Traduction française : concorde
Traduction anglaise : concord, harmony
Grammaire : nom. f. (1st declension)
Exemple d'utilisation
Concordia parvae res crescunt.
Étymologie
From con- 'together' + cor 'cœur'. racine de 'concord', 'accord'.
Contexte linguistique
Le mot latin concordia appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
Importance dans la tradition
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Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
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Racine de nombreux mots français et européens
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Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
Mots apparentés
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contra : contre
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conscientia : conscience
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contemplatio : contemplation
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conscientia : conscience
Utilisation dans la liturgie
Le latin concordia peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Références
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Latin ecclésiastique
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Tradition liturgique
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Étymologie indo-européenne
Traduction française : concorde, harmonie, union des cœurs
Traduction anglaise : concord, harmony, agreement
Grammaire : nom. f. (1st declension)
Exemple d'utilisation
Concordia parvae res crescunt, discordia maximae dilabuntur.
Par la concorde, les petites choses s'accroissent ; par la discorde, les plus grandes se dissolvent. (Salluste)
Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum.
Voyez comme il est bon et agréable pour des frères de vivre ensemble dans l'unité. (Psaume 133, 1)
Étymologie
Le terme concordia se compose du préfixe con- (cum, "avec, ensemble") et de cor, cordis (cœur), signifiant littéralement "cœurs ensemble" ou "union des cœurs". L'adjectif concors (uni, en accord) partage la même racine. Cette étymologie transparente révèle la conception romaine de la concorde : non pas simple accord extérieur ou compromis politique, mais véritable union intérieure, communion des volontés et des affections.
La famille lexicale comprend concordare (être d'accord), concorditer (d'un commun accord), discordia (discorde, désaccord). Le mot a donné en français "concorde", "concordat", "accord" ; en italien concordia ; en espagnol concordia ; en anglais "concord". Le terme technique "concordance" (notamment biblique) provient également de cette racine.
La concordia dans la pensée politique romaine
Vertu civique et stabilité politique
Dans la Rome républicaine, la concordia constituait une valeur politique fondamentale, indispensable à la stabilité de l'État. Salluste, dans la Guerre de Jugurtha, énonce le principe célèbre cité ci-dessus : seule la concordia entre citoyens permet à la république de prospérer, tandis que la discordia (discorde) conduit à la ruine même des plus grandes puissances.
La concordia romaine désignait principalement l'harmonie entre les ordres sociaux (patriciens et plébéiens), puis plus généralement la paix civile et l'union des citoyens. Après les guerres civiles dévastatrices du Ier siècle avant J.-C., Auguste fit de la concordia un pilier idéologique du nouvel ordre impérial.
Le culte de la Concordia
La concordia fut même divinisée et reçut un culte officiel à Rome. Plusieurs temples lui furent dédiés, dont le temple de la Concordia Augusta sur le Forum romain, reconstruit par Tibère. Sur les monnaies impériales, la personnification de Concordia apparaît souvent tenant une patera (patère sacrificielle) et une corne d'abondance, symboles de paix féconde.
Cette divinisation témoigne de l'importance capitale accordée à l'harmonie sociale. La concordia ordinum (concorde des ordres sociaux) préoccupait particulièrement Cicéron, qui voyait en elle la condition de survie de la république face aux menaces de guerre civile.
Transformation chrétienne du concept
Concordia et unité ecclésiale
Le christianisme reprend et transfigure le concept de concordia en l'appliquant à l'unité de l'Église. L'harmonie recherchée ne repose plus sur des intérêts politiques communs, mais sur la communion dans la foi et la charité. Saint Paul exhorte les Philippiens : "Idem sapite, eandem caritatem habentes, unanimes, idipsum sentientes" (Ayez une même pensée, un même amour, une même âme, un même sentiment - Phil 2, 2).
Cette concordia chrétienne transcende les divisions sociales, ethniques et culturelles. "Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre" (Gal 3, 28) : la concordia baptismale unit tous les membres du Corps du Christ dans une communion nouvelle.
Fondement théologique de la concordia
Les Pères de l'Église méditent le fondement trinitaire de la concordia ecclésiale. Saint Cyprien de Carthage, dans le De ecclesiae catholicae unitate, affirme que l'unité de l'Église reflète l'unité divine : "Deus unus est, et Christus unus, et una Ecclesia" (Un seul Dieu, un seul Christ, une seule Église). La concordia des fidèles découle de et manifeste la communion des Trois Personnes divines.
Saint Augustin développe une théologie de la concordia comme fruit de la charité : "Ubi caritas, ibi Trinitas; ubi Trinitas, ibi unitas" (Où est la charité, là est la Trinité ; où est la Trinité, là est l'unité). Sans charité, il ne peut y avoir de vraie concordia, seulement un accord superficiel qui cache la division des cœurs.
Concordia et œcuménisme
Dans la théologie contemporaine, la concordia inspire la réflexion œcuménique. Comment restaurer l'unité visible des chrétiens divisés ? Les "concordats" entre Églises tentent d'établir une concordia dans la foi malgré les divergences historiques. La Déclaration commune sur la doctrine de la justification (1999) entre catholiques et luthériens porte le titre latin Declaratio communis de doctrina justificationis, recherchant une concordia fondamentale par-delà les controverses du XVIe siècle.
Usage liturgique et spirituel
Dans la prière de l'Église
La liturgie romaine invoque régulièrement la concordia comme don de Dieu et fruit de l'Esprit Saint. Les oraisons demandent que Dieu accorde la concordia aux familles, aux communautés, aux nations. La prière pour la paix implore : "Da pacem, Domine, in diebus nostris" (Donne la paix en nos jours), incluant la paix intérieure et la concordia sociale.
L'office de saint François d'Assise célèbre ce saint comme artisan de paix et de concordia. Sa prière célèbre demande : "Fac me instrumente pacis tuae" (Fais de moi un instrument de ta paix), cherchant à semer l'harmonie, le pardon, l'union.
La concordia monastique
Les règles monastiques font de la concordia fraternelle un objectif primordial. Saint Benoît prescrit que "rien ne soit préféré à l'amour du Christ", et cette primauté du Christ fonde la concordia communautaire. Les moines doivent "se supporter mutuellement avec une infinie patience leurs infirmités tant physiques que morales" (Règle, ch. 72).
Saint Basile, dans ses Règles, et saint Augustin, dans sa Règle, insistent également sur la concordia comme marque distinctive de la vie religieuse : "Primum propter quod in unum estis congregati, ut unanimes habitetis in domo, et sit vobis anima una et cor unum in Deum" (La raison première pour laquelle vous êtes réunis, c'est que vous habitiez unanimes dans la maison, et que vous n'ayez qu'une âme et qu'un cœur tournés vers Dieu).
Développements théologiques médiévaux
Concordia et bien commun
Thomas d'Aquin intègre la concordia dans sa réflexion sur le bien commun. La paix sociale (pax) requiert la concordia, c'est-à-dire non seulement l'absence de conflit mais l'union positive des volontés orientées vers le bien commun. La concordia parfaite ne sera réalisée que dans la vision béatifique, où tous les bienheureux s'aimeront d'un même amour et contempleront le même Bien suprême.
En ce monde, la concordia demeure imparfaite et fragile, menacée par l'orgueil et l'amour-propre. Elle requiert constamment l'humilité, le pardon, la patience. Les vertus de mansuétude, de patience, de douceur sont ordonées à la préservation de la concordia.
Concordia discordantium canonum
Le titre de l'œuvre majeure de Gratien (vers 1140), fondatrice du droit canonique médiéval, illustre un usage technique de concordia : le Decretum ou Concordia discordantium canonum (Accord des canons discordants) vise à harmoniser les sources juridiques contradictoires. Cette concordia méthodologique cherche à montrer l'unité fondamentale du droit canonique malgré les apparentes contradictions.
Cette démarche reflète une confiance dans la concordia de la Tradition : sous les divergences superficielles, une harmonie profonde unit les enseignements des Pères et des conciles, car tous procèdent de l'unique Esprit de vérité.
Résonances modernes
Concordats et relations Église-État
Le terme "concordat" désigne depuis le Moyen Âge les accords entre le Saint-Siège et les États réglant la situation de l'Église catholique. Ces traités recherchent une concordia pratique entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, définissant leurs compétences respectives et leurs modes de collaboration.
Le Concordat de 1801 entre Pie VII et Napoléon, les Accords du Latran (1929), les nombreux concordats contemporains prolongent cette tradition de recherche de concordia dans les relations Église-État.
Appel à la concordia dans un monde divisé
Le Magistère contemporain appelle régulièrement à la concordia comme antidote aux divisions : divisions ecclésiales (œcuménisme), divisions sociales (doctrine sociale), divisions internationales (paix mondiale). La concordia n'est pas uniformité mais "unité dans la diversité", harmonie respectueuse des différences légitimes.