Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces. Excellence de cet amour et signes de l'amour véritable de Dieu.
Introduction
L'amour de Dieu constitue le premier et le plus grand des commandements, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ l'a solennellement déclaré : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces" (Marc 12, 30). Cet amour n'est pas un simple sentiment passager ou une affection naturelle, mais une vertu surnaturelle infuse par Dieu lui-même dans l'âme baptisée. C'est la charité théologale qui nous ordonne à notre fin ultime et suprême : Dieu lui-même, souverain Bien.
La nature de l'amour de Dieu
L'amour de bienveillance
L'amour véritable de Dieu est un amour de bienveillance, non de concupiscence. Nous aimons Dieu pour lui-même, pour sa bonté infinie, sa perfection absolue, sa majesté divine, et non principalement pour les bienfaits qu'il nous accorde. Cette distinction essentielle marque la différence entre l'amour parfait et l'amour mercenaire. Saint Thomas d'Aquin enseigne que la charité est essentiellement un amour d'amitié avec Dieu, où nous voulons son bien (c'est-à-dire sa gloire) autant que notre propre bien.
L'amour par-dessus tout
Aimer Dieu "de tout son cœur" signifie l'aimer par-dessus toutes choses créées, sans exception. Rien ne doit être préféré à Dieu : ni richesses, ni honneurs, ni plaisirs, ni même la vie naturelle elle-même. Cet amour suprême exige que nous soyons disposés à tout sacrifier plutôt que d'offenser Dieu par le péché mortel. Les saints martyrs ont donné leur sang pour témoigner de cet amour préférentiel absolu envers leur Créateur et Rédempteur.
L'unité des puissances dans l'amour
Aimer Dieu "de toute son âme, de tout son esprit, de toutes ses forces" signifie que toutes nos facultés doivent converger vers ce Bien suprême. L'intelligence doit contempler la vérité divine par la foi, la volonté doit s'attacher à Dieu par la charité, la mémoire doit se souvenir constamment des bienfaits divins, et même nos forces corporelles doivent servir à la gloire de Dieu. C'est l'intégration totale de la personne humaine dans l'orientation vers son Créateur.
Les signes de l'amour de Dieu
L'obéissance aux commandements
"Si vous m'aimez, gardez mes commandements" (Jean 14, 15). L'amour authentique de Dieu ne se mesure pas à l'intensité des sentiments, mais à la fidélité de l'obéissance. Celui qui observe les commandements divins prouve son amour ; celui qui les transgresse démontre qu'il n'aime pas vraiment Dieu, quelle que soit sa ferveur sentimentale. L'obéissance est la pierre de touche de l'amour véritable.
Le zèle pour la gloire de Dieu
L'âme qui aime Dieu ardemment désire que Dieu soit connu, aimé, adoré et servi par tous les hommes. Elle souffre de voir les péchés qui offensent la Majesté divine, elle s'afflige du blasphème et de l'irréligion, elle aspire à l'extension du Règne du Christ. Ce zèle apostolique n'est pas une agitation naturelle mais un fruit de la charité qui rayonne au-delà de soi-même.
La prière fervente et constante
L'amour engendre le désir de communion. L'âme qui aime Dieu recherche sa présence dans l'oraison, la prière liturgique, la fréquentation des sacrements. Elle converse avec Dieu comme avec un ami bien-aimé, elle médite sa Parole, elle adore le Saint-Sacrement. La tiédeur dans la prière révèle l'affaiblissement de l'amour divin dans le cœur.
Le détachement des créatures
Celui qui aime Dieu souverainement ne s'attache pas aux créatures d'un amour absolu. Il use des biens temporels sans s'y asservir, il jouit des consolations divines sans les rechercher pour elles-mêmes, il accepte les épreuves et les souffrances comme autant d'occasions de purifier son amour. Le détachement n'est pas mépris des créatures mais leur usage ordonné en référence au Créateur.
L'excellence de cet amour
Le premier des commandements
Notre-Seigneur a déclaré que ce commandement est "le premier et le plus grand" (Matthieu 22, 38). Il précède logiquement et ontologiquement tous les autres préceptes, car l'amour de Dieu est le principe et la fin de toute moralité chrétienne. Sans cet amour, les autres vertus perdent leur perfection surnaturelle ; avec lui, même les actions les plus ordinaires acquièrent une valeur méritoire infinie.
La reine des vertus
La charité envers Dieu est appelée "forme des vertus" par saint Thomas d'Aquin. Elle donne aux autres vertus leur orientation ultime vers Dieu, elle les anime d'un esprit surnaturel, elle les rend véritablement méritoires pour la vie éternelle. Sans la charité, même la foi et l'espérance demeurent imparfaites ; avec elle, toutes les vertus atteignent leur perfection.
Le principe de la vie spirituelle
Toute la vie spirituelle consiste essentiellement dans la croissance de l'amour de Dieu. Les voies spirituelles - purgative, illuminative, unitive - marquent les degrés de purification et d'intensification de cet amour. Les dons du Saint-Esprit perfectionnent cet amour, les béatitudes en manifestent les fruits, les conseils évangéliques en facilitent la pratique héroïque.
La croissance dans l'amour de Dieu
La purification du cœur
L'amour de Dieu croît dans la mesure où l'âme se purifie du péché et des attachements désordonnés. La lutte contre les vices et les passions déréglées libère le cœur pour un amour plus pur et plus intense. La pratique de la pénitence, du jeûne, et de la mortification détache l'âme des créatures pour l'attacher davantage à Dieu.
La méditation des perfections divines
La contemplation des attributs divins - bonté, beauté, sainteté, miséricorde, justice - enflamme le cœur d'amour. Plus nous connaissons Dieu, plus nous l'aimons ; plus nous l'aimons, plus nous désirons le connaître. La théologie mystique enseigne que la connaissance amoureuse de Dieu constitue la voie royale de la perfection chrétienne.
La réception fréquente des sacrements
Les sacrements, particulièrement l'Eucharistie et la Pénitence, sont les canaux privilégiés de la grâce sanctifiante qui augmente la charité dans l'âme. La communion fréquente, reçue avec les dispositions requises, embrase le cœur de l'amour divin, car c'est Dieu lui-même qui vient habiter en nous.
L'imitation du Christ
Le modèle parfait de l'amour de Dieu nous est donné en Jésus-Christ, qui a aimé son Père jusqu'à la mort de la croix. L'imitation du Christ nous configure progressivement au Fils unique qui n'a jamais cherché que la gloire du Père. Méditer les mystères de la vie du Christ, particulièrement sa Passion, nous révèle la mesure de l'amour véritable.
Les obstacles à l'amour de Dieu
Le péché mortel : mort de l'amour
Le péché mortel détruit complètement la charité dans l'âme. Il rompt l'amitié avec Dieu, il chasse la grâce sanctifiante, il transforme l'âme d'enfant de Dieu en esclave du démon. Aucune croissance dans l'amour n'est possible tant que l'âme demeure en état de péché grave. La confession sacramentelle est alors absolument nécessaire pour restaurer la charité perdue.
Le péché véniel : affaiblissement de l'amour
Le péché véniel n'anéantit pas la charité mais la blesse et l'affaiblit. Les fautes légères répétées créent une tiédeur spirituelle qui dispose progressivement au péché mortel. L'âme attachée aux péchés véniels délibérés ne peut progresser dans l'amour de Dieu ; elle stagne dans la médiocrité spirituelle.
Les affections désordonnées
L'attachement excessif aux créatures - plaisirs, richesses, honneurs, affections humaines - divise le cœur et diminue sa capacité d'aimer Dieu. Un cœur partagé ne peut aimer Dieu de "tout son cœur". Le détachement progressif de ces affections désordonnées libère l'espace intérieur nécessaire à l'expansion de l'amour divin.
L'obligation de l'amour de Dieu
Précepte positif et fréquence
L'amour de Dieu est un précepte positif qui oblige toujours mais non à chaque instant. La tradition théologique enseigne que nous sommes tenus de produire des actes explicites d'amour de Dieu au moins : au commencement de l'usage de raison, plusieurs fois durant la vie, en danger de mort, et face aux grandes tentations. Mais la perfection chrétienne demande une pratique bien plus fréquente.
Péché de ne pas aimer Dieu
Ne jamais aimer Dieu constitue un péché mortel très grave. Celui qui parvient à l'âge de raison et ne pose jamais d'acte d'amour de Dieu rejette sa fin ultime et demeure dans l'état de péché. La tiédeur habituelle, le refus de progresser dans l'amour, l'indifférence envers Dieu sont des dispositions gravement coupables qui mènent à la perdition éternelle.
Cet article est mentionné dans
- La Charité : Reine des Vertus développe cette vertu théologale
- Les Vertus Théologales encadre cette vertu
- L'Amour du Prochain : Second Commandement complète ce premier commandement
- Les Dix Commandements situe ce précepte
- Foi - Vertu Théologale Fondamentale prépare l'amour
- Espérance - Confiance en Dieu accompagne l'amour
- Oraison Mentale et Contemplation exprime l'amour
- Péché Mortel - Mort de l'Âme détruit l'amour
- Zèle Apostolique et Mission manifeste l'amour