Introduction
Priscien, suivant la tradition grecque, énumère sept accidents qui affectent le verbe latin : le mode (modus), le temps (tempus), le genre ou voix (genus), le nombre (numerus), la personne (persona), la figure (figura), et la conjugaison (coniugatio). Ces catégories morphologiques décrivent complètement les variations du verbe. Donat présente systématiquement ces accidents, qui seront mémorisés par tous les écoliers. La complexité du système verbal latin, avec ses nombreuses formes, nécessite cette analyse détaillée que Priscien développe sur plusieurs livres de ses Institutiones.
Les sept accidents : classification grammaticale
Le concept d'accidens ("accident") désigne en grammaire les propriétés variables d'une partie du discours, par opposition à sa substance invariable. Pour le verbe, les grammairiens grecs identifient plusieurs catégories de variations morphologiques que Priscien systématise en sept accidents pour le latin. Cette classification permet de décrire exhaustivement toutes les formes verbales et constitue le fondement de l'apprentissage de la conjugaison.
Comparaison avec les accidents du nom
Tandis que le nom possède cinq accidents (genre, nombre, figure, cas, déclinaison), le verbe en compte sept. La différence principale réside dans le fait que le verbe possède modes et temps (liés à sa nature temporelle), personne (lien au sujet), et voix (relation action/passion), mais n'a pas de cas puisqu'il ne se décline pas. Cette distinction fondamentale structure toute la syntaxe latine.
Premier accident : le mode (modus)
Le mode (modus) exprime l'attitude du locuteur face à l'action énoncée. Le latin distingue cinq modes principaux. L'indicatif affirme un fait comme réel. Le subjonctif présente l'action comme possible, souhaitée, ou dépendante. L'impératif commande ou exhorte. L'infinitif nomme l'action abstraitement, sans personne. Le participe joint les propriétés du verbe et du nom. Certains grammairiens ajoutent le gérondif et le supin comme modes distincts.
Deuxième accident : le temps (tempus)
Le temps (tempus) situe l'action dans la chronologie : présent (amo), passé, ou futur (amabo). Le latin possède six temps à l'indicatif (présent, imparfait, futur simple, parfait, plus-que-parfait, futur antérieur), quatre au subjonctif (présent, imparfait, parfait, plus-que-parfait), deux à l'impératif (présent, futur), trois à l'infinitif (présent, parfait, futur). Cette richesse temporelle permet d'exprimer avec précision les rapports chronologiques et aspectuels, essentielle dans la concordance des temps.
Troisième accident : le genre ou voix (genus)
Le genre verbal (genus, appelé aussi vox, "voix") indique la relation entre le sujet et l'action. La voix active montre le sujet accomplissant l'action (amo, j'aime). La voix passive présente le sujet subissant l'action (amor, je suis aimé). Les verbes déponents, catégorie unique au latin, ont forme passive mais sens actif (loquor, je parle). Certains grammairiens distinguent aussi le genre neutre (ni actif ni passif, comme sum) et le genre commun.
Quatrième accident : le nombre (numerus)
Le nombre (numerus) marque la quantité de sujets : singulier (amo, j'aime) ou pluriel (amamus, nous aimons). Le verbe s'accorde en nombre avec son sujet nominatif, règle fondamentale de la syntaxe. Contrairement au grec classique qui possède un duel, le latin ne connaît que deux nombres. L'accord en nombre constitue l'une des premières règles enseignées par Donat.
Cinquième accident : la personne (persona)
La personne (persona) identifie qui accomplit l'action : première (je/nous), deuxième (tu/vous), troisième (il/ils). Chaque personne possède des désinences caractéristiques : -o/-m (1ère sg.), -s (2ème sg.), -t (3ème sg.), -mus (1ère pl.), -tis (2ème pl.), -nt (3ème pl.) pour l'actif présent. Ces désinences personnelles, héritées de l'indo-européen, varient selon les temps et les voix mais demeurent reconnaissables, permettant souvent d'omettre le pronom sujet en latin.
Sixième accident : la figure (figura)
La figure (figura) distingue les verbes simples (amo, j'aime) des verbes composés formés par préfixation (diligo, j'aime tendrement ; relego, je relis). Cette catégorie, moins importante que les autres, reflète la structure morphologique du verbe. Les verbes composés conservent généralement la conjugaison du verbe simple, mais peuvent acquérir des sens nouveaux ou régir des cas différents, comme l'enseigne Priscien dans son analyse des verbes préfixés régissant le datif.
Septième accident : la conjugaison (coniugatio)
La conjugaison (coniugatio, "joug commun") groupe les verbes selon leurs désinences caractéristiques. Le latin distingue quatre conjugaisons principales, identifiables par l'infinitif présent : 1ère en -are (amare), 2ème en -ere long (monere), 3ème en -ere bref (legere), 4ème en -ire (audire). Certains grammairiens ajoutent une 3ème mixte (capere). Cette classification permet de prédire toutes les formes d'un verbe à partir de ses formes principales (amo, amas, amare, amavi, amatum).
Contexte historique
Cette notion trouve ses racines dans la tradition classique où les arts libéraux constituaient l'éducation de l'homme libre. Le trivium (grammaire, logique, rhétorique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie) formaient un cursus complet visant à la formation intégrale de l'esprit.
Signification et portée
Dans le cadre de la tradition patristique et médiévale, cet enseignement revêt une importance particulière. Les Pères de l'Église et les docteurs médiévaux ont su intégrer la sagesse antique dans une vision chrétienne de l'éducation.
Place dans le cursus
Ce point s'inscrit dans Section 2 : LE TRIVIUM – LES ARTS DU LANGAGE, et plus précisément dans la partie concernant A. LA GRAMMAIRE : Fondement de la pensée.
Lien avec la tradition
Les arts libéraux ne sont pas de simples disciplines académiques, mais une voie (via) vers la sagesse. Comme l'écrit Hugues de Saint-Victor dans son Didascalicon, ils restaurent en nous l'image divine obscurcie par le péché.
Références traditionnelles
- Platon, République (pour la philosophie de l'éducation)
- Aristote, Organon (pour la logique)
- Cicéron, De Oratore (pour la rhétorique)
- Boèce, Consolation de la Philosophie
- Martianus Capella, Les Noces de Philologie et Mercure
- Cassiodore, Institutiones
- Isidore de Séville, Étymologies
- Alcuin et la renaissance carolingienne
- Hugues de Saint-Victor, Didascalicon
- Jean de Salisbury, Metalogicon
- Thomas d'Aquin, Somme Théologique
Articles connexes
Pour aller plus loin
- Glossaire Latin - Termes latins essentiels
- Le Latin Chrétien - Langue de la Tradition
- Les Arts Libéraux - Vue d'ensemble complète
Ce point fait partie du manuel complet "Les Arts Libéraux Classiques : Tradition Antique et Médiévale" qui présente les 362 points essentiels de la tradition éducative occidentale.