Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 18
Présentation
Cette question traite de : Du bien et du mal dans les actes humains
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Les éléments constitutifs de l'acte humain
Un acte humain comporte plusieurs éléments essentiels qui déterminent son caractère moral. Saint Thomas distingue :
- L'acte intérieur de la volonté (intention, consentement)
- L'acte extérieur (l'action physique elle-même)
- Les circonstances qui entourent l'action
Ces trois dimensions sont interdépendantes et chacune contribue au jugement moral global de l'acte.
La nature du bien dans les actes humains
Le bien d'un acte humain provient de plusieurs sources :
- La conformité à la raison : l'acte qui suit ce que la raison ordonne
- Le respect de la loi naturelle : les principes éternels gravés dans la création
- L'intention droite : viser un véritable bien par des moyens appropriés
- La circonstance opportune : agir au moment, lieu et manière convenables
Un acte est dit bon lorsque tous ces éléments concourent ensemble à son accomplissement.
La nature du mal dans les actes humains
Le mal moral ne résulte jamais d'une cause positive, mais de la privation du bien dû. Saint Thomas enseigne que :
- Le péché est l'absence du bien qui doit être présent dans l'acte
- Une seule défaillance dans l'un des éléments (intention, objet, circonstances) suffit à rendre l'acte mauvais
- Le mal est plus facile à causer que le bien, car il suffit de manquer à un seul point
L'importance des circonstances et de l'intention
Les circonstances ne sont pas des éléments secondaires dans le jugement moral. Elles peuvent :
- Transformer radicalement la moralité d'un acte
- Aggraver ou atténuer la culpabilité
- Déterminer le genre de péché commis
L'intention revêt une importance capitale, car une bonne intention ne peut justifier un acte intrinsèquement mauvais, mais elle donne sa pleine dimension à un acte bon. Voir également l'intention dans l'éthique thomiste.
Application et discernement moral
L'enseignement de Saint Thomas sur le bien et le mal dans les actes humains invite le croyant au discernement moral constant :
- Examiner la nature de ses actes (intrinsèquement bons ou mauvais)
- Vérifier l'authenticité de ses intentions
- Considérer les conséquences et circonstances de ses actions
- Chercher le bien véritable, non l'apparence du bien
Cette doctrine demeure fondamentale pour comprendre la morale chrétienne et la formation de la conscience.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 18
Q. 18 - Du bien et du mal dans les actes humains
Saint Thomas établit les critères fondamentaux pour juger de la bonté ou malice des actes humains, fondant ainsi toute la théologie morale.
Introduction
Cette question pose les principes essentiels de la moralité. Elle examine les sources de la bonté ou malice des actes : l'objet, la fin, et les circonstances.
Le bien et le mal dans les actes humains en général
Les actes humains reçoivent leur qualité morale (bonté ou malice) de leur conformité ou non-conformité à la raison droite et à la loi divine. Un acte est bon s'il est conforme à la raison éclairée par la loi de Dieu, mauvais s'il s'en écarte. Cette norme objective fonde la moralité.
L'objet comme source première de moralité
L'objet de l'acte, c'est-à-dire ce vers quoi l'acte tend par sa nature propre, constitue la source première de sa moralité. Certains actes sont bons par leur objet (adorer Dieu), d'autres mauvais par leur objet (blasphémer). L'objet donne à l'acte son espèce morale fondamentale.
La fin de l'agent et la bonté de l'acte
La fin intentionnée par l'agent ajoute une bonté ou malice à celle qui provient de l'objet. Une intention bonne peut ajouter de la bonté à un acte déjà bon par son objet, mais ne peut rendre bon un acte intrinsèquement mauvais. On ne peut faire le mal pour qu'il en résulte du bien.
Les circonstances et la plénitude de la bonté morale
Les circonstances sont les conditions particulières qui entourent l'acte. Elles peuvent augmenter ou diminuer la bonté ou malice qui provient de l'objet et de la fin. Pour qu'un acte soit pleinement bon, il faut que l'objet, la fin et toutes les circonstances soient bons. Un seul défaut suffit à rendre l'acte mauvais.
Les actes indifférents par leur espèce
Certains actes sont indifférents par leur espèce, c'est-à-dire qu'ils ne sont ni bons ni mauvais par leur objet (comme se promener). Cependant, dans l'ordre de l'exécution concrète, tout acte humain délibéré est moralement qualifié, car il est posé pour une fin et dans des circonstances déterminées qui lui donnent une qualification morale.
L'unité et la multiplicité dans la bonté et la malice
Un seul acte peut avoir plusieurs aspects de bonté provenant de différentes vertus, ou plusieurs aspects de malice provenant de différents péchés. La bonté de l'acte requiert l'intégrité parfaite : bonté de l'objet, de la fin, et de toutes les circonstances. La malice peut provenir d'un seul défaut en n'importe lequel de ces éléments.
Les trois sources de la moralité
La doctrine des trois sources de la moralité (objet, fin, circonstances) fonde toute l'évaluation morale des actes. Pour juger correctement d'un acte, il faut examiner ces trois éléments. Cette doctrine permet de discerner la volonté de Dieu et de former une conscience droite selon la prudence et la loi divine.
Cet article est mentionné dans
- Actes Humains - Volonté, Intention et Choix mentionne ce concept
- Q. 17 - Des actes commandés par la volonté mentionne ce concept
- Q. 7 - Des circonstances des actes humains mentionne ce concept
- Q. 21 - Des conséquences des actes humains quant à leur bonté et malice mentionne ce concept
- Q. 41 - Des Personnes par rapport aux actes notionnels mentionne ce concept
- Q. 18 - Du bien et du mal dans les actes humains mentionne ce concept
- Fin Ultime de l'Homme, Actes Humains et Passions mentionne ce concept
- Étudier les Actes des Apôtres comme fondement historique de la première Église mentionne ce concept
- Étudier les Actes des Apôtres comme fondement historique de la première Église mentionne ce concept
- Personnification mentionne ce concept