Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 2
Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 2
Introduction
Le sixième commandement ordonne : "Tu ne commettras pas d'adultère" (Ex 20, 14), et le neuvième : "Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain" (Ex 20, 17). Ces deux commandements, intimement liés, protègent la vertu de chasteté et la sainteté du mariage. Le sixième commandement concerne les actes extérieurs contre la pureté, tandis que le neuvième vise les pensées, les désirs et les regards impurs. Ensemble, ils rappellent que la pureté chrétienne ne consiste pas seulement à éviter les actions mauvaises, mais exige aussi la maîtrise du cœur et de l'imagination. Notre-Seigneur a enseigné cette exigence radicale : "Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur" (Mt 5, 28). Ces commandements établissent que le corps humain, temple de l'Esprit Saint, doit être respecté et que la sexualité humaine, don précieux de Dieu, ne peut être vécue légitimement que dans le cadre du mariage.
Le fondement théologique de la chasteté
Le corps, temple de l'Esprit Saint
La théologie catholique enseigne que le corps humain possède une dignité éminente. Contrairement aux hérésies dualistes qui méprisent la matière, l'Église professe que le corps est l'œuvre de Dieu, créé à son image, appelé à la résurrection. Pour les baptisés, saint Paul déclare : "Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ? Vous ne vous appartenez pas, car vous avez été rachetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps" (1 Co 6, 19-20). Cette vérité fonde l'obligation de respecter notre propre corps et celui d'autrui, de ne pas le profaner par l'impureté, mais de le sanctifier par la chasteté.
La sexualité dans le plan de Dieu
Dieu a créé l'être humain homme et femme (Gn 1, 27), et leur a donné la capacité de s'unir dans une communion de personnes qui devient source de vie. La sexualité humaine n'est donc pas un simple instinct biologique, mais un don qui engage toute la personne, corps et âme, dans une relation d'amour. Le Créateur a voulu que cette union intime soit vécue dans le cadre du mariage, alliance stable et exclusive d'un homme et d'une femme, ordonnée à leur bien mutuel et à la procréation et l'éducation des enfants. Hors de ce cadre, l'usage de la sexualité contredit sa signification profonde et blesse la dignité humaine.
Le mariage, sacrement et vocation
Dans l'Alliance nouvelle, le Christ a élevé le mariage à la dignité de sacrement. Le mariage chrétien devient ainsi le signe efficace de l'union du Christ et de l'Église (Ep 5, 32). Cette union conjugale sacramentelle est indissoluble, exclusive et féconde. Elle sanctifie les époux et leur donne la grâce de s'aimer d'un amour fidèle, pur et généreux. Dans le mariage, l'intimité conjugale devient un acte saint qui exprime l'amour mutuel et coopère à l'œuvre créatrice de Dieu. Saint Paul exhorte : "Que le mariage soit honoré de tous et le lit conjugal sans souillure" (He 13, 4).
La virginité et le célibat consacrés
À côté du mariage, l'Église honore également la virginité et le célibat consacrés pour le Royaume des cieux. Notre-Seigneur a lui-même indiqué cette voie : "Il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne" (Mt 19, 12). La virginité consacrée n'est pas un mépris du mariage, mais un renoncement libre par amour du Christ, qui préfigure la vie éternelle où "on ne prendra ni femme ni mari" (Lc 20, 35). Elle témoigne que Dieu seul peut combler le cœur humain et que la vie future transcende les réalités terrestres.
Le sixième commandement : les actes externes
L'adultère
L'adultère, expressément nommé dans le commandement, consiste dans l'union charnelle d'une personne mariée avec quelqu'un qui n'est pas son conjoint. C'est une faute grave qui viole la fidélité promise dans le mariage, trahit la confiance du conjoint, détruit l'unité de la famille et scandalise les enfants. L'adultère est condamné avec la plus grande sévérité dans toute l'Écriture Sainte. La Loi mosaïque le punissait de mort (Lv 20, 10). Notre-Seigneur, tout en manifestant sa miséricorde envers la femme adultère, lui ordonne : "Va, et désormais ne pèche plus" (Jn 8, 11). L'adultère du cœur, par les désirs et les pensées, est également un péché grave, comme l'enseigne le Christ dans le Sermon sur la Montagne.
La fornication
La fornication désigne les relations sexuelles entre personnes non mariées. Contrairement à ce que prétend la mentalité moderne permissive, la fornication est un péché objectivement grave. Saint Paul la condamne explicitement : "Fuyez la fornication... Celui qui se livre à la fornication pèche contre son propre corps" (1 Co 6, 18). La fornication abuse d'une réalité destinée par Dieu au mariage, traite le partenaire comme un objet de plaisir plutôt que comme une personne digne d'engagement, et risque de créer des situations injustes (grossesses hors mariage, enfants privés d'un foyer stable). Elle blesse gravement la dignité de la personne et la vocation de la sexualité.
Les autres péchés contre la chasteté
Le sixième commandement interdit également d'autres fautes graves contre la chasteté. La masturbation, ou impureté solitaire, est l'usage désordonné de la faculté sexuelle en dehors de sa finalité conjugale. La pornographie, qui consiste à exhiber ou à contempler des actes sexuels pour en tirer une excitation, dégrade la sexualité en spectacle et traite les personnes comme des objets. L'homosexualité active, c'est-à-dire les actes sexuels entre personnes du même sexe, est contraire à la loi naturelle car elle ferme l'acte sexuel au don de la vie et ne procède pas d'une complémentarité affective et sexuelle véritable. Les actes de bestialité, d'inceste, de viol et tous les abus sexuels sont des perversions gravement désordonnées qui violent la dignité humaine et l'ordre voulu par le Créateur.
La contraception
La contraception, qui consiste à priver délibérément l'acte conjugal de sa fécondité potentielle par des moyens artificiels, est également contraire au sixième commandement. L'encyclique Humanae Vitae du pape Paul VI (1968) a réaffirmé l'enseignement constant de l'Église sur ce point : "Est exclue toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation." La contraception sépare artificiellement les deux fins du mariage (l'union et la procréation) et introduit une mentalité contraceptive qui considère l'enfant comme un obstacle plutôt que comme un don. Elle ouvre la voie à d'autres désordres moraux graves.
Le neuvième commandement : les pensées et désirs impurs
La pureté du cœur
Le neuvième commandement va plus loin que le sixième en exigeant la pureté non seulement des actes extérieurs, mais aussi du cœur. Cette pureté intérieure était déjà enseignée dans l'Ancien Testament : "Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui jaillissent les sources de la vie" (Pr 4, 23). Notre-Seigneur l'a élevée au rang de béatitude : "Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu" (Mt 5, 8). La pureté du cœur consiste à ne pas désirer ce que Dieu défend, à ne pas se complaire dans les pensées et les imaginations contraires à la chasteté, à garder son intelligence et sa volonté orientées vers le bien et vers Dieu.
Les pensées et désirs volontaires
Sont interdits par le neuvième commandement les pensées, désirs et complaisances volontaires en matière d'impureté. Il faut distinguer la tentation, qui n'est pas un péché mais une épreuve (même Notre-Seigneur a été tenté), du consentement volontaire à la tentation. Une pensée ou une image impure qui survient spontanément n'est pas un péché si on la rejette aussitôt. Mais s'y arrêter volontairement, s'y complaire, l'entretenir, y consentir par la volonté, constitue un péché dont la gravité dépend de la matière et du degré de consentement. Saint Jacques avertit : "Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l'attire et le séduit. Puis la convoitise, ayant conçu, enfante le péché" (Jc 1, 14-15).
Les regards impudiques
Le neuvième commandement interdit également les regards volontairement impudiques, c'est-à-dire ceux qui cherchent à voir ce qui est contraire à la pudeur ou qui se complaisent dans la contemplation de réalités impures. Notre-Seigneur a été très clair : "Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi" (Mt 5, 29). Cette expression hyperbolique souligne la nécessité de la vigilance et de la mortification des sens. Job déclarait : "J'avais fait un pacte avec mes yeux : comment aurais-je arrêté mon regard sur une vierge ?" (Jb 31, 1). La modestie des regards est une protection essentielle de la chasteté.
Les occasions prochaines de péché
Le neuvième commandement oblige à fuir les occasions prochaines de péché contre la pureté. Ces occasions sont multiples dans notre société hypersexualisée : spectacles immoraux, lectures obscènes, sites internet pornographiques, fréquentations dangereuses, situations compromettantes. La prudence chrétienne exige d'éviter ces occasions autant que possible et, lorsqu'on ne peut les éviter complètement, de redoubler de vigilance et de prière. "Celui qui aime le danger y périra", avertit l'Écriture (Si 3, 27). La présomption de celui qui s'expose inutilement au danger est elle-même une faute.
La vertu de chasteté et les moyens de la pratiquer
La nature de la chasteté
La chasteté est la vertu morale qui règle l'usage de la faculté sexuelle selon l'état de vie de chacun. Elle est une des parties de la vertu cardinale de tempérance. Pour les personnes non mariées (célibataires, veufs, consacrés), la chasteté implique l'abstinence complète de tout acte sexuel. Pour les personnes mariées, elle consiste dans la fidélité conjugale et le respect de la signification unitaire et procréatrice de l'acte conjugal. Saint Thomas d'Aquin enseigne que la chasteté intègre la sexualité dans la personne, unifie le corps et l'esprit, et permet l'authentique don de soi dans l'amour.
La prière et les sacrements
Le premier moyen pour vivre la chasteté est la prière. Sans la grâce de Dieu, cette vertu est impossible à pratiquer de manière constante, tant la concupiscence issue du péché originel nous incline au mal. La participation régulière aux sacrements, particulièrement l'Eucharistie et la Confession, fortifie l'âme et donne les forces nécessaires pour résister aux tentations. La dévotion à la Très Sainte Vierge Marie, modèle de pureté, est également un puissant secours. L'invocation du saint nom de Jésus et de Marie dans les moments de tentation est un moyen éprouvé de victoire.
La mortification et la garde des sens
La chasteté exige la mortification, c'est-à-dire la discipline volontaire de nos sens et de nos passions. Cette mortification comprend la garde des yeux (éviter les regards impudiques), la garde de l'imagination (ne pas s'arrêter aux pensées impures), la modestie dans le vêtement et les attitudes, la tempérance dans le boire et le manger (car l'intempérance alimente l'impureté), la fuite de l'oisiveté. Les jeûnes et les pénitences corporelles, pratiqués avec discrétion et modération, aident puissamment à soumettre la chair à l'esprit.
La fuite des occasions et la prudence
Comme nous l'avons dit, il faut fuir les occasions prochaines de péché. Cette fuite prudente inclut le choix judicieux de ses lectures, de ses spectacles, de ses fréquentations. Elle implique aussi la pratique de la pudeur, cette vertu délicate qui protège l'intimité de la personne et refuse de faire de son corps un objet de curiosité ou de convoitise. Dans les fréquentations en vue du mariage, les fiancés doivent observer la chasteté et éviter les familiarités excessives qui mèneraient à l'impureté. La prudence chrétienne n'est pas une pruderie maladive, mais une sagesse qui reconnaît la faiblesse humaine et prend les moyens appropriés pour demeurer dans la grâce de Dieu.
La pureté d'intention et la vie intérieure
Enfin, la chasteté se nourrit d'une vie intérieure intense. Celui qui cultive l'amour de Dieu, la contemplation des vérités éternelles, la charité fraternelle, le zèle pour les âmes, trouve dans ces réalités supérieures un contrepoids à l'attrait des plaisirs sensuels. Saint Paul exhorte : "Recherchez les choses d'en haut, non celles de la terre" (Col 3, 2). La pureté d'intention, qui fait agir pour Dieu seul et non pour le plaisir sensible, élève progressivement l'âme et lui donne la victoire sur les tentations charnelles.
Applications pratiques dans le monde contemporain
Le défi de la culture hypersexualisée
Notre époque présente des défis sans précédent pour la pratique de la chasteté. La révolution sexuelle des années 1960, la diffusion massive de la pornographie par internet, l'omniprésence d'images sexualisées dans la publicité et les médias, l'idéologie du gender, créent un environnement toxique où la pureté paraît impossible ou ridicule. Le témoignage chrétien consiste précisément à affirmer, contre le courant, que la chasteté n'est pas une répression malsaine mais une libération authentique, qu'elle seule permet l'amour véritable et le don de soi, et qu'elle ouvre à une joie plus profonde que tous les plaisirs éphémères.
L'éducation à la chasteté
Les parents chrétiens ont le grave devoir d'éduquer leurs enfants à la chasteté dès le plus jeune âge. Cette éducation comprend plusieurs aspects : l'exemple d'une vie conjugale pure et aimante ; l'enseignement progressif, adapté à l'âge, sur la sexualité et sa signification ; la formation de la conscience morale ; l'apprentissage de la pudeur et de la maîtrise de soi ; l'initiation à la prière et à la vie sacramentelle. Il faut aussi protéger les enfants des influences corruptrices : contrôler l'accès à internet, choisir soigneusement les écoles et les fréquentations, surveiller les médias consommés. Cette vigilance n'est pas un luxe mais une nécessité vitale à notre époque.
La miséricorde pour les pécheurs
Tout en proclamant fermement les exigences de la loi morale, l'Église fait preuve de miséricorde envers ceux qui luttent contre les tentations de la chair ou qui sont tombés dans le péché. Le sacrement de Pénitence offre le pardon et la grâce du relèvement à ceux qui, contrits, confessent leurs fautes avec le propos sincère de ne plus les commettre. Les pécheurs contre la chasteté ne doivent jamais désespérer : Dieu offre toujours sa miséricorde à ceux qui reviennent à lui avec un cœur repentant. Sainte Marie-Madeleine, saint Augustin, sainte Marie l'Égyptienne et tant d'autres témoignent que la sainteté est possible après les plus grandes chutes.
Approfondissement Spirituel
Cette vérité trouve son application pratique dans la vie du chrétien.
Articles connexes
Pour approfondir votre compréhension des sixième et neuvième commandements de Dieu, consultez ces articles complémentaires :
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Les Dix Commandements - Le Décalogue donné par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï
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La chasteté - La vertu qui règle l'usage de la sexualité
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Le mariage - Le sacrement qui sanctifie l'union conjugale
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La tempérance - La vertu cardinale qui modère les passions
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La pudeur - La vertu qui protège l'intimité de la personne
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Cinquième commandement de Dieu - Le respect de la vie
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Septième commandement de Dieu - Le respect des biens d'autrui
Conclusion
Les sixième et neuvième commandements nous appellent à respecter la sexualité humaine selon le plan de Dieu et à cultiver la vertu de chasteté. Loin d'être une répression, cette vertu libère l'amour véritable et permet le don de soi authentique. Dans un monde qui a fait de la permissivité sexuelle un dogme intangible, les chrétiens sont appelés à témoigner qu'une autre voie est possible : celle de la pureté du cœur qui conduit à la vision de Dieu. Que Marie Immaculée, modèle de toute pureté, nous obtienne la grâce de vivre chastement selon notre état de vie, pour la gloire de Dieu et notre sanctification.