Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 14
Présentation
Cette question traite de : Du conseil
Saint Thomas examine ici le conseil comme acte préparatoire à la décision morale. Le conseil est la recherche rationnelle des moyens en vue d'une fin. Il s'inscrit dans le processus de l'acte volontaire qui comprend : l'intention de la fin, le conseil sur les moyens, le consentement aux moyens proposés, le choix du moyen optimal, puis l'exécution.
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
Les articles de la question
- Article 1 : Le conseil porte-t-il seulement sur ce qui est ordonné à une fin ?
- Article 2 : Le conseil porte-t-il sur la fin ou seulement sur les moyens ?
- Article 3 : Le conseil ne porte-t-il que sur les choses que nous faisons ?
- Article 4 : Délibère-t-on à l'infini ?
- Article 5 : Le conseil procède-t-il par mode d'analyse ?
- Article 6 : Le conseil procède-t-il à l'infini ?
Nature du conseil
Le conseil comme recherche rationnelle
Le conseil (consilium) est une enquête de la raison qui cherche quels moyens employer pour atteindre une fin déjà voulue. On ne délibère pas sur les fins ultimes, mais sur les moyens et sur les fins intermédiaires qui sont moyens par rapport à d'autres fins. Ainsi, on ne délibère pas sur le fait de vouloir être heureux (fin ultime), mais on délibère sur les moyens d'y parvenir.
Le domaine du conseil
Le conseil ne porte que sur les actions humaines, c'est-à-dire sur ce qui dépend de nous et peut être fait de plusieurs manières. On ne délibère pas sur les vérités nécessaires (mathématiques-mathematiques-grades)) ni sur ce qui arrive toujours de la même façon (les mouvements célestes selon l'astronomie ancienne), ni sur ce qui arrive par hasard. On délibère sur les choses contingentes et incertaines qui dépendent de notre action.
Le processus analytique du conseil
Le conseil procède par mode d'analyse ou de résolution : partant de la fin à atteindre, il remonte jusqu'aux moyens immédiatement réalisables. Par exemple, pour guérir un malade (fin), il faut abaisser la fièvre (moyen-fin), pour abaisser la fièvre, il faut administrer tel remède (moyen), et ce remède est immédiatement disponible (point de départ de l'action). Le conseil s'arrête quand on arrive au premier acte réalisable ici et maintenant.
Le conseil et les vertus
Le conseil et la prudence
Le conseil appartient en propre à la vertu de prudence. L'homme prudent est celui qui délibère bien (euboulos). La prudence perfectionne la raison pratique pour qu'elle trouve les bons moyens en vue de la fin véritable. Sans bon conseil, point de bonne décision, et sans bonne décision, point d'action vertueuse.
Le don de conseil
Outre le conseil naturel perfectionné par la prudence, il existe un don du Saint-Esprit appelé "conseil" qui élève la raison humaine pour la rendre docile aux inspirations divines. Ce don permet de voir d'une manière surnaturelle quelle est la volonté de Dieu dans une situation concrète.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi. Elle suit l'étude de l'intention (Q. 12) et de l'élection ou choix (Q. 13), et précède l'étude du consentement (Q. 15). Ensemble, ces questions analysent la structure de l'acte volontaire libre.
Articles connexes
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 14
- Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre III
Q. 14 - Du conseil
Saint Thomas analyse le conseil (consilium), c'est-à-dire la délibération rationnelle par laquelle on recherche les moyens d'atteindre une fin.
Introduction
Cette question examine le conseil comme recherche rationnelle précédant le choix. Le conseil est l'acte propre de la prudence par lequel la raison pratique examine les différents moyens possibles avant de décider.
La nature du conseil
Le conseil est la recherche ou enquête (inquisitio) de la raison concernant ce qu'il faut faire. Il procède du connu vers l'inconnu, analysant comment atteindre une fin proposée par la volonté. Le conseil est essentiellement un acte de l'intellect pratique.
Le conseil porte-t-il sur la fin ou sur les moyens
Le conseil porte proprement sur les moyens, non sur la fin ultime qui est présupposée. Cependant, on peut délibérer sur les fins intermédiaires en tant qu'elles sont des moyens pour une fin ultérieure. Le conseil concerne ce qui est en notre pouvoir et peut être fait de diverses manières.
Le conseil procède-t-il par analyse ou synthèse
Le conseil procède par voie d'analyse (resolutio), c'est-à-dire qu'il part de la fin à atteindre et remonte vers les moyens prochains qui sont en notre pouvoir immédiat. Cette analyse s'arrête quand on découvre ce qu'on peut faire immédiatement pour commencer à réaliser la fin voulue.
Délibère-t-on sur tout ce qu'on fait
On ne délibère pas sur tout. On ne délibère pas sur ce qui est nécessaire, ni sur ce qui arrive toujours de la même manière, ni sur ce qui échappe totalement à notre pouvoir. On délibère seulement sur les actes contingents qui dépendent de nous et peuvent être faits de plusieurs manières.
Le conseil doit-il suivre un ordre déterminé
Le conseil doit suivre un ordre, procédant méthodiquement de la fin vers les moyens prochains. Cependant, cet ordre peut varier selon la matière et les circonstances. La prudence perfectionne le conseil en lui donnant rapidité, sûreté et rectitude.
Le conseil peut-il se tromper
Le conseil peut errer, soit par défaut de connaissance des circonstances, soit par précipitation dans l'examen, soit par mauvaise appréciation de ce qui convient à la fin. L'erreur dans le conseil est une source fréquente d'actes moralement mauvais. D'où la nécessité du don de conseil qui perfectionne surnaturellement la délibération.
Le conseil et la prudence
Le bon conseil est l'acte propre de la prudence, vertu cardinale qui perfectionne la raison pratique. L'homme prudent délibère bien, c'est-à-dire qu'il examine attentivement toutes les circonstances et tous les moyens avant de choisir. Le conseil requiert la mémoire du passé, l'intelligence du présent, et la prévoyance de l'avenir.
Cet article est mentionné dans
- Conseil Évangélique : La Chasteté Perpétuelle mentionne ce concept
- Conseil Évangélique : L'Obéissance Volontaire mentionne ce concept
- Conseil Évangélique : La Pauvreté Volontaire mentionne ce concept
- Le Don de Conseil mentionne ce concept
- Q. 14 - Du conseil mentionne ce concept
- État Religieux mentionne ce concept
- Perfection Chrétienne et Conseils Évangéliques mentionne ce concept
- Q. 172 - Des autres conseils évangéliques mentionne ce concept
- Q. 52 - Du don de conseil mentionne ce concept