Traduction française : contemplation
Traduction anglaise : contemplation
Grammaire : noun, f., 3rd declension
Exemple d'utilisation
Contemplatio rerum divinarum.
Étymologie
From contemplari (observe): con- + templum (sacré space for observation)
Contexte linguistique
Le mot latin contemplatio appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
Importance dans la tradition
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Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
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Racine de nombreux mots français et européens
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Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
Mots apparentés
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contra : contre
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concordia : concorde, harmonie
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conscientia : conscience
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conscientia : conscience
Utilisation dans la liturgie
Le latin contemplatio peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Signification théologique
La contemplatio désigne dans la tradition spirituelle catholique l'acte par lequel l'âme, élevée par la grâce, considère et contemple les réalités divines. Elle représente le sommet de la vie spirituelle, l'union intime avec Dieu dans la charité, la forme la plus haute de la prière où l'intelligence et la volonté se reposent en Dieu.
Saint Thomas d'Aquin, dans la Somme Théologique (IIa-IIae, q. 180), définit la vie contemplative comme "l'application de l'esprit à la contemplation de la vérité divine." Il distingue soigneusement la contemplation acquise, fruit de l'effort humain aidé par la grâce ordinaire, et la contemplation infuse, don gratuit de Dieu qui dépasse toute proportion avec nos efforts naturels.
La contemplation s'enracine ultimement dans la vision béatifique, la contemplation face à face de Dieu au Ciel, dont elle est une participation anticipée et imparfaite en cette vie. "Nous voyons maintenant dans un miroir, de manière confuse, mais alors ce sera face à face" (1 Co 13,12).
Étymologie et symbolisme du temple
Le terme contemplatio dérive du verbe contemplari, lui-même composé de con- (avec, ensemble) et templum (temple, espace sacré). Le templum dans l'Antiquité romaine désignait l'espace délimité par l'augure pour observer les signes divins. Contempler signifie donc étymologiquement "observer avec" dans l'espace sacré.
Cette étymologie révèle une profondeur insoupçonnée : contempler, c'est entrer dans le temple, dans l'espace sacré où l'on peut percevoir le divin. L'âme contemplative devient elle-même un temple où Dieu se laisse voir. Saint Paul écrit : "Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ?" (1 Co 3,16).
Contemplation et vie active
La distinction classique
La tradition chrétienne, depuis les Pères du désert et systématisée par saint Grégoire le Grand, distingue la vie contemplative (vita contemplativa) de la vie active (vita activa). Cette distinction trouve son archétype biblique dans l'épisode de Marthe et Marie (Lc 10,38-42). Marthe, affairée au service, représente la vie active ; Marie, assise aux pieds du Seigneur pour l'écouter, symbolise la vie contemplative.
Le Christ déclare : "Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée." Cette parole a été interprétée par toute la tradition comme affirmant la supériorité de la contemplation sur l'action, non pour déprécier l'action nécessaire, mais pour rappeler la primauté de l'union à Dieu.
Complémentarité et synthèse
Saint Thomas enseigne néanmoins que la vie la plus parfaite est celle qui, à l'exemple du Christ, unit contemplation et action : contemplata aliis tradere (transmettre aux autres ce qu'on a contemplé). Les Ordres de prédicateurs, comme les Dominicains, incarnent cet idéal de la contemplation débordant en action apostolique.
Saint Bernard de Clairvaux développe cette synthèse en distinguant trois degrés : certains sont dans l'action seule, d'autres dans la contemplation seule, d'autres enfin passent de la contemplation à l'action pour éclairer leurs frères. Ce dernier état, dit-il, est "angélique."
Les degrés de la contemplation
Contemplation ordinaire
La contemplation ordinaire ou acquise résulte de l'exercice des dons naturels de l'intelligence, perfectionnés par la grâce sanctifiante et les vertus théologales). Elle consiste en une méditation approfondie des mystères divins qui aboutit à une connaissance amoureuse de Dieu. Cette contemplation reste accessible à tout chrétien vivant dans la grâce.
Les auteurs spirituels décrivent cette contemplation comme une "oraison de simple regard," où l'âme considère longuement et affectueusement une vérité divine sans multiplier les raisonnements. Sainte Thérèse d'Avila parle d'un "regard amoureux sur Dieu."
Contemplation infuse
La contemplation infuse, mystique ou extraordinaire, dépasse les capacités naturelles de l'âme même aidée par la grâce ordinaire. Elle procède d'une motion spéciale de l'Esprit Saint qui éclaire l'intelligence d'une lumière surnaturelle. Saint Jean de la Croix la décrit comme une "connaissance générale et obscure," un savoir expérimental de Dieu qui dépasse tout concept.
Cette contemplation infuse comporte différents degrés, depuis l'oraison de quiétude jusqu'à l'union transformante, en passant par l'union simple et l'union extatique. Ces états sont décrits avec précision par les grands mystiques : sainte Thérèse d'Avila dans le Château intérieur, saint Jean de la Croix dans la Montée du Carmel.
La contemplation dans les Écritures
Ancien Testament
L'Ancien Testament témoigne déjà de l'expérience contemplative. Moïse au Sinaï, conversant avec Dieu "face à face comme un homme parle à son ami" (Ex 33,11), incarne le contemplateur par excellence. Les Psaumes expriment le désir contemplatif : "Une seule chose ai-je demandé au Seigneur, la chose que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour contempler la beauté du Seigneur" (Ps 27,4).
Le prophète Élie au mont Horeb, percevant Dieu non dans les phénomènes violents mais dans le "murmure d'une brise légère" (1 R 19,12), préfigure la contemplation silencieuse où Dieu se communique dans le secret.
Nouveau Testament
Le Nouveau Testament révèle la contemplation chrétienne dans sa spécificité : elle est contemplation du Verbe incarné. "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé (etheasametha), ce que nos mains ont touché du Verbe de vie" (1 Jn 1,1).
Saint Paul parle de sa propre expérience mystique : ravi au troisième ciel, il a "entendu des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme de redire" (2 Co 12,4). Cette contemplation paulinienne transforme progressivement le contemplatif : "Nous tous qui, le visage dévoilé, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image" (2 Co 3,18).
Les grands contemplatifs
Les Pères du désert
Les Pères du désert, fuyant le monde pour se consacrer à la prière et à la contemplation, ont établi les fondements de la spiritualité contemplative chrétienne. Saint Antoine, saint Macaire, saint Pacôme recherchaient dans la solitude (hesychia) l'union intime avec Dieu. Leur enseignement, recueilli dans les Apophtegmes, constitue un trésor de sagesse contemplative.
La tradition hésychaste, particulièrement vivante dans le monachisme oriental, développa des méthodes contemplatives centrées sur la "prière du cœur" et l'invocation du Nom de Jésus.
Les mystiques médiévaux et modernes
Le Moyen Âge vit fleurir une magnifique littérature mystique : saint Bernard, les Victorins, sainte Hildegarde, les mystiques rhénans (Maître Eckhart, Tauler, Suso), sainte Catherine de Sienne. Chacun décrit à sa manière l'expérience de l'union contemplative.
L'âge d'or espagnol du XVIe siècle produisit les plus grands maîtres de la contemplation : sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix, dont les œuvres demeurent des références incontournables. Ils systématisèrent la théologie mystique avec une précision qui fait encore autorité.
Obstacles et purifications
La nuit obscure
Saint Jean de la Croix enseigne que l'accès à la contemplation infuse requiert une double purification : la nuit des sens et la nuit de l'esprit. Ces purifications passives, opérées par Dieu lui-même, dépouillent l'âme de ses attachements et de ses modes de connaissance imparfaits pour la préparer à l'union divine.
Ces nuits sont douloureuses mais nécessaires. L'âme se sent privée de Dieu, plongée dans les ténèbres spirituelles, alors même qu'elle progresse vers une union plus profonde. Cette "nuit obscure" constitue le creuset où se forge le véritable contemplatif.
Discernement des esprits
La tradition spirituelle insiste sur la nécessité du discernement dans la vie contemplative. Toutes les expériences extraordinaires ne viennent pas de Dieu ; le démon peut se déguiser en ange de lumière. Saint Jean de la Croix met en garde contre l'attachement aux phénomènes mystiques (visions, locutions, extases) qui peuvent devenir des obstacles à la vraie contemplation.
Contemplation et théologie
La contemplation entretient un rapport intime avec la théologie. Les Pères de l'Église étaient des contemplatifs avant d'être des théologiens ; leur doctrine jaillissait de leur expérience de Dieu. Saint Grégoire de Nazianze affirmait qu'on ne peut parler dignement de Dieu qu'après l'avoir contemplé.
La théologie scolastique elle-même, chez saint Thomas, culmine dans la contemplation. La sacra doctrina n'est pas une science purement spéculative, mais une sagesse qui ordonne toute connaissance à la contemplation de Dieu. Le prologue de la Somme Théologique précise que son but est d'instruire les "avancés" dans les choses divines.
Contexte linguistique
Le mot latin contemplatio appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires. Nom féminin de la 3e déclinaison, il dérive du verbe contemplari (contempler, observer attentivement).
La racine templum évoque l'espace sacré, le temple où se manifeste le divin. Le préfixe con- ajoute une dimension d'intensité et de rassemblement. Contempler, c'est donc se recueillir dans l'espace sacré pour y percevoir la présence divine.
Utilisation dans la littérature spirituelle
Le terme contemplatio parcourt toute la littérature spirituelle chrétienne :
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Les écrits des Pères (Grégoire, Augustin, Bernard)
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Les traités de théologie mystique médiévaux
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Les œuvres des grands mystiques espagnols
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Les constitutions des Ordres contemplatifs
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Les textes magistériels sur la vie religieuse
Vatican II, dans Perfectae Caritatis, rappelle la valeur permanente de la vie contemplative : "Les membres de ces communautés vaquent à Dieu seul dans la solitude et le silence, par une prière assidue et une pénitence généreuse."
Articles connexes
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oratio : prière
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meditatio : méditation
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unio-mystica : union mystique
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vita-contemplativa : vie contemplative
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quies : repos, quiétude
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visio-beatifica : vision béatifique
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raptus : ravissement, extase
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silentium : silence
Mots apparentés
- contra : contre
- concordia : concorde, harmonie
- conscientia : conscience
- consensus : accord, consensus
- conscientia : conscience
Utilisation dans la liturgie
Le latin contemplatio peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Références
- Latin classique
- Latin ecclésiastique
- Tradition liturgique
- Étymologie indo-européenne
Ce mot fait partie du glossaire latin complet de l'encyclopédie Tradiland, qui recense les principaux termes latins utilisés dans la tradition chrétienne et classique.