonnées, ne sont jamais intrinsèquement mauvaises. La vertu consiste à les réguler de manière à ce qu'elles soutiennent la raison dans sa quête du bien. La charité elle-même infuse aux passions une orientation divine nouvelle.
L'intégration des passions dans la vie spirituelle
Pour Saint Thomas, les passions ne doivent pas être étouffées ou niées, mais intégrées et sanctifiées par la grâce. Le saint du Carmel ou le martyr chrétien ne sont pas insensibles aux passions : ils les domptent par l'amour de Dieu. Cette intégration des passions dans la vie spirituelle représente le sommet de la perfection morale où l'affectivité humaine devient vecteur de sainteté.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 24
Q. 24 - Du bien et du mal dans les passions
Du bien et du mal dans les passions - Question 24 de la Summa Theologiae, Prima Secundae
Introduction
Du bien et du mal dans les passions - Question 24 de la Summa Theologiae, Prima Secundae
Cet article est mentionné dans
- Q. 40 - De l'espérance et du désespoir (passions irascibles) mentionne ce concept
- Q. 25 - De l'ordre des passions mentionne ce concept
- Q. 23 - De la distinction des passions mentionne ce concept
- Q. 56 - De la relation des vertus morales aux passions mentionne ce concept
- Q. 22 - Des passions de l'âme en général mentionne ce concept
- Q. 26 - Des passions du concupiscible : amour et haine mentionne ce concept
- Q. 24 - Du bien et du mal dans les passions mentionne ce concept
- Fin Ultime de l'Homme, Actes Humains et Passions mentionne ce concept
- Q. 22 - Des passions de l'âme en général mentionne ce concept
- Q. 23 - De la distinction des passions mentionne ce concept