Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 20
Présentation
Cette question traite de : De la bonté et de la malice de l'acte extérieur
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Cette question examine la bonté et la malice de l'acte extérieur en relation avec l'acte intérieur de la volonté. Saint Thomas d'Aquin développe une analyse minutieuse pour déterminer si l'acte extérieur ajoute quelque chose à la bonté ou à la malice de l'acte intérieur, et comment ces deux dimensions de l'action humaine interagissent dans la constitution de la moralité globale de l'acte.
Les principes fondamentaux
La bonté ou la malice de l'acte extérieur découle directement de l'intention de celui qui agit. Saint Thomas enseigne que la nature morale d'un acte est déterminée par plusieurs facteurs intégrés : l'objet de l'acte, la fin poursuivie et les circonstances. L'acte extérieur, en lui-même neutre, reçoit sa qualification morale de sa relation avec la volonté et l'intention de l'agent.
La relation entre intention et acte extérieur
L'acte extérieur ne possède pas une moralité indépendante de l'intention qui le produit. Un acte objectivement bon ne devient moralement bon que si l'agent agit avec une intention droite orientée vers le bien divin. Inversement, même une action apparemment bonne devient mauvaise si elle est motivée par une intention perverse. Cette interdépendance est cruciale dans l'éthique thomiste.
Les critères de moralité de l'acte
La moralité de l'acte extérieur repose sur trois éléments essentiels :
- L'objet : la matière sur laquelle porte l'acte
- La fin : l'intention du sujet agissant
- Les circonstances : les conditions dans lesquelles l'acte s'effectue
Chacun de ces éléments peut rendre l'acte bon ou mauvais. Un acte ne peut être moralement bon que si ces trois éléments sont bons. Un défaut dans l'un d'entre eux suffit à rendre l'acte mauvais.
Les circonstances et leurs effets
Les circonstances de l'acte (qui, quand, où, pourquoi, comment, combien) jouent un rôle déterminant dans la qualification morale. Une aumône faite par orgueil, une prière de celui qui nourrit la rancune, un jeûne motivé par le désir de paraître justes sont autant d'exemples où les circonstances dénaturent l'acte. Les circonstances peuvent transformer la nature de l'acte ou modifier sa gravité.
Applications pastorales et spirituelles
Cette doctrine a des implications pratiques importantes pour la confession et la direction spirituelle. Le confesseur doit considérer non seulement l'acte objectif, mais aussi l'intention, les circonstances et les dispositions intérieures du pénitent. Cette compréhension globale permet une pénitence plus appropriée et un meilleur amendement. Elle invite aussi le fidèle à examiner régulièrement ses intentions et motifs d'action.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 20
Q. 20 - De la bonté et de la malice de l'acte extérieur
Saint Thomas examine la moralité de l'acte extérieur, c'est-à-dire l'action accomplie dans le monde, en relation avec l'acte intérieur de la volonté.
Introduction
Cette question complète l'étude de la moralité des actes humains en traitant de l'action extérieure. Elle examine si l'acte extérieur ajoute quelque chose à la bonté ou malice de l'acte intérieur de volonté.
L'acte extérieur a-t-il une bonté ou malice propre
L'acte extérieur possède une bonté ou malice qui lui est propre, en tant qu'il réalise dans le monde ce que la volonté a voulu. Cette bonté ou malice provient de son objet et de ses circonstances. Par exemple, donner l'aumône est bon par son objet, indépendamment de l'intention.
L'acte extérieur ajoute-t-il à la bonté de l'acte intérieur
L'acte extérieur n'ajoute pas une bonté de nouvelle espèce à celle de l'acte intérieur, car tous deux ont le même objet. Cependant, il peut augmenter la bonté quantitative : l'exécution rend l'acte plus parfait, et elle manifeste plus complètement la volonté. De plus, l'acte extérieur peut produire des effets bons qui augmentent la bonté totale.
La bonté totale de l'acte humain complet
L'acte humain complet comprend l'acte intérieur et l'acte extérieur. Pour que l'acte soit pleinement bon, il faut que l'intention soit bonne ET que l'exécution extérieure soit bonne en elle-même et dans ses circonstances. La bonté totale requiert la perfection de tous les éléments.
L'acte extérieur peut-il être bon si l'intention est mauvaise
Un acte extérieur matériellement bon (comme donner l'aumône) posé avec une intention mauvaise (par vaine gloire) est globalement mauvais. L'intention mauvaise corrompt l'acte total. Cependant, l'acte garde une certaine bonté naturelle qui peut disposer à recevoir la grâce si la personne se convertit.
L'effet de l'acte extérieur sur le mérite
L'acte extérieur augmente le mérite lorsqu'il procède d'une volonté plus intense et manifeste la charité. Les œuvres extérieures sont nécessaires pour manifester notre foi et notre amour de Dieu. La foi sans les œuvres est morte (Jacques 2,17).
Les obstacles à l'exécution de l'acte extérieur
Lorsqu'une personne a l'intention droite mais est empêchée par un obstacle extérieur d'accomplir l'acte, elle conserve le mérite de sa bonne intention. Dieu juge selon le cœur. Cependant, l'accomplissement effectif est préférable quand c'est possible, car il perfectionne l'acte.
L'importance de l'acte extérieur dans la vie morale
Bien que l'acte intérieur de volonté soit premier dans la moralité, l'acte extérieur est nécessaire à la perfection complète de l'agir humain. Les vertus morales se perfectionnent par l'exercice des actes extérieurs. La vie chrétienne requiert non seulement la bonne volonté, mais aussi les bonnes œuvres qui manifestent et perfectionnent la charité.
Cet article est mentionné dans
- Les Attributs Divins mentionne ce concept
- La Création mentionne ce concept
- Q. 2 - De l'acte de foi mentionne ce concept
- Q. 3 - De l'acte extérieur de foi mentionne ce concept
- Q. 6 - De l'acte volontaire et involontaire mentionne ce concept
- Q. 6 - De la bonté de Dieu mentionne ce concept
- Q. 20 - De la bonté et de la malice de l'acte extérieur mentionne ce concept
- Q. 19 - De la bonté et de la malice de l'acte intérieur de la volonté mentionne ce concept
- Q. 39 - De la bonté et de la malice de la tristesse mentionne ce concept
- Q. 34 - De la bonté ou malice des plaisirs mentionne ce concept