Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 46
Présentation
Cette question traite de : De la colère
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Définition et nature de la colère
La colère est une passion de l'appétit sensitif caractérisée par un désir de vengeance face à un mal reçu. Saint Thomas la définit comme un mouvement de l'âme qui tend à repousser le mal et à en faire réparation. Contrairement à d'autres passions purement négatives, la colère possède une dimension active orientée vers la correction du mal. C'est pourquoi elle occupe une place particulière dans le traitement des péchés capitaux : elle n'est pas intrinsèquement mauvaise, mais son dérèglement constitue un grave péché.
Les degrés et manifestations de la colère
Saint Thomas distingue plusieurs degrés dans l'expression de la colère. Premièrement, le simple ressentiment du mal, qui demeure dans l'ordre du sentiment. Deuxièmement, le désir de vengeance, qui entre dans l'ordre de la volonté. Troisièmement, la réaction violente du corps et des paroles. Cette gradation est essentielle pour comprendre comment la raison peut et doit intervenir à chaque étape. L'âme raisonnable possède le pouvoir de modérer même les plus forts mouvements de l'appétit sensitif par l'exercice de la vertu.
La colère comme vice et le péché de colère
Lorsque la colère échappe au contrôle de la raison, elle devient l'un des sept péchés capitaux. Elle se manifeste par un oubli de la charité, du pardon des offenses et du commandement d'aimer ses ennemis. La colère vicieuse cherche la vengeance pour des motifs de pur désir de nuire, sans considération pour la justice ou le bien commun. C'est pourquoi Saint Thomas d'Aquin insiste sur la nécessité d'acquérir la vertu de mansuetudinaire, qui modère et harmonise ce mouvement passionnel.
La colère juste et la justice corrective
Cependant, il existe une forme de colère qui participe à la justice. Quand la raison reconnaît un mal commis et désire sa correction proportionnée, un certain mouvement de colère peut accompagner cet acte juste. Cette colère est alors réglée par la prudence et orientée vers le bien commun. Le Christ lui-même, en chassant les marchands du Temple, a manifesté une colère juste dirigée contre le sacrilège et la profanation. Ainsi, la perfection réside non dans l'absence de colère, mais dans sa rectification par la vertu.
La mansuétude comme vertu corrective
La vertu de mansuétude est la vertu cardinale qui modère l'agressivité naturelle de la colère. Elle ne consiste pas à étouffer ou réprimer la colère de manière servile, mais à la diriger vers des fins légitimes par la lumière de la raison. La mansuétude enseigne la patience, le pardon, et l'équanimité face aux offenses. Elle représente le juste milieu entre l'excès de colère (l'irascibilité) et le défaut de colère (la mollesse ou la pusillanimité). Cette vertu est particulièrement importante dans la vie chrétienne, où le précepte du pardon des offenses occupe une place centrale.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 46
Q. 46 - De la colère
De la colère - Question 46 de la Summa Theologiae, Prima Secundae
Introduction
De la colère - Question 46 de la Summa Theologiae, Prima Secundae
Cet article est mentionné dans
- La Colère - Péché Capital mentionne ce concept
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- La Mansuétude (Vertu Opposée à la Colère) mentionne ce concept
- La Colère mentionne ce concept