Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 2
Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 2
Introduction
Les vertus chrétiennes sont les dispositions habituelles et fermes à faire le bien. Elles perfectionnent les facultés de l'âme et permettent à l'homme d'accomplir avec facilité, promptitude et joie les actes conformes à sa fin dernière. La vie chrétienne consiste essentiellement dans l'acquisition et la pratique des vertus, qui transforment progressivement l'homme à l'image du Christ.
La doctrine catholique distingue deux grandes catégories de vertus : les vertus théologales (foi, espérance, charité), qui ont Dieu pour objet immédiat et qui sont infusées directement par lui ; et les vertus morales (prudence, justice, force, tempérance), qui règlent l'usage des moyens et qui peuvent être acquises naturellement ou infusées surnaturellement. Les premières ordonnent l'homme directement à Dieu, les secondes règlent sa conduite envers lui-même et le prochain.
Les vertus en général
Nature et définition de la vertu
Saint Thomas d'Aquin définit la vertu comme "une bonne qualité de l'esprit, par laquelle on vit droitement, dont nul ne fait mauvais usage, et que Dieu opère en nous sans nous" (Somme Théologique, I-II, q. 55, a. 4). La vertu est donc une disposition stable de l'âme qui incline habituellement au bien et facilite son accomplissement.
La vertu perfectionne la puissance dont elle est l'habitus. L'intelligence est perfectionnée par les vertus intellectuelles (sagesse, science, intelligence), la volonté par les vertus morales qui résident en elle (justice, charité), et les appétits sensibles par les vertus qui les modèrent (force, tempérance). Cette perfection rend l'homme capable d'agir bien et facilement.
Vertus acquises et vertus infuses
Les vertus acquises sont celles que l'homme développe par la répétition d'actes bons. Par l'exercice répété, on acquiert l'habitude de la tempérance, du courage, de la justice. Ces vertus naturelles perfectionnent l'homme selon sa nature et l'ordonnent à sa fin naturelle.
Les vertus infuses sont données par Dieu avec la grâce sanctifiante. Elles sont infusées au baptême et augmentées par les sacrements et les actes méritoires. Elles perfectionnent l'homme dans l'ordre surnaturel et l'ordonnent à la vie éternelle. Toutes les vertus théologales sont infuses ; les vertus morales peuvent être à la fois acquises (par l'effort humain) et infuses (par la grâce divine), ces dernières étant supérieures aux premières.
Nécessité des vertus
Les vertus sont absolument nécessaires pour vivre chrétiennement et parvenir au salut. Sans elles, l'homme ne peut accomplir de manière stable et constante les actes bons requis pour atteindre sa fin. Les vertus confèrent à l'âme une "seconde nature" qui la dispose habituellement au bien.
Les vertus théologales sont nécessaires d'une nécessité absolue, car sans elles l'homme ne peut s'ordonner à sa fin surnaturelle. Les vertus morales sont nécessaires pour régler l'usage des moyens et maintenir l'ordre dans la vie morale. "Le Royaume de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint" (Rm 14, 17).
Les vertus théologales
Les vertus théologales sont ainsi nommées parce qu'elles ont Dieu pour objet direct et immédiat. Elles sont infusées par Dieu dans l'âme avec la grâce sanctifiante. Elles fondent et vivifient toutes les autres vertus. Leur perte (pour la foi et l'espérance par le péché mortel qui leur est directement opposé, pour la charité par tout péché mortel) entraîne la mort spirituelle.
La foi
La foi est la vertu théologale par laquelle nous croyons en Dieu et à tout ce qu'il nous a dit et révélé, et que la sainte Église nous propose à croire, parce qu'il est la vérité même. Elle est le fondement de toute la vie chrétienne, "le commencement du salut de l'homme" (Concile Vatican I).
Nature de la foi
La foi est un acte de l'intelligence qui, sous l'impulsion de la volonté mue par la grâce, adhère fermement aux vérités révélées par Dieu. Elle est à la fois un don de Dieu (vertu infuse) et un acte libre de l'homme. Son motif formel est l'autorité de Dieu révélant, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper.
La foi est obscure car elle porte sur des mystères qui dépassent la raison naturelle. Elle est certaine d'une certitude absolue, supérieure à toute certitude scientifique, car elle repose sur l'autorité infaillible de Dieu. Elle est libre car personne ne peut être contraint de croire, bien que la foi soit un devoir pour qui connaît la Révélation.
Objet de la foi
L'objet matériel de la foi comprend toutes les vérités révélées par Dieu et proposées par l'Église : les mystères de la Trinité, de l'Incarnation, de la Rédemption, et tous les dogmes définis. L'objet formel est Dieu lui-même en tant que vérité première révélante.
L'espérance
L'espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons et attendons de Dieu, avec une ferme confiance, la vie éternelle et les grâces nécessaires pour l'obtenir. Elle s'appuie sur la toute-puissance divine, la bonté de Dieu, et les mérites du Christ.
Nature de l'espérance
L'espérance réside dans la volonté et a pour acte principal la confiance en Dieu. Elle nous fait désirer le Ciel comme notre bien suprême et nous donne l'assurance de l'obtenir si nous coopérons avec la grâce. Elle tient le milieu entre le désespoir (qui cesse d'espérer) et la présomption (qui espère sans user des moyens).
L'espérance est la vertu du pèlerinage terrestre. Au Ciel, elle disparaîtra car nous posséderons ce que nous espérons maintenant. Elle soutient le chrétien dans les épreuves et maintient son regard fixé sur la patrie céleste. "L'espérance ne déçoit point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné" (Rm 5, 5).
La charité
La charité est la plus excellente des vertus théologales. Elle est la vertu par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu. Elle est "le lien de la perfection" (Col 3, 14) et la forme de toutes les vertus.
Nature de la charité
La charité est un amour d'amitié entre Dieu et l'homme, fondé sur la communication de la vie divine par la grâce. Elle suppose que Dieu se donne à nous et que nous nous donnons à lui. C'est l'Esprit Saint lui-même qui répand la charité dans nos cœurs (Rm 5, 5).
La charité réside dans la volonté et a pour acte principal l'amour de bienveillance envers Dieu (vouloir son bien, c'est-à-dire sa gloire) et le prochain. Elle produit la joie spirituelle, la paix de l'âme, et la miséricorde envers le prochain. Contrairement à la foi et à l'espérance, la charité demeurera éternellement au Ciel, mais sous une forme parfaite.
Primauté de la charité
La charité est la plus grande des vertus : "De ces trois vertus, la plus grande, c'est la charité" (1 Co 13, 13). Elle est la forme des vertus, c'est-à-dire qu'elle les informe toutes et leur donne leur valeur méritoire devant Dieu. Sans la charité, les autres vertus ne conduisent pas à la vie éternelle. "Quand j'aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien" (1 Co 13, 2).
Double objet de la charité
La charité a un double objet : Dieu et le prochain. L'amour de Dieu est premier et principal ; l'amour du prochain en découle nécessairement. On ne peut aimer Dieu véritablement sans aimer son prochain, et on ne peut aimer chrétiennement le prochain sans l'aimer en Dieu et pour Dieu.
L'amour du prochain s'étend à tous les hommes sans exception, même aux ennemis. Il se manifeste dans les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle. "À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres" (Jn 13, 35).
Les vertus morales ou cardinales
Les quatre vertus cardinales sont la prudence, la justice, la force et la tempérance. Elles sont appelées cardinales (de cardo, gond) parce que toute la vie morale tourne autour d'elles comme une porte sur ses gonds. Toutes les autres vertus morales se rattachent à l'une d'elles comme vertus annexes ou parties potentielles.
La prudence
La prudence est la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l'accomplir. Elle applique les principes universels de la morale aux cas particuliers. Saint Thomas enseigne qu'elle est "recta ratio agibilium" (la droite raison des choses à faire).
Nature et excellence de la prudence
La prudence réside dans l'intelligence pratique et dirige tous les actes des vertus morales. Elle est la première des vertus cardinales et la directrice de toutes les vertus morales. Sans prudence, aucune vertu morale ne peut être parfaite, car il faut discerner dans chaque cas ce que requiert la vertu.
La prudence comporte trois actes principaux : le conseil (délibération sur les moyens), le jugement (appréciation de ce qui convient), et le commandement (application effective de ce qui a été jugé bon). Le commandement est l'acte principal de la prudence.
Vertus annexes à la prudence
Plusieurs vertus se rattachent à la prudence : la bonne délibération (eubulia), qui perfectionne le conseil ; la synèse (bon sens), qui perfectionne le jugement dans les cas ordinaires ; la gnomè (pénétration), qui perfectionne le jugement dans les cas extraordinaires. Ces vertus aident à former un jugement moral droit.
La justice
La justice est la vertu morale qui consiste dans la volonté constante et ferme de rendre à chacun ce qui lui est dû. Elle règle les rapports de l'homme avec Dieu (par la vertu de religion), avec les autres hommes, et avec la société. "Justice et droit sont les bases de ton trône" (Ps 89, 15).
Nature de la justice
La justice réside dans la volonté et a pour objet le droit (ius), c'est-à-dire ce qui est dû à autrui. Elle suppose une altérité : on est juste envers un autre. Son acte propre est de rendre à chacun son dû selon l'égalité stricte ou proportionnelle.
Saint Thomas distingue la justice générale ou légale (qui ordonne les actes de toutes les vertus au bien commun) et la justice particulière (qui règle les rapports interindividuels). La justice particulière se divise en justice distributive (qui règle la répartition des biens communs entre les membres de la société) et justice commutative (qui règle les échanges entre particuliers selon l'égalité stricte).
Les péchés contre la justice
Les principaux péchés contre la justice sont l'homicide, le vol, le mensonge (en tant qu'il lèse le droit d'autrui à la vérité), la calomnie, la médisance, et toutes les formes d'injustice dans les contrats, les salaires, ou la répartition des biens. La justice exige la restitution de ce qui a été injustement acquis ou retenu.
La vertu de religion
La vertu de religion, annexe de la justice, est la principale des vertus morales. Elle rend à Dieu le culte qui lui est dû. Elle s'exprime dans l'adoration, la prière, le sacrifice, et tous les actes du culte divin. L'acte principal de la religion est le sacrifice de la Messe, où le Christ s'offre au Père pour nous.
La force
La force est la vertu morale qui affermit la résolution d'accomplir le bien difficile et de résister aux tentations et aux dangers. Elle modère la crainte et l'audace, permettant de surmonter les obstacles qui s'opposent à l'accomplissement du bien. "Soyez forts dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puissante" (Ep 6, 10).
Nature de la force
La force réside dans l'appétit irascible qu'elle modère. Elle a deux actes principaux : attaquer les dangers pour accomplir le bien (acte d'agression) et supporter fermement les maux présents (acte d'endurance ou patience). Le second acte est plus parfait que le premier, car il est plus difficile de supporter longtemps que d'attaquer brusquement.
La force chrétienne ne consiste pas dans la violence ou la brutalité, mais dans la fermeté d'âme qui fait préférer Dieu et le bien à tout autre chose, fût-ce au prix de la vie. Le martyre est l'acte suprême de la force, manifestant la victoire complète de l'amour de Dieu sur la crainte de la mort.
Vertus annexes à la force
Plusieurs vertus se rattachent à la force : la magnanimité (grandeur d'âme qui fait entreprendre de grandes choses pour Dieu), la magnificence (qui fait accomplir de grandes dépenses pour des œuvres dignes), la patience (qui fait supporter les maux sans tristesse excessive), la persévérance (qui fait continuer le bien entrepris jusqu'au bout), et le courage (qui fait affronter les dangers).
La tempérance
La tempérance est la vertu morale qui modère l'attrait des plaisirs sensibles et procure l'équilibre dans l'usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l'honnêteté. "La grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre avec tempérance, justice et piété" (Tt 2, 11-12).
Nature de la tempérance
La tempérance réside dans l'appétit concupiscible qu'elle modère. Elle concerne principalement les plaisirs du toucher : les plaisirs de la nourriture et de la boisson, et les plaisirs sexuels. Elle ne supprime pas ces plaisirs légitimes mais les maintient dans l'ordre de la raison et de la loi divine.
La tempérance chrétienne s'élève au-dessus de la simple modération naturelle. Elle inclut la mortification volontaire des sens pour maîtriser la concupiscence et faire pénitence pour les péchés. Elle prépare l'âme à la contemplation en libérant l'esprit de l'esclavage des sens.
Les espèces de tempérance
La tempérance comporte plusieurs espèces. L'abstinence modère le désir de nourriture, le jeûne en est la pratique volontaire. La sobriété modère le désir de boisson. La chasteté règle le désir sexuel selon l'état de vie : virginité pour les consacrés, fidélité conjugale pour les époux, continence pour les célibataires.
Vertus annexes à la tempérance
Plusieurs vertus complètent la tempérance : l'humilité (qui modère le désir désordonné de sa propre excellence), la mansuétude (qui modère la colère), la clémence (qui tempère les châtiments), la modestie (qui règle les mouvements extérieurs et l'usage des choses). Ces vertus concourent à l'harmonie de toute la vie morale.
Les dons du Saint-Esprit
Les sept dons du Saint-Esprit (sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété, crainte de Dieu) sont des dispositions permanentes qui rendent l'homme docile aux inspirations du Saint-Esprit. Ils perfectionnent les vertus et permettent à l'âme d'agir sous le mode divin, non plus seulement humain.
Les dons sont infusés avec la grâce sanctifiante et croissent avec elle. Dans les âmes avancées, ils opèrent de manière habituelle, rendant l'homme promptement mobile sous l'action de l'Esprit Saint. Ils sont nécessaires au salut car certaines inspirations divines dépassent le mode humain des vertus.
Les fruits du Saint-Esprit et les béatitudes
Les fruits du Saint-Esprit sont les actes vertueux qui procèdent des dons et des vertus sous l'impulsion de la grâce. Saint Paul en énumère : "Le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi" (Ga 5, 22-23). Ces fruits manifestent la présence de l'Esprit Saint dans l'âme et sa transformation progressive.
Les béatitudes évangéliques proclamées par le Christ sont les actes parfaits des vertus et des dons. Elles décrivent la physionomie spirituelle du chrétien parvenu à la maturité. Elles promettent le bonheur véritable, non selon les critères du monde, mais selon la sagesse de Dieu.
La croissance dans les vertus
Les vertus infuses croissent principalement par la réception digne des sacrements et par les actes méritoires accomplis en état de grâce. Chaque communion fervente, chaque acte de charité authentique augmente la grâce sanctifiante et avec elle toutes les vertus infuses.
Les vertus acquises se développent par la répétition des actes. Plus on pratique une vertu, plus elle devient facile et agréable. L'effort initial cède progressivement la place à une seconde nature. La direction spirituelle, l'examen de conscience, et la lutte méthodique contre un défaut particulier favorisent cette croissance.
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