De Imitatione Christi
Le chef-d'œuvre universel de la spiritualité
L'Imitation de Jésus-Christ (De Imitatione Christi) de Thomas a Kempis (1380-1471) constitue, après la Sainte Bible, le livre le plus lu et le plus influent de la chrétienté. Composée vers 1420 dans un monastère de Windesheim par ce humble chanoine régulier néerlandais, cette œuvre a traversé six siècles de bouleversements historiques en conservant une force de transformation spirituelle intacte.
Pour les catholiques traditionnels, l'Imitation demeure bien plus qu'une dévote compilation de pieuses exhortations. C'est une exposition systématique et profonde de la spiritualité chrétienne authentique, ancrée dans la doctrine du Christ, centrée sur la croix du Sauveur, et proposant un chemin sûr vers la sainteté.
L'auteur et le contexte de composition
Thomas a Kempis naquit en 1380 à Kempen, petit village près de Cologne. Dès sa jeunesse, il entra dans la congrégation de Windesheim, un mouvement de réforme monastique qui visait à restaurer la pureté primitive de la vie religieuse en réaction contre le déclin spirituel du bas Moyen Âge. Cette congrégation, fondée par Geert Groote et florissante au Nord des Alpes, incarnait ce qu'on appelle le mouvement de la Devotio Moderna — la « dévotion moderne ».
Contrairement à ce que son titre suggère, la Devotio Moderna ne cherchait pas l'innovation doctrinale. Au contraire, elle prônait un retour aux sources : les Écritures, les Pères de l'Église, l'enseignement dogmatique immuable de l'Église romaine. Ce qu'elle modernisait était la méthode spirituelle : une concentration sur l'expérience vécue de la foi, l'imitation concrète du Christ, plutôt que sur les spéculations abstraites.
Dans ce contexte, Thomas a Kempis écrivit l'Imitation, non comme une création originale, mais comme une compilation aimante de la sagesse chrétienne transmise par les saints et les maîtres spirituels. L'humilité de l'auteur est remarquable : il ne revendique aucune originalité, mais plutôt se présente comme un simple interprète de l'Évangile éternel.
Un best-seller sans égal
Aucun ouvrage, hormis la Bible, n'a connu une diffusion aussi massive et aussi universelle que l'Imitation. Depuis la première édition imprimée en 1472 (environ deux ans après sa composition manuscrite), ce livre a été traduit en plus de cent cinquante langues. Il existe plus d'éditions de l'Imitation que de tout autre ouvrage religieux, excepté la Sainte Écriture.
Cette diffusion universelle n'est pas fortuite. Elle reflète une vérité profonde : l'Imitation parle à l'âme humaine dans sa situation concrète, face à ses tentations réelles, confrontée aux exigences authentiques de la vie chrétienne. Elle ignore les abstractions théologiques pour aller droit au cœur : comment devenir saint ? Comment suivre vraiment le Christ ?
Le mépris du monde
La doctrine centrale de l'Imitation est le mépris du monde, ou plus précisément, le détachement des réalités temporelles comparées aux biens éternels. Cette enseignement est parfois mal compris par ceux qui ne connaissent pas la tradition spirituelle chrétienne.
Le « mépris du monde » ne signifie pas le mépris de la création elle-même. Dieu a créé le monde et l'a déclaré bon. Il ne signifie pas non plus une haine ou un dégoût envers le prochain. Au contraire, l'Imitation enseigne que celui qui méprise le monde terrestre sera libéré pour aimer son frère avec la charité divine.
Le « mépris du monde » désigne le refus de placer son cœur dans les choses temporelles et périssables. C'est le rejet de cette absorption complète dans les affaires du siècle — les richesses, les honneurs, les plaisirs sensibles — qui éloigne l'âme de Dieu. C'est reconnaître que tous les royaumes de ce monde, toute la splendeur terrestre, ne valent rien en comparaison de la connaissance du Christ.
L'auteur revient constamment sur ce thème : "Vanité des vanités, et tout est vanité, hormis aimer Dieu et le servir lui seul." Cette affirmation n'est pas pessimiste mais extrêmement réaliste. Thomas a Kempis vit au seuil du changement de siècle : mort, maladie, instabilité politique, ruine des empires. Il enseigne à son lecteur à placer son ancre non dans ce qui passe, mais dans ce qui demeure éternellement.
La suite du Christ
L'Imitation propose une doctrine pratique et vivante de la suite du Christ. Être chrétien ne signifie pas simplement croire certaines vérités doctrinales, aussi essentielles soient-elles. Cela signifie imiter le Christ dans ses vertus : son humilité, sa patience, son amour souffrant, son obéissance à la volonté divine.
Thomas a Kempis enseigne que cette imitation doit être complète et sans détour. L'âme doit se configurer au Christ souffrant et crucifié. La croix quotidienne — les humiliations, les maladies, les échecs, les rejets — doit être embrassée comme moyen de participation aux souffrances rédemptives du Christ.
Cette doctrine s'enracine dans l'Évangile lui-même : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive." (Matthieu 16, 24) L'Imitation ne propose rien de nouveau, mais elle l'exprime avec une clarté et une force remarquables.
L'humilité : fondement de la sainteté
Pour Thomas a Kempis, l'humilité est non seulement une vertu parmi d'autres, mais le fondement de toute la vie spirituelle. Sans humilité, les autres vertus deviennent apparence vide. Avec l'humilité, l'âme est disposée à recevoir la grâce divine.
L'humilité n'est pas une fausse modestie ou une négation morbide de soi. C'est une vision juste de soi-même : comprendre qu'on est créature, rachetée par le sang du Christ, totalement dépendante de sa grâce à chaque instant. Cette compréhension, loin de causer le désespoir, libère l'âme et la dispose à recevoir l'amour divin.
La consolation divine et la désolation
L'Imitation enseigne aussi que la vie spirituelle comporte des temps de consolation (où l'âme expérimente la présence sensible de Dieu) et des temps de désolation (où toute consolation s'évanouit). Cette doctrine est essentielle pour le chrétien qui veut persévérer dans la sainteté sans compter sur ses sentiments.
Beaucoup échouent dans la vie spirituelle parce qu'ils identifient la présence de Dieu avec leurs sentiments de dévotion. Quand ces sentiments disparaissent, ils croient que Dieu les a abandonnés. Thomas a Kempis enseigne que Dieu peut être aussi présent dans l'aridité que dans la consolation. C'est même dans la nuit de la foi que s'opère souvent la plus grande transformation.
L'Eucharistie : centre de la vie de l'âme
L'Imitation culmine dans un éloge magnifique du Saint-Sacrement de l'Eucharistie. Pour Thomas a Kempis, la communion eucharistique est le point culminant de la vie chrétienne et le moyen le plus puissant d'union avec le Christ.
La dévotion eucharistique proposée par l'Imitation est sobre, respectueuse, remplie de piété. Elle n'exige pas d'émotions ou de consolations sensibles, mais plutôt une réception humble et respectueuse du Corps du Christ. Cette doctrine a profondément influencé la piété catholique traditionnelle.
Actualité permanente
Bien que composée il y a six cents ans, l'Imitation conserve une actualité stupéfiante. Pourquoi ? Parce que les tentations fondamentales de l'âme ne changent pas. L'orgueil, la concupiscence, l'attachement aux réalités terrestres, la fragilité devant les épreuves — ces réalités que connaissait Thomas a Kempis sont exactement celles que le chrétien du XXIe siècle doit combattre.
Pour le catholique traditionnel qui rejette les compromis de la modernité, l'Imitation offre un enseignement sans ambiguïté. Elle formule avec clarté le chemin qui mène à Dieu : le détachement du monde, l'imitation du Christ souffrant, l'humilité, la persévérance dans la prière et dans les sacrements.
Conclusion
L'Imitation de Jésus-Christ demeure, après six siècles, le guide infaillible vers la sainteté. Thomas a Kempis y exposait, non une spiritualité nouvelle, mais la sagesse éternelle de l'Église, l'enseignement du Christ et des apôtres, la voie parcourue par les saints de tous les temps. Quiconque désire connaître la véritable spiritualité chrétienne, libérée des tentations de l'époque moderne, trouvera dans ce livre une richesse inépuisable et une guidance sûre vers l'union avec Dieu.