Traduction française : affection, sentiment
Traduction anglaise : emotion, affection, state of mind
Grammaire : noun, m., 4th declension
Exemple d'utilisation
Affectus animi perturbat rationem.
Étymologie
From afficere (affect): ad- (to) + facere (faire, do)
Contexte linguistique
Le mot latin affectus appartient à la riche tradition-platon-aristote-boece) de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
Importance dans la tradition
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Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
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Racine de nombreux mots français et européens
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Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
Utilisation dans la liturgie
Le latin affectus peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique-catholique-partie-1-leglise-catholique), témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Références
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Latin ecclésiastique
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Tradition liturgique
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Étymologie indo-européenne
Omnes affectus ordinare debemus ad Deum.
*"Nous devons ordonner toutes nos affections vers Dieu."*
```latin
Beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt.
"Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu." (Mt 5,8) - pureté des affections
Étymologie
Le substantif affectus (quatrième déclinaison) dérive du verbe afficere, composé de ad (vers, à) et facere (faire). Afficere signifie "disposer vers", "modifier l'état de", "affecter". L'affectus est donc l'état dans lequel se trouve l'âme lorsqu'elle est "affectée" ou "disposée" d'une certaine manière envers un objet.
Le terme a donné en français "affection" (sentiment bienveillant), "affectif" (relatif aux émotions), et "affecter" (toucher émotionnellement). En latin médiéval, affectus devient central dans le vocabulaire de la théologie spirituelle et morale.
Distinction conceptuelle : affectus, passio, appetitus
Terminologie de la psychologie thomiste
Saint Thomas d'Aquin développe une psychologie morale subtile qui distingue plusieurs dimensions de la vie affective :
Passio (passion) désigne le mouvement de l'appétit sensitif, commun aux hommes et aux animaux, causé par la perception d'un bien ou d'un mal sensible. Les passions (joie, tristesse, désir, crainte, colère, etc.) relèvent de la partie sensitive de l'âme.
Affectus (affection) peut désigner soit les passions au sens large, soit spécifiquement les mouvements de l'appétit intellectuel (volonté) orientés vers un bien spirituel. L'affectus en ce sens noble est proprement humain et peut être rationnellement ordonné.
Appetitus (appétit) est le mouvement général de l'âme vers son bien, qu'il soit sensitif (appetitus sensitivus) ou intellectuel (appetitus rationalis, c'est-à-dire la volonté).
Les deux sens d'affectus
Saint Thomas utilise affectus en deux sens principaux (Somme Théologique, I-II, q. 22, a. 2) :
Sens large : toute inclination ou mouvement affectif, y compris les passions sensitives. "L'homme affecté de colère" signifie l'homme ému par la passion de la colère.
Sens strict : la disposition stable de la volonté envers un objet aimé, distincte des passions passagères. L'affectus spirituel relève de l'amour rationnel (dilectio), orienté par l'intelligence vers le bien véritable.
Doctrine morale thomiste
Rôle des affections dans la vie morale
Contrairement au stoïcisme qui prône l'apatheia (absence de passions), la tradition chrétienne reconnaît la bonté naturelle des affections créées par Dieu. Saint Thomas enseigne que les passions ne sont ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes, mais deviennent vertueuses ou vicieuses selon qu'elles sont ordonnées ou non par la raison (Somme Théologique, I-II, q. 24, a. 1).
Les affections bien ordonnées intensifient l'acte vertueux : le tempérant qui maîtrise ses désirs malgré l'attrait du plaisir est moins parfait que celui qui a purifié ses affections au point de désirer spontanément le bien. La perfection morale n'est pas l'insensibilité mais l'harmonie entre raison, volonté et affectivité.
Purification et ordination des affections
La vie spirituelle vise l'ordinatio affectuum, l'ordonnancement hiérarchique des affections selon leur objet :
Premièrement, aimer Dieu par-dessus tout (summum affectus), de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces (Dt 6,5). Cet amour suprême ordonne tous les autres.
Deuxièmement, aimer les réalités spirituelles (vérité, vertu, salut éternel) plus que les biens temporels et sensibles.
Troisièmement, aimer le prochain pour Dieu, en raison de sa dignité de créature à l'image divine et appelée à la vie éternelle.
Cette hiérarchie requiert la purification (purificatio affectuum) par laquelle l'âme se détache progressivement des attachements désordonnés. Saint Augustin définit la sanctification comme "l'amour bien ordonné" (ordinata dilectio, De Civitate Dei, XV, 22).
Les affections spirituelles
Les auteurs spirituels distinguent les affectus carnales (affections charnelles, attachées aux réalités sensibles) et les affectus spirituales (affections spirituelles, orientées vers Dieu et les biens divins).
Saint Bernard de Clairvaux développe une théologie des "affections spirituelles" (affectiones spirituales) : l'âme qui progresse dans la charité développe une affectivité surnaturelle, goûtant les réalités divines avec délectation. L'amour de Dieu n'est pas froid et rationnel mais ardent et affectueux (Sermons sur le Cantique des Cantiques).
Spiritualité de la pureté du cœur
Béatitude de la pureté du cœur
Le Christ proclame : "Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu" (Mt 5,8). La pureté du cœur désigne précisément l'unification et la rectitude des affections. Le "cœur" biblique (cor, kardia) n'est pas seulement le siège des émotions mais le centre intégré de la personne, lieu des décisions et des orientations fondamentales.
Le cœur pur est celui dont toutes les affections convergent vers Dieu, sans dispersion ni division. Saint Augustin prie : "Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi" (Confessions, I, 1). La béatitude réside dans cette unification affective autour de Dieu.
Garde du cœur
Les Pères du désert et la tradition monastique insistent sur la "garde du cœur" (custodia cordis), vigilance spirituelle qui protège les affections des influences désordonnées. "Garde ton cœur plus que toute chose, car de lui jaillissent les sources de la vie" (Pr 4,23).
Cette ascèse affective ne vise pas l'insensibilité mais la pureté d'intention et la rectitude du désir. L'homme spirituel cultive les affectus pii (affections pieuses) : componction, contrition, gratitude, admiration devant les merveilles divines, compassion pour les souffrances du prochain.
Consolation et désolation
Saint Ignace de Loyola développe une "science des affections spirituelles" dans son discernement des esprits. Il distingue la consolation spirituelle (affections ordonnées vers Dieu : foi, espérance, charité, joie spirituelle) et la désolation (obscurité, trouble, inclination aux choses basses). Le progrès spirituel se manifeste dans la transformation progressive de l'affectivité (Exercices Spirituels, règles du discernement).
Implications pratiques
Éducation affective
La formation chrétienne inclut l'éducation des affections, particulièrement chez les jeunes. Il ne s'agit pas de réprimer les émotions mais de les cultiver selon l'ordre de la charité. Apprendre à se réjouir du bien d'autrui, s'attrister du péché, admirer la beauté créée comme reflet de Dieu, compatir aux souffrances du prochain.
Vie sacramentelle
Les sacrements purifient et élèvent les affections. La confession libère des attachements coupables ; l'Eucharistie enflamme l'amour de Dieu ; la confirmation fortifie contre l'amour désordonné du monde. La vie liturgique éduque progressivement l'affectivité chrétienne.
Prière affective
La tradition spirituelle valorise l'oratio affectiva, prière du cœur où les affections spirituelles (amour, désir, admiration, contrition) s'expriment spontanément devant Dieu. Saint François de Sales recommande de "ruminer" les vérités méditées jusqu'à ce qu'elles descendent de l'intelligence au cœur, suscitant des affections saintes (Introduction à la vie dévote, II, 6).
Articles connexes
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passio : passion, souffrance
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appetitus : appétit, désir
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amor : amour
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dilectio : affection, amour d'élection
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cor : cœur
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caritas : charité
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voluntas : volonté
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devotio : dévotion
Références
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Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, I-II, qq. 22-48 (Traité des Passions)
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Saint Augustin, De Civitate Dei, XIV-XV ; Confessions, I, 1
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Saint Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique des Cantiques
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Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, II, 6
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Saint Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, règles du discernement
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Catéchisme de l'Église Catholique, nn. 1762-1775, 2517-2519
Étymologie
From afficere (affect): ad- (to) + facere (faire, do)
Contexte linguistique
Le mot latin affectus appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
Importance dans la tradition
- Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
- Racine de nombreux mots français et européens
- Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
Utilisation dans la liturgie
Le latin affectus peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Références
- Latin classique
- Latin ecclésiastique
- Tradition liturgique
- Étymologie indo-européenne
Ce mot fait partie du glossaire latin complet de l'encyclopédie Tradiland, qui recense les principaux termes latins utilisés dans la tradition chrétienne et classique.