Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 6
Présentation
Cette question traite de : De l'acte volontaire et involontaire
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
La nature de l'acte volontaire
Saint Thomas d'Aquin définit l'acte volontaire comme celui qui procède de la volonté. Un acte est volontaire lorsqu'il émane principalement de la faculté volitionnelle, soit par intention directe, soit par consentement. L'acte volontaire suppose donc une source interne : la volonté elle-même, en tant qu'elle tend vers un bien appréhendé par l'intellect. Cette définition s'oppose aux actes purement corporels ou aux mouvements qui s'effectueraient sans la participation de la volonté consciente et délibérée. La volonté, en tant que puissance rationnelle, demeure toujours libre de se porter ou non vers son objet, ce qui constitue l'essence même du caractère volontaire.
Les conditions essentielles de la volonté
Pour qu'un acte soit authentiquement volontaire, trois conditions doivent être réunies. Premièrement, il doit procéder d'une source interne et non d'une contrainte externe. Deuxièmement, celui qui agit doit avoir une connaissance de ce qu'il fait, car la volonté suit l'intellect et ne peut tendre vers ce qu'elle ne connaît pas. Troisièmement, l'acte doit être exempt de contrainte absolue qui ôterait toute liberté de choix. La grâce, quant à elle, peut mouvoir la volonté sans la forcer, en sorte que l'acte reste volontaire tout en étant orienté vers le bien surnaturel. Cette distinction est cruciale pour comprendre la coopération entre la liberté humaine et l'action divine.
Les actes involontaires et leurs causes
Les actes involontaires se divisent en deux catégories : ceux qui procèdent de l'ignorance, et ceux qui proviennent de la violence ou d'une contrainte externe. L'ignorance rend un acte involontaire dans la mesure où elle prive la volonté de l'appréhension nécessaire pour se mouvoir. Cependant, l'ignorance elle-même peut résulter d'une négligence volontaire, auquel cas elle ne rend l'acte qu'involontaire par accident. La violence ou la contrainte physique externe rend un acte involontaire de manière absolue, car elle ôte à la volonté toute capacité d'agir selon sa nature. La passion violente, en tant que mouvement du corps, peut obscurcir le jugement, mais elle ne supprime pas entièrement la liberté de la volonté, qui conserve le pouvoir de résister ou de consentir.
La délibération et le consentement comme éléments du volontaire
La délibération constitue un moment essentiel du processus volontaire, particulièrement dans les actes humains qui supposent la raison. Par la délibération, l'intellect examine les moyens appropriés pour atteindre une fin quelconque, et la volonté se dispose à agir selon cette délibération. Le consentement est l'adhésion de la volonté à ce qui a été délibéré. C'est par le consentement que la volonté se fixe sur un objet particulier, transformant ainsi la simple tendance en acte efficace. Saint Thomas distingue entre l'intention, qui regarde la fin, et le choix, qui s'attache aux moyens. Cette distinction permet de comprendre comment une même action extérieure peut revêtir une signification morale très différente selon l'intention cachée de celui qui agit.
Les implications morales et théologales
La distinction entre l'acte volontaire et involontaire possède des conséquences directes pour l'évaluation morale des actions humaines. Seul l'acte volontaire peut être qualifié de licite ou d'illicite, vertueux ou vicieux, méritoire ou fautif. Le péché, qui est une transgression volontaire de la loi éternelle, ne peut être imputé que pour autant que l'acte soit volontaire. Par conséquent, la responsabilité morale et théologique est strictement proportionnelle au degré de volonté présent dans l'acte. Cette doctrine affirme que l'homme, créé à l'image de Dieu, possède une véritable liberté d'agir et que cette liberté constitue le fondement de sa dignité morale et de son salut.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 6
Q. 6 - De l'acte volontaire et involontaire
Saint Thomas examine les conditions qui rendent un acte véritablement volontaire ou involontaire, fondant ainsi la moralité et la responsabilité des actes humains.
Introduction
Cette question établit les principes fondamentaux de la moralité en déterminant ce qui relève véritablement de la volonté humaine. Elle analyse les obstacles qui peuvent diminuer ou supprimer le caractère volontaire d'un acte.
La nature du volontaire
Est volontaire ce qui procède de la volonté avec connaissance de la fin. L'acte volontaire requiert donc deux éléments essentiels : la connaissance intellectuelle de ce que l'on fait et le consentement libre de la volonté. Sans ces deux éléments, l'acte ne peut être pleinement imputable à l'agent.
L'involontaire causé par l'ignorance
L'ignorance peut rendre un acte involontaire lorsqu'elle porte sur des circonstances essentielles de l'action. Cependant, toute ignorance ne supprime pas la volontarité : l'ignorance affectée ou volontaire ne diminue pas la responsabilité. Seule l'ignorance invincible et portant sur l'essentiel excuse totalement.
L'involontaire causé par la violence
La violence extérieure, lorsqu'elle contraint totalement l'agent, rend l'acte involontaire. Cependant, la volonté elle-même ne peut être directement forcée de l'extérieur, car elle est intrinsèquement libre. La violence peut contraindre les actes extérieurs du corps, mais non le consentement intérieur de la volonté.
L'involontaire causé par la crainte
La crainte ne supprime pas totalement le caractère volontaire de l'acte, mais elle le modifie. L'acte posé par crainte est dit "volontaire mixte" : il est voulu dans les circonstances présentes, bien qu'il ne le serait pas en d'autres conditions. La crainte peut diminuer la responsabilité morale, mais ne l'abolit généralement pas.
L'involontaire causé par la concupiscence
Les passions de l'appétit sensible, comme la concupiscence, n'abolissent pas le volontaire tant que la raison conserve l'usage de ses facultés. Une passion véhémente peut diminuer la volontarité en obscurcissant le jugement, mais elle ne la supprime pas totalement sauf cas de perte complète de la raison.
Le volontaire indirect
Un effet peut être volontaire indirectement lorsque, sans être voulu pour lui-même, il résulte nécessairement d'une action volontaire. On est responsable des conséquences prévisibles de ses actes, même si on ne les a pas explicitement voulues. Cette doctrine fonde la responsabilité pour les effets indirects de nos actes.
Le degré de volontarité et l'imputabilité
Le degré selon lequel un acte est volontaire détermine le degré de sa moralité et de son imputabilité. Un acte pleinement volontaire, posé avec connaissance parfaite et liberté totale, engage totalement la responsabilité de l'agent devant Dieu et devant sa conscience.
Cet article est mentionné dans
- Actes Humains - Volonté, Intention et Choix mentionne ce concept
- Conseil Évangélique : L'Obéissance Volontaire mentionne ce concept
- Conseil Évangélique : La Pauvreté Volontaire mentionne ce concept
- La Création mentionne ce concept
- Q. 2 - De l'acte de foi mentionne ce concept
- Q. 3 - De l'acte extérieur de foi mentionne ce concept
- Q. 6 - De l'acte volontaire et involontaire mentionne ce concept
- Q. 20 - De la bonté et de la malice de l'acte extérieur mentionne ce concept
- Q. 19 - De la bonté et de la malice de l'acte intérieur de la volonté mentionne ce concept
- Question 4 : De la pénitence intérieure quant à l'acte de la volonté mentionne ce concept