Jours d'obligation (Mercredi des Cendres, Vendredi Saint), règles du jeûne (un repas complet, deux collations), abstinence de viande les vendredis de Carême, dispenses et excuses.
Introduction
Le jeûne et l'abstinence constituent des pratiques pénitentielles essentielles dans la vie spirituelle catholique, élevées au rang de commandements de l'Église. Ces disciplines corporelles, pratiquées depuis les temps apostoliques, manifestent la contrition du cœur, la domination de l'esprit sur la chair, et la participation aux souffrances rédemptrice du Christ. L'Église, dans sa sagesse maternelle, a établi des jours obligatoires de jeûne et d'abstinence, sous peine de péché mortel pour ceux qui les violent sans excuse légitime.
Distinction entre jeûne et abstinence
Il importe de distinguer clairement le jeûne de l'abstinence, car ce sont deux pratiques distinctes quoique souvent associées. Le jeûne consiste en la limitation de la quantité de nourriture consommée durant la journée, tandis que l'abstinence concerne la privation de certains aliments spécifiques, particulièrement la viande. Ces deux disciplines peuvent être observées séparément ou conjointement selon les jours liturgiques. La confusion entre ces deux pratiques conduit parfois à négliger l'une ou l'autre des obligations prescrites.
Les jours de jeûne obligatoire
Selon la discipline traditionnelle de l'Église, réduite malheureusement dans les temps modernes, les deux jours de jeûne strictement obligatoires sont le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Ces jours marquent respectivement l'entrée dans le temps du Carême et la commémoration de la Passion du Seigneur, moments suprêmes de pénitence dans l'année liturgique. Traditionnellement, tous les jours de Carême étaient jeûnés, mais la discipline moderne a considérablement relâché cette pratique salutaire.
Les règles du jeûne ecclésiastique
La loi du jeûne prescrit qu'on ne peut faire qu'un seul repas complet durant la journée, généralement pris à midi ou le soir. On peut prendre deux légères collations (le matin et soit à midi soit le soir), dont la quantité combinée ne doit pas égaler un repas complet. Aucune autre nourriture solide n'est permise entre ces prises alimentaires, bien que les liquides (eau, café, thé sans lait) soient autorisés. Cette règle traditionnelle manifeste une véritable mortification corporelle tout en préservant la capacité de remplir ses devoirs quotidiens.
L'obligation d'abstinence
L'abstinence consiste à s'abstenir de viande et de produits dérivés de la viande (bouillons de viande, graisses animales). Traditionnellement, l'abstinence est obligatoire tous les vendredis de l'année en mémoire de la Passion du Seigneur survenue un vendredi. Dans la discipline moderne malheureusement édulcorée, l'obligation stricte d'abstinence demeure pour tous les vendredis du Carême, le Mercredi des Cendres, et le Vendredi Saint. Le poisson, les œufs, les produits laitiers et les aliments végétaux demeurent permis.
Les vendredis de Carême
Le Carême est le temps pénitentiel par excellence, s'étendant sur quarante jours avant Pâques. Tous les vendredis de ce saint temps sont des jours d'abstinence obligatoire. Cette pratique hebdomadaire rappelle que chaque vendredi de l'année doit être marqué d'une mortification spéciale, car c'est le jour où Notre-Seigneur a versé son Sang pour notre Rédemption. L'abstinence de viande le vendredi unit le catholique à la Passion du Christ de manière tangible et corporelle.
Le fondement théologique de la pénitence
Le jeûne et l'abstinence trouvent leur source dans l'enseignement scripturaire et la Tradition apostolique. Notre-Seigneur lui-même jeûna quarante jours au désert avant d'entamer sa vie publique. Les Apôtres pratiquaient le jeûne régulier, et l'Église primitive observait strictement les jours de pénitence. Ces pratiques corporelles servent plusieurs fins spirituelles : la mortification de la chair rebelle, la réparation pour les péchés, l'union aux souffrances du Christ, et l'obtention de grâces particulières par la prière accompagnée de jeûne.
La domination de l'esprit sur la chair
Le jeûne et l'abstinence constituent des exercices ascétiques essentiels pour soumettre la chair à l'esprit. Depuis le péché originel, la concupiscence incline l'homme vers les plaisirs sensibles désordonnés. Le jeûne rappelle l'âme à sa vocation spirituelle, affaiblit l'empire des passions, fortifie la volonté, et développe la vertu de tempérance. C'est un combat spirituel concret contre la tyrannie de l'appétit charnel.
La réparation pour les péchés
Le jeûne et l'abstinence revêtent un caractère expiatoire. Par la mortification volontaire du corps, le pécheur manifeste extérieurement le regret intérieur de ses fautes. Il offre à Dieu une satisfaction proportionnée aux plaisirs illicites dont il s'est rendu coupable. Cette pénitence corporelle, unie aux mérites infinis de la Passion du Christ, participe à l'expiation des péchés personnels et contribue à la réparation des outrages commis contre la Majesté divine.
L'union à la Passion du Christ
En jeûnant et en s'abstenant, le chrétien s'unit mystiquement aux souffrances de Notre-Seigneur. Le Christ a enduré la faim durant son jeûne au désert et sur la Croix. En privant volontairement notre corps de ses aisances habituelles, nous participons à sa Passion rédemptrice. Cette union transforme nos petites souffrances en instruments de sanctification et de salut, leur conférant une valeur rédemptrice par leur incorporation aux souffrances du Sauveur.
L'efficacité du jeûne dans la prière
Notre-Seigneur enseigna que certains démons ne peuvent être chassés que par la prière et le jeûne (Matthieu 17, 21). Le jeûne accroît considérablement l'efficacité de la prière, car il manifeste la sincérité de la supplication, détache l'âme des biens terrestres, et la rend plus apte à la contemplation divine. Les grands saints ont toujours associé prière intense et jeûnes rigoureux. Le catholique qui désire obtenir des grâces particulières fera bien d'accompagner ses prières de mortifications corporelles.
Les personnes obligées au jeûne
La loi du jeûne oblige tous les catholiques ayant atteint l'âge de dix-huit ans révolus jusqu'à cinquante-neuf ans commencés. L'abstinence oblige dès l'âge de quatorze ans et persiste toute la vie, sans limite d'âge supérieure. Ces limites manifestent la prudence maternelle de l'Église qui tient compte de la fragilité de l'enfance et de la vieillesse. Néanmoins, même ceux qui ne sont pas strictement obligés peuvent et doivent pratiquer quelque forme de pénitence adaptée à leur condition.
Les dispenses et excuses légitimes
Certaines circonstances dispensent légitimement de l'obligation du jeûne et de l'abstinence. La maladie grave ou chronique, la grossesse et l'allaitement, les travaux physiquement exténuants, l'extrême pauvreté rendant impossible l'obtention d'aliments appropriés constituent des excuses valables. L'évêque peut accorder des dispenses pour des raisons pastorales. Toutefois, celui qui est dispensé devrait, dans la mesure du possible, substituer d'autres formes de pénitence (prières supplémentaires, aumônes, mortifications alternatives).
La gravité de la violation
Violer volontairement et sans excuse légitime les lois du jeûne et de l'abstinence aux jours prescrits constitue un péché mortel. C'est mépriser l'autorité de l'Église, manifester un attachement désordonné aux plaisirs de la table, et négliger gravement les devoirs de la vie spirituelle. La légèreté apparente de la matière (un simple morceau de viande) ne doit pas tromper : c'est la désobéissance formelle au commandement de l'Église qui constitue la malice grave du péché. Celui qui viole ces préceptes doit se confesser avant de communier.
L'esprit au-delà de la lettre
Si l'observation littérale des lois du jeûne et de l'abstinence est obligatoire sous peine de péché, l'esprit authentique de pénitence doit aller bien au-delà du minimum prescrit. Le véritable catholique ne se contentera pas de jeûner deux jours par an, mais pratiquera volontairement des mortifications régulières. Il observera l'abstinence tous les vendredis de l'année, non seulement ceux du Carême. Il ajoutera des jeûnes volontaires aux vigiles des grandes fêtes et durant l'Avent.
Le jeûne traditionnel du Carême
Avant les réformes modernes désastreuses, tout le Carême était un temps de jeûne strict. Les fidèles jeûnaient tous les jours sauf le dimanche, quarante jours durant. L'abstinence perpétuelle était observée, privant les fidèles non seulement de viande mais aussi de produits laitiers et d'œufs. Cette discipline rigoureuse formait des âmes fortes, préparées au combat spirituel. Le catholique traditionaliste fera bien de restaurer dans sa vie personnelle cette pratique salutaire abandonnée par la tiédeur moderne.
Les autres temps de pénitence
Outre le Carême, la Tradition de l'Église connaissait d'autres temps pénitentiels. Les Quatre-Temps, répartis aux quatre saisons de l'année, comprenaient trois jours de jeûne et d'abstinence. Les vigiles des grandes fêtes étaient jeûnées. L'Avent lui-même était un petit carême préparant à Noël. Cette pratique constante de la pénitence tout au long de l'année maintenait l'âme dans la vigilance spirituelle et la mortification salutaire.
Cet article est mentionné dans
- Les Six Commandements de l'Église énumère ce précepte
- Le Mercredi des Cendres jour de jeûne obligatoire
- Le Vendredi Saint jour de jeûne et abstinence
- Le Carême - Temps de Pénitence contexte liturgique
- La Tempérance - Modération des Plaisirs vertu cultivée
- Le Péché Originel cause de la concupiscence
- La Concupiscence - Séquelle du Péché Originel mal combattu
- L'Avent - Temps de Préparation autre temps pénitentiel
- La Pénitence - Vertu et Sacrement cadre théologique