Introduction
Le subjonctif (modus subiunctivus, "mode sous-joint") exprime la possibilité, le souhait, l'éventualité, ou la subordination (subiunctio). Contrairement à l'indicatif qui affirme des faits réels, le subjonctif présente l'action comme possible, souhaitée, ou dépendante d'une autre proposition. Priscien analyse ses emplois : subjonctif optatif (utinam viveret, plût au ciel qu'il vive !), dubitatif, ou surtout subordonné dans les subordonnées finales, temporelles, et causales. Le subjonctif est essentiel dans la concordance des temps. Le latin possède quatre temps du subjonctif : présent, imparfait, parfait, plus-que-parfait.
Étymologie et nature du subjonctif
Le terme subiunctivus signifie littéralement "sous-joint, subordonné" (de sub-iungere, "joindre sous"), car ce mode s'emploie principalement dans les propositions subordonnées dépendant d'une principale. Mais le subjonctif possède aussi des emplois indépendants exprimant le souhait, l'ordre atténué, la possibilité, ou le doute. Dans la tradition grammaticale grecque, le mode correspondant (ὑποτακτική) porte un nom similaire soulignant la subordination.
Le subjonctif comme mode du virtuel
Philosophiquement, le subjonctif exprime le domaine du possible, du virtuel, de ce qui n'est pas encore ou pourrait ne jamais être, par opposition à l'indicatif qui énonce le réel et l'actuel. Cette distinction modale reflète la différence métaphysique entre l'acte et la puissance, l'être en acte et l'être en puissance, concepts centraux dans la philosophie aristotélicienne transmise par Priscien et développée par les scolastiques.
Les quatre temps du subjonctif
Présent et imparfait du subjonctif
Le présent du subjonctif (praesens subiunctivi) : amem (que j'aime). L'imparfait (imperfectum subiunctivi) : amarem (que j'aimasse). Ces deux temps expriment respectivement la simultanéité ou la postériorité selon que la principale est au temps principal (présent, futur) ou historique (passé), suivant la consecutio temporum.
Parfait et plus-que-parfait du subjonctif
Le parfait du subjonctif (perfectum subiunctivi) : amaverim (que j'aie aimé). Le plus-que-parfait (plusquamperfectum subiunctivi) : amavissem (que j'eusse aimé). Ces temps expriment l'antériorité par rapport au verbe de la principale, créant un système temporel complet et subtil pour les rapports chronologiques dans les subordonnées.
Emplois indépendants du subjonctif
Subjonctif optatif (souhait)
Le subjonctif optatif (subiunctivus optativus) exprime un souhait, souvent introduit par utinam : utinam viveret (plût au ciel qu'il vive !), vivat rex (vive le roi !). Cette valeur optative constitue probablement l'emploi le plus ancien du subjonctif, d'où découlent ses autres usages. Dans la prière chrétienne, le subjonctif optatif abonde : Fiat voluntas tua (que ta volonté soit faite), Adveniat regnum tuum (que ton règne vienne).
Subjonctif dubitatif et délibératif
Le subjonctif dubitatif exprime le doute dans une question : quid faciam? (que dois-je faire ?). Le subjonctif délibératif marque une délibération intérieure : eamne? (dois-je y aller ?). Ces emplois, fréquents dans les dialogues philosophiques et les monologues rhétoriques, expriment l'incertitude et la délibération morale, thèmes centraux dans la rhétorique cicéronienne.
Subjonctif jussif (ordre atténué)
Le subjonctif jussif (subiunctivus iussivus) exprime un ordre ou une exhortation à la troisième personne : veniat (qu'il vienne), fiat lux (que la lumière soit). À la première personne du pluriel, il devient hortatif (exhortation) : amemus Deum (aimons Dieu). Ce subjonctif supplée l'impératif qui n'existe qu'aux deuxièmes personnes.
Emplois subordonnés du subjonctif
Subordonnées finales
Les subordonnées finales avec ut (pour que) ou ne (pour que ne... pas) requièrent toujours le subjonctif : venit ut te videat (il vient pour te voir). Le subjonctif marque ici le but, l'intention, la finalité, non encore réalisée donc virtuelle. Cette construction exprime la causalité finale, concept aristotélicien fondamental dans la syntaxe latine.
Subordonnées circonstancielles au subjonctif
Les subordonnées temporelles avec cum narratif, les causales subjectives avec quod, les concessives avec quamvis, emploient le subjonctif pour marquer une nuance de subjectivité ou de rapport logique (non simple chronologie). La concordance des temps régit strictement le choix du temps du subjonctif dans ces propositions.
Subordonnées relatives au subjonctif
Les relatives au subjonctif expriment souvent une nuance de but, conséquence, ou caractéristique : quaero qui me adiuvet (je cherche quelqu'un qui m'aide, but), tam sapiens est qui hoc intellegat (il est assez sage pour comprendre cela, conséquence). Le subjonctif distingue ces relatives circonstancielles des relatives déterminatives à l'indicatif, subtilité syntaxique enseignée par Priscien et étudiée par les grammairiens médiévaux.
Contexte historique
Cette notion trouve ses racines dans la tradition classique où les arts libéraux constituaient l'éducation de l'homme libre. Le trivium (grammaire, logique, rhétorique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie) formaient un cursus complet visant à la formation intégrale de l'esprit.
Signification et portée
Dans le cadre de la tradition patristique et médiévale, cet enseignement revêt une importance particulière. Les Pères de l'Église et les docteurs médiévaux ont su intégrer la sagesse antique dans une vision chrétienne de l'éducation.
Place dans le cursus
Ce point s'inscrit dans Section 2 : LE TRIVIUM – LES ARTS DU LANGAGE, et plus précisément dans la partie concernant A. LA GRAMMAIRE : Fondement de la pensée.
Lien avec la tradition
Les arts libéraux ne sont pas de simples disciplines académiques, mais une voie (via) vers la sagesse. Comme l'écrit Hugues de Saint-Victor dans son Didascalicon, ils restaurent en nous l'image divine obscurcie par le péché.
Références traditionnelles
- Platon, République (pour la philosophie de l'éducation)
- Aristote, Organon (pour la logique)
- Cicéron, De Oratore (pour la rhétorique)
- Boèce, Consolation de la Philosophie
- Martianus Capella, Les Noces de Philologie et Mercure
- Cassiodore, Institutiones
- Isidore de Séville, Étymologies
- Alcuin et la renaissance carolingienne
- Hugues de Saint-Victor, Didascalicon
- Jean de Salisbury, Metalogicon
- Thomas d'Aquin, Somme Théologique
Articles connexes
- Le verbe (verbum)
- Les accidents du verbe
- Indicatif
- Impératif
- Concordance des temps
- Subordonnées temporelles
- Subordonnées finales
Pour aller plus loin
- Glossaire Latin - Termes latins essentiels
- Le Latin Chrétien - Langue de la Tradition
- Les Arts Libéraux - Vue d'ensemble complète
Ce point fait partie du manuel complet "Les Arts Libéraux Classiques : Tradition Antique et Médiévale" qui présente les 362 points essentiels de la tradition éducative occidentale.