Summa Theologiae, Tertia Pars, Q. 44
Présentation
Cette question traite de : De la Passion du Christ en général
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
La nécessité de la Passion
Saint Thomas examine d'abord si la Passion du Christ était nécessaire pour la rédemption du genre humain. Il distingue plusieurs types de nécessité : la nécessité absolue, qui découle de la nature même des choses, et la nécessité de convenance, qui procède de la sagesse divine choisissant le moyen le plus approprié.
Du côté de Dieu, la Passion n'était pas absolument nécessaire, car Dieu aurait pu racheter l'homme par un simple acte de sa volonté toute-puissante. Cependant, du point de vue de la convenance et de la manifestation de la miséricorde divine, la Passion était éminemment appropriée. Elle manifeste l'amour infini de Dieu, l'horreur du péché, et constitue le moyen le plus parfait de satisfaire pour les offenses commises contre la majesté divine.
La Passion était également nécessaire en raison de la dette contractée par le péché originel et les péchés actuels. Cette dette exigeait une satisfaction proportionnée à l'offense, qui est infinie en raison de la dignité infinie de Dieu offensé. Seul le Christ, Dieu et homme, pouvait offrir une satisfaction d'une valeur infinie.
La convenance de la Passion
Au-delà de la nécessité, l'Aquinate explore les raisons de convenance qui rendaient la Passion particulièrement appropriée au plan divin de salut. La Passion manifeste simultanément toutes les perfections divines : la justice, qui exige réparation pour le péché ; la miséricorde, qui s'abaisse jusqu'à souffrir pour ses créatures ; la sagesse, qui trouve le moyen parfait de réconciliation ; et la puissance, qui transforme le mal en bien.
La Passion enseigne également à l'homme de manière exemplaire toutes les vertus. L'obéissance du Christ jusqu'à la mort de la croix constitue le modèle parfait de soumission à la volonté divine. Sa charité, qui le pousse à donner sa vie pour ses amis, manifeste l'amour dans sa forme la plus pure. Son humilité, acceptant les opprobres et les souffrances injustes, trace le chemin de la vraie grandeur chrétienne.
De plus, la Passion stimule notre amour pour Dieu d'une manière incomparable. Comme l'affirme saint Paul : "La preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous" (Rm 5, 8). Contempler le Crucifix enflamme le cœur d'amour et de reconnaissance envers celui qui nous a tant aimés.
L'universalité de la Passion
Saint Thomas examine si la Passion du Christ a produit ses effets pour tous les hommes ou seulement pour certains. Il distingue la suffisance de l'efficience. Du côté de la suffisance, la Passion du Christ possède une valeur infinie et suffit donc à racheter tous les hommes de tous les temps, et même une infinité de mondes s'ils existaient.
Cependant, du côté de l'efficience, la Passion ne produit ses fruits que dans ceux qui s'unissent au Christ par la foi et les sacrements. Comme le soleil éclaire tous ceux qui ouvrent les yeux, mais ne profite pas à ceux qui les ferment, ainsi la grâce du Christ est offerte à tous, mais n'est reçue que par ceux qui ne lui opposent pas l'obstacle du refus volontaire.
Cette distinction préserve à la fois l'universalité de la volonté salvifique divine et la liberté humaine. Dieu veut vraiment que tous les hommes soient sauvés, et il a fourni un moyen de salut parfaitement suffisant. Mais il respecte la liberté de chacun d'accepter ou de refuser ce don gratuit.
Les fruits de la Passion
La Passion du Christ produit de multiples effets salvifiques dans l'âme du croyant. Premièrement, elle libère du péché en satisfaisant pour toutes les offenses commises contre Dieu. Le sang du Christ purifie l'âme et efface la culpabilité qui séparait l'homme de son Créateur.
Deuxièmement, la Passion libère de la servitude du démon. Par le péché, l'homme s'était soumis au pouvoir de Satan. Le Christ, par sa victoire sur la mort, détruit la domination diabolique et arrache l'homme à l'esclavage spirituel.
Troisièmement, elle libère de la peine due au péché. La justice divine exigeait que le péché soit puni. Le Christ, assumant sur lui nos châtiments, nous obtient la rémission des peines temporelles et éternelles.
Enfin, la Passion réconcilie l'homme avec Dieu et lui rouvre les portes du paradis. Elle restaure l'amitié entre Dieu et sa créature, abolissant l'inimitié causée par le péché et donnant accès à la communion intime avec la Trinité.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Troisième Partie de la Somme Théologique, qui traite de l'Incarnation, des sacrements et des dernières fins.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Tertia Pars, Question 44
Articles connexes
- La Sépulture du Christ
- La Rédemption
- Le Sacrifice de la Croix
- La Satisfaction du Christ
- Les Mystères Douloureux
Q. 44 - De la Passion du Christ en général
De la Passion du Christ en général - Question 44 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Introduction
De la Passion du Christ en général - Question 44 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Cet article est mentionné dans
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- Q. 71 - De la cause du péché en général mentionne ce concept
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