Traduction française : charité
Traduction anglaise : charity, love
Grammaire : nom. f. (3rd declension)
Exemple d'utilisation
Caritas omnia suffert.
Étymologie
From carus 'dear'. racine de 'charity', 'cherish'.
Contexte linguistique
Le mot latin caritas appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
Importance dans la tradition
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Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
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Racine de nombreux mots français et européens
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Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
Mots apparentés
- carmen : poème, chant
Utilisation dans la liturgie
Le latin caritas peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Références
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Latin ecclésiastique
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Tradition liturgique
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Étymologie indo-européenne
Traduction française : charité, amour
Traduction anglaise : charity, love
Grammaire : nom féminin (3ème déclinaison, genitif : caritatis)
Présentation générale
Le terme latin caritas désigne l'amour chrétien par excellence, compris comme don désintéressé de soi-même à Dieu et au prochain. Il s'agit d'un concept théologique fondamental qui constitue l'une des trois vertus théologales) avec la foi (fides) et l'espérance (spes). Dans la tradition catholique, la charité représente non seulement la plus grande des vertus, mais également le fondement même de la vie chrétienne et le signe distinctif des disciples du Christ.
Étymologie et nuances terminologiques
Origine linguistique
Le mot caritas dérive de l'adjectif latin carus signifiant "cher, précieux, coûteux". Cette racine étymologique révèle la dimension affective et la valorisation de l'objet aimé. Le terme a donné en français "charité", "chérir", et influence également l'anglais "charity" et "cherish". Cette filiation linguistique témoigne de la continuité sémantique entre l'estime, l'affection et l'amour oblative.
Distinctions théologiques
La langue latine dispose de plusieurs termes pour exprimer l'amour, chacun avec des connotations spécifiques. Caritas se distingue d'amor (amour au sens général, incluant les dimensions passionnelles) et de dilectio (affection fondée sur le choix délibéré). Alors qu'amor peut désigner tout type d'inclination affective, caritas se réfère spécifiquement à l'amour spirituel, gratuit et oblative qui trouve son origine en Dieu. Saint Augustin a particulièrement travaillé cette distinction, considérant que la caritas est l'amor ordonné vers Dieu et le prochain, tandis que la cupiditas (convoitise) représente l'amour désordonné des créatures pour elles-mêmes.
La charité dans l'Écriture Sainte
L'hymne à la charité de Saint Paul
Le texte paulinien le plus célèbre sur la caritas se trouve dans la première épître aux Corinthiens (13, 1-13), où l'Apôtre proclame : "Si je n'ai pas la charité, je ne suis rien" (Si caritatem non habuero, nihil sum). Saint Paul énumère les propriétés de la charité : elle est patiente, bienveillante, ne jalouse pas, ne cherche pas son intérêt, excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. L'Apôtre conclut que parmi les trois vertus théologales, "la plus grande est la charité" (maior autem horum est caritas).
Cette affirmation de la primauté de la charité structure toute la théologie morale catholique. Elle signifie que sans l'amour de Dieu et du prochain, même les dons spirituels les plus éclatants (prophétie, foi capable de déplacer les montagnes, distribution de tous ses biens) demeurent stériles pour la vie éternelle.
Le commandement nouveau
Dans l'Évangile de Jean (13, 34), le Christ proclame : "Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Mandatum novum do vobis : ut diligatis invicem, sicut dilexi vos). Bien que le texte grec emploie agapè et le latin dilectio dans ce passage, la tradition théologique a compris ce commandement comme l'expression même de la caritas chrétienne. La nouveauté réside dans la mesure de l'amour : non plus seulement "comme soi-même", mais "comme le Christ nous a aimés", c'est-à-dire jusqu'au don total de soi.
L'enseignement de Saint Thomas d'Aquin
Nature de la charité
Dans la Somme Théologique (IIa-IIae, q. 23-46), Saint Thomas consacre vingt-quatre questions à l'étude de la caritas. Il la définit comme "une amitié de l'homme avec Dieu" (amicitia quaedam hominis ad Deum), fondée sur la communication que Dieu fait de sa béatitude. Cette définition souligne trois aspects essentiels : la réciprocité (propre à l'amitié), la gratuité (l'initiative divine), et la finalité (la participation à la vie divine).
Thomas distingue la charité comme vertu infuse (directement donnée par Dieu) des autres vertus morales acquises par l'habitude. La charité est infusée dans l'âme avec la grâce sanctifiante au baptême et grandit tout au long de la vie spirituelle. Elle ne peut être possédée qu'en état de grâce et se perd par le péché mortel, qui rompt l'amitié avec Dieu.
La charité forme des vertus
Un principe fondamental de la théologie thomiste affirme que "la charité est la forme de toutes les vertus" (caritas forma virtutum). Cela signifie que la charité ordonne tous les actes vertueux vers leur fin ultime, qui est Dieu. Une action extérieurement juste mais dépourvue de charité manque de valeur méritoire pour la vie éternelle. C'est la charité qui donne aux vertus leur perfection en les orientant vers l'amour de Dieu.
L'ordre de la charité
Saint Thomas développe également une doctrine de l'ordre de la charité, répondant à la question : qui doit-on aimer en premier ? Il établit une hiérarchie : Dieu d'abord et avant tout, puis soi-même (dans la perspective du salut), ensuite le prochain selon divers degrés de proximité (famille, compatriotes, toute l'humanité). Cet ordre n'est pas égoïste mais correspond à la nature même de la charité qui rayonne à partir de sa source divine.
Usage liturgique et spirituel
Dans la Vulgate
Le terme caritas apparaît plus de deux cents fois dans la Vulgate, particulièrement dans les écrits pauliniens et johanniques. Des expressions comme Deus caritas est (Dieu est amour, 1 Jn 4, 8) ont profondément marqué la spiritualité chrétienne. La liturgie reprend constamment ces formules, notamment dans les lectures du temps pascal et dans les messes votives de la charité.
Dans la liturgie eucharistique
L'Eucharistie est par excellence le sacrement de la caritas. Le Christ s'y donne lui-même en nourriture, actualisant le don suprême de la Croix. La liturgie traditionnelle emploie fréquemment le vocabulaire de la charité pour décrire ce mystère. L'oraison Deus, caritas est demande que les fidèles, embrasés de l'amour divin, puissent s'attacher indéfectiblement à Dieu.
Les œuvres de charité
Dans la pratique chrétienne, la caritas s'incarne dans les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. L'Église enseigne que l'amour authentique doit se traduire en actes concrets envers les pauvres, les malades, les prisonniers, conformément au discours du Christ sur le jugement dernier (Mt 25, 31-46). Cette dimension pratique explique pourquoi "charité" en français désigne également les institutions d'assistance aux nécessiteux.
Enseignement du Magistère
Le Catéchisme de l'Église Catholique
Le CEC consacre de nombreux paragraphes à la charité (notamment 1822-1829). Il affirme que "la charité est la vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour Lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu" (CEC 1822). Le Catéchisme souligne que la charité a pour fruit la joie, la paix et la miséricorde, et qu'elle exige la bienfaisance et la correction fraternelle.
Deus Caritas Est
L'encyclique de Benoît XVI Deus Caritas Est (2005) offre une méditation profonde sur la nature de l'amour chrétien. Le Pape émérite distingue l'eros (amour d'aspiration) et l'agapè (amour de don), tout en montrant leur unité dans la conception chrétienne de l'amour. Il souligne que l'amour de Dieu et l'amour du prochain sont inséparables : "L'amour de Dieu et l'amour du prochain se fondent vraiment ensemble : le Dieu incarné nous attire tous à lui".
La charité dans la vie spirituelle
Croissance de la charité
La vie spirituelle consiste essentiellement dans la croissance de la charité. Les sacrements, particulièrement l'Eucharistie, nourrissent et augmentent cette vertu. La prière, la méditation de l'Écriture, les œuvres de miséricorde disposent l'âme à recevoir un accroissement de charité. Saint François de Sales enseigne que "la mesure d'aimer Dieu, c'est de l'aimer sans mesure".
Les degrés de la charité
La tradition spirituelle, à la suite des Pères du Désert et de Saint Bernard, distingue plusieurs degrés dans la charité : l'amour charnel (l'homme s'aime pour lui-même), l'amour intéressé (l'homme aime Dieu pour les bienfaits reçus), l'amour filial (l'homme aime Dieu pour sa bonté), et l'amour transformant (l'homme s'aime lui-même pour Dieu). Cette progression spirituelle culmine dans l'union mystique où l'âme ne veut que ce que Dieu veut.
Charité et vie contemplative
Dans la tradition carmélitaine, illustrée par Sainte Thérèse d'Avila et Saint Jean de la Croix, la charité constitue l'essence même de l'union mystique. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus a exprimé sa vocation en disant : "Au cœur de l'Église, ma Mère, je serai l'Amour". Cette identification de la sainteté avec la charité parfaite montre que toute vie spirituelle authentique tend vers la plénitude de l'amour.
Implications pastorales et sociales
Le témoignage communautaire
Le Christ a affirmé que la reconnaissance de ses disciples passe par leur amour mutuel : "À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres" (Jn 13, 35). Cette exigence fonde l'importance de la communion fraternelle dans la vie ecclésiale. Les premières communautés chrétiennes étaient reconnues par les païens pour leur charité : "Voyez comme ils s'aiment".
La doctrine sociale de l'Église
La charité inspire et fonde toute la doctrine sociale catholique. L'option préférentielle pour les pauvres, le principe de solidarité, la destination universelle des biens trouvent leur racine dans l'amour évangélique. Comme l'enseigne le Compendium de la Doctrine Sociale, "la charité présuppose et transcend la justice", car elle demande non seulement de rendre à chacun son dû, mais de se donner soi-même.
L'œcuménisme et le dialogue interreligieux
La charité constitue également le moteur de l'œcuménisme. L'unité des chrétiens, voulue par le Christ, ne peut se réaliser que dans l'amour fraternel qui dépasse les divisions historiques. De même, le dialogue avec les autres religions trouve son inspiration dans la charité universelle qui reconnaît en tout homme un frère créé à l'image de Dieu.
Exemple d'utilisation
Caritas omnia suffert, omnia credit, omnia sperat, omnia sustinet.
La charité excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. (1 Co 13, 7)
Articles connexes
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fides : foi
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spes : espérance
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virtus : vertu
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gratia : grâce
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amor : amour
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dilectio : affection, amour de choix
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misericordia : miséricorde
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benevolentia : bienveillance
Ce mot fait partie du glossaire latin complet de l'encyclopédie Tradiland, qui recense les principaux termes latins utilisés dans la tradition chrétienne et classique.