Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 16
Présentation
Cette question traite de : De l'usage
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Notion et définition de l'usage
L'usage, dans la philosophie thomiste, désigne l'acte par lequel la volonté se rapporte aux moyens pour atteindre une fin. C'est l'exercice actif de la volonté face aux choses qui servent de moyens. Saint Thomas distingue l'usage de la simple jouissance ou possession, car l'usage implique une relation dynamique aux choses et aux actes.
Distinction entre l'usage et les autres actes volontaires
L'usage se distingue du fruition (jouissance de la fin), de l'intention (qui vise la fin elle-même), et du choix (qui sélectionne les moyens). Tandis que la fruition porte sur la fin en tant que fin, l'usage concerne les moyens ordonnés à cette fin. Cette distinction est capitale pour comprendre la structure de l'agir moral selon la tradition thomiste, notamment exposée en Q. 12 - De l'intention.
La volonté comme principe de l'usage
Saint Thomas affirme que l'usage est proprement un acte de la volonté. La volonté, en tant que puissance appétitive rationnelle, est seule capable d'usage véritable. L'intellect connaît, mais la volonté use en ordonnant l'action vers une fin. Cette capacité reflète la dignité spécifique de la volonté humaine dans l'économie de la vertu et de l'agir moral.
L'usage dans l'exercice des vertus
Les vertus, en particulier les vertus morales, s'exercent par l'usage des puissances humaines selon la droite raison. L'usage des passions selon la vertu, par exemple la tempérance ou la force, implique l'intervention de la volonté pour réguler et diriger ces inclinations naturelles. Le Q. 49 - De la vertu et le Q. 56 - De la vertu cardinale approfondissent cette relation entre usage et vertu.
Implications pour la vie chrétienne et le salut
L'usage droit des choses, des vertus et de la grâce est essentiel à la vie chrétienne. Cette doctrine oriente le fidèle vers une utilisation sage des créatures en vue de la fin ultime, qui est l'union avec Dieu. L'abus de l'usage, au contraire, constitue une forme de dérèglement moral dont il faut se garder par la pratique des vertus et l'assistance de la grâce divine.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 16
Q. 16 - De l'usage
Saint Thomas examine l'usage (usus), c'est-à-dire l'application effective des moyens à la réalisation de la fin choisie par la volonté.
Introduction
Cette question traite de l'usage comme mise en œuvre du choix. Après avoir délibéré, consenti et choisi, la volonté passe à l'acte effectif en usant des moyens pour atteindre sa fin.
La nature de l'usage
L'usage est l'application active des moyens pour réaliser une fin. User (uti), c'est employer quelque chose pour parvenir à autre chose. L'usage suit le choix et le met en exécution. Il est l'acte par lequel nous utilisons effectivement ce que nous avons choisi comme moyen.
L'usage est-il un acte de la volonté
L'usage est principalement un acte de la volonté, bien qu'il puisse s'étendre aux autres facultés que la volonté meut à agir. La volonté use des autres puissances de l'âme et du corps en les appliquant à l'action. C'est elle qui commande l'usage, même si l'exécution peut appartenir à d'autres facultés.
La distinction entre usage et fruition
L'usage (uti) diffère de la fruition (frui). On use des moyens ordonnés à une fin, on jouit de la fin elle-même. Saint Augustin enseigne qu'on doit user des créatures et jouir de Dieu seul. Inverser cet ordre en jouissant des créatures comme fin constitue le péché.
L'usage précède ou suit le choix
L'usage de la fin, c'est-à-dire l'application de la volonté à la fin elle-même, précède le choix des moyens. Mais l'usage des moyens suit nécessairement le choix, car on ne peut user de ce qu'on n'a pas d'abord choisi. L'ordre est : intention de la fin, choix des moyens, usage des moyens pour la fin.
Peut-on user de ce qu'on ne choisit pas
On ne peut pas proprement user de ce qui n'a pas été l'objet d'un choix délibéré. Cependant, on peut user de certaines choses par une sorte d'habitude ou d'inclination naturelle, sans délibération explicite. Mais l'usage parfait et pleinement humain suppose le choix libre.
L'usage des moyens et l'ordre à la fin
L'usage des moyens doit toujours être ordonné à la fin. User d'un moyen sans rapport à la fin constitue un désordre. Tous nos actes doivent être ordonnés à la fin ultime qu'est Dieu. C'est la prudence qui assure le bon usage des moyens.
L'usage et la vie morale
Le bon usage des créatures est essentiel à la vie morale et spirituelle. Les vertus, spécialement la tempérance, règlent l'usage des biens temporels. La pauvreté évangélique enseigne le détachement dans l'usage des biens matériels, les ordonnant tous à Dieu.
Cet article est mentionné dans
- Q. 16 - De l'usage mentionne ce concept
- La Tempérance (Vertu Opposée à la Gourmandise) mentionne ce concept