Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 40
Présentation
Cette question traite de : De l'espérance et du désespoir (passions irascibles)
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Nature et définition de l'espérance
L'espérance est une passion irascible, c'est-à-dire qu'elle se rapporte au difficile et à l'ardu. Elle consiste en une aspiration vers un bien jugé comme possible à atteindre, même si sa réalisation présente des obstacles. En tant que passion, elle diffère de la vertu théologale qui porte le même nom et réside dans la volonté, car la passion réside dans l'appétit sensible. L'espérance nous porte à surmonter les difficultés et les obstacles qui se dressent entre nous et la possession d'un bien désiré.
Saint Thomas d'Aquin enseigne que l'espérance se distingue de la convoitise ou du désir simple, car elle implique une certaine maîtrise face aux obstacles. Là où le simple désir s'arrête devant la difficulté, l'espérance persévère et trouve les moyens de progresser vers son objet.
L'espérance dans la vie morale chrétienne
L'espérance humaine, bien que passion, peut être ordonnée au bien et devenir une expression de la vertu d'espérance théologale. Elle se situe au croisement entre la Théologie Morale et l'expérience de vie chrétienne. Dans la perspective thomiste, les passions ne sont pas en elles-mêmes mauvaises ; elles le deviennent ou se perfectionnent selon qu'elles sont ordonnées ou désordonnées.
Le chrétien qui cultive l'espérance saine est celui qui ne se fie ni à sa seule force humaine, ni à l'absence complète d'efforts. Il place sa confiance en la Providence divine tout en accomplissant ses devoirs. Cette vertu est particulièrement importante dans les moments d'épreuve et de tribulation.
Le désespoir : le péché contraire à l'espérance
Le désespoir constitue le péché et le vice directement opposés à l'espérance. Selon la théologie de Saint Thomas, le désespoir est un abandon volontaire de la confiance en l'aide divine et en la possibility d'atteindre le bien éternel. C'est un pêché grave contre la vertu théologale d'espérance.
Le désespoir peut revêtir deux formes : soit on considère que Dieu ne peut ou ne veut pas nous aider (ce qui constitue un doute envers la Puissance ou la Bonté divines), soit on se croit trop coupable ou corrompu pour que la Miséricorde divine s'étende à nous. Cette dernière forme de désespoir est particulièrement pernicieuse car elle fait des péchés une raison de refuser la Grâce.
Les docteurs de l'Église ont toujours mis en garde contre le désespoir, notamment dans le contexte de la confession et de la conversion. Comme l'enseigne la tradition, les vices et leurs vertus opposées forment des couples dont l'un tire son sens de l'autre : ainsi le désespoir n'existe que comme perversion de l'espérance.
Les actes et les objets de l'espérance
L'espérance, en tant que passion irascible, se manifeste par des actes spécifiques. Son acte principal consiste à aspirer vers un bien difficile mais possible. Cet acte comporte plusieurs moments : d'abord la reconnaissance du bien comme désirable, ensuite son évaluation comme difficile, puis enfin la certitude de pouvoir l'obtenir.
Les objets de l'espérance sont multiples. Dans l'ordre naturel, nous pouvons espérer les biens temporels : la santé, la famille, la prospérité. Mais l'espérance trouve sa véritable noblesse lorsqu'elle se dirige vers les biens surnaturels : la Grâce divine, la rémission des péchés, la béatitude éternelle. C'est pourquoi la Théologie Morale classe l'espérance surnaturelle parmi les vertus intellectuelles les plus hautes.
L'espérance dans le processus de sanctification
Dans la dynamique de la sanctification chrétienne, l'espérance joue un rôle crucial. Elle soutient l'âme dans l'accomplissement du chemin de perfection et maintient le cœur attaché aux réalités éternelles. Elle prévient le découragement face aux défaillances morales et inspiré une confiance constructive envers la Miséricorde infinie de Dieu.
L'espérance authentique se manifeste par une persévérance active : elle n'est jamais passive ni paresseuse. Elle engendre des actes méritoires et dispose l'âme à recevoir les grâces nécessaires à sa transformation. C'est pourquoi les maîtres spirituels la recommandent particulièrement à ceux qui cheminent vers la vie contemplative ou qui aspirent à progresser dans la Charité.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi. Elle appartient à une série de questions sur les passions irascibles, lesquelles incluent aussi la crainte, l'audace et la colère. L'espérance en tant que passion se situe au carrefour entre les affections naturelles de l'âme et les dispositions surnaturelles qui les élèvent et les transforment.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 40
Q. 40 - De l'espérance et du désespoir (passions irascibles)
De l'espérance et du désespoir (passions irascibles) - Question 40 de la Summa Theologiae, Prima Secundae
Introduction
De l'espérance et du désespoir (passions irascibles) - Question 40 de la Summa Theologiae, Prima Secundae
Cet article est mentionné dans
- Q. 40 - De l'espérance et du désespoir (passions irascibles) mentionne ce concept
- La Foi, l'Espérance et la Charité mentionne ce concept
- Q. 17 - De l'espérance en elle-même mentionne ce concept
- Q. 18 - Du sujet de l'espérance mentionne ce concept
- Q. 20 - Du désespoir mentionne ce concept
- Q. 22 - Des préceptes relatifs à l'espérance et à la crainte mentionne ce concept