Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 58
Introduction
Cette question explore : Des vertus cardinales
La question 58 s'inscrit dans le développement systématique de la théologie chrétienne selon la méthode scolastique de Saint Thomas d'Aquin. Elle contribue à la construction progressive d'une vision cohérente de la foi et de ses implications pour la vie spirituelle et morale du chrétien.
Développement
Nature et définition
Des vertus cardinales traite d'un aspect fondamental de les vertus dans la théologie morale de Saint Thomas.
Principes explicatifs
Les principes qui expliquent des vertus cardinales sont basés sur la nature de l'âme humaine et sa relation à Dieu.
Distinction essentielle
Saint Thomas établit les distinctions nécessaires concernant des vertus cardinales pour une compréhension précise.
Applications morales
Les implications pratiques de des vertus cardinales guide le chrétien dans sa vie morale quotidienne.
Lien systématique
Cette question s'inscrit dans l'ordre logique de la partie II de la Somme concernant les vertus.
Méthode scolastique
Saint Thomas traite cette question selon la structure caractéristique de la Somme :
- Question proposée : Des vertus cardinales
- Objections : Plusieurs arguments soulevant des difficultés
- Sed Contra : Un contreargument tiré de l'autorité ou de la raison
- Réponse maîtresse : La position de Saint Thomas développée argumentativement
- Réponses aux objections : Chaque difficulté est résolue point par point
Portée et signification
Cette question illustre comment la théologie scolastique intègre la révélation divine et la raison humaine pour construire un savoir systématique et harmonieux. Elle montre que la foi et la raison, loin de s'opposer, se complètent et s'enrichissent mutuellement.
La Prudence (Prudentia)
La prudence est la vertu qui dispose la raison pratique à discerner le bien véritable dans les circonstances particulières et à choisir les moyens appropriés pour y parvenir. Saint Thomas la considère comme la vertu cardinal par excellence, car elle guide l'exercice de toutes les autres vertus. La prudence n'est pas une simple prudence naturelle, mais une perfection surnaturelle de la raison, illuminée par la grâce sanctifiante, qui permet au chrétien de conformer ses actes à la volonté divine. Elle comprend plusieurs parties intégrales : la mémoire des expériences passées, l'intelligence des principes éternels, la docilité pour apprendre d'autrui, la perspicacité pour évaluer les situations, la précaution pour éviter les obstacles, et la circumspection pour considérer les circonstances.
La Justice (Iustitia)
La justice, en tant que vertu cardinal, est la volonté constante et perpétuelle de donner à chacun ce qui lui est dû. Elle surpasse les autres vertus morales dans sa perfection en ce qu'elle règle les relations entre les personnes et contribue au bien commun. Saint Thomas distingue la justice commutative, qui équilibre les échanges entre individus, de la justice distributive, qui concerne le partage des biens communs. Cette vertu est étroitement liée à la charité, qui l'enflammer d'amour divin et l'élève au-delà de ses exigences strictes. Par la justice, le chrétien reconnaît l'égale dignité de tous les enfants de Dieu et s'engage dans le respect des droits de chacun.
La Tempérance (Temperantia)
La tempérance est la vertu qui modère les appétits sensibles, particulièrement ceux liés à la nourriture, à la boisson et à la sexualité. Elle maintient la raison dans sa gouvernance du corps et des passions, empêchant que le désir du plaisir sensible ne dévie l'homme de son véritable bien. Enracinée dans le respect de la dignité du corps comme temple du Saint-Esprit, la tempérance n'est pas une négation du plaisir légitime, mais sa juste orientation. Elle comprend plusieurs vertèves particulières comme la chasteté pour les appétits vénériens, la sobriété pour l'alimentation, et l'humilité pour réprimer l'orgueil de la chair. La tempérance travaille de concert avec la grâce pour transformer le cœur humain et l'affranchir de l'esclavage des passions désordonnées.
La Forteresse (Fortitudo)
La forteresse est la vertu qui rend l'homme capable de supporter les difficultés, les souffrances et les persécutions pour le bien véritable. Elle fortifie la volonté face aux obstacles extérieurs et aux résistances internes, permettant au chrétien de ne pas abandonner le bien moral en dépit des menaces ou de la peur. Saint Thomas distingue deux éléments essentiels : l'audace pour attaquer le mal et la patience pour supporter les maux. La forteresse se manifeste notamment dans le martyre, l'acceptation de la croix et la persévérance dans la vertu malgré l'adversité. Elle n'est pas un simple courage naturel, mais une perfection surnaturelle qui puise sa force en Dieu et trouve son modèle suprême dans le Christ souffrant.
Hiérarchie et interdépendance des vertus cardinales
Saint Thomas établit que ces quatre vertus cardinales forment un tout cohérent où chacune présuppose et perfectionne les autres. Aucune d'elles ne peut être exercée pleinement sans les autres, bien que la prudence occupe une place primordiale en tant que mère des autres vertus. La prudence dirige la justice dans l'attribution juste, guide la tempérance dans le bon usage des biens, et fortifie la forteresse dans la persévérance. Ensemble, elles constituent le squelette de la moralité chrétienne et forment, avec les vertus théologales) que sont la foi, l'espérance et la charité, l'édifice complet de la perfection morale surnaturelle. Cette harmonie des vertus reflète la perfection divine et l'ordre que Dieu a établi dans la création.
Pour aller plus loin
La compréhension de cette question peut être approfondie par :
- L'étude des questions précédentes et suivantes
- La consultation des commentaires traditionnels de la Somme
- L'examen des sources bibliques et patristiques citées
- La réflexion sur les implications contemporaines
Conclusion
La Question 58 de la Prima Secundae contribue à la formation d'une intelligence théologique complète et nourrit la vie spirituelle de celui qui l'étudie avec attention et piété.