Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 2
Introduction
Cette question procède par élimination pour identifier en quoi consiste véritablement la béatitude humaine. Thomas d'Aquin réfute systématiquement que le bonheur parfait puisse résider dans les biens extérieurs ou créés.
Développement
Les richesses
Les richesses ne constituent pas la béatitude. Saint Thomas démontre que les richesses sont des biens purement instrumentaux, servant à acquérir d'autres choses. La béatitude, étant le bien suprême et final, ne peut se réduire à un simple moyen. De plus, les richesses étant limitées et périssables, elles ne peuvent satisfaire le désir infini de bonheur inscrit dans le cœur humain. L'homme qui recherche son bonheur dans les richesses demeure toujours insatisfait, car son désir naturel tend vers un bien illimité.
Honneurs et gloire
L'honneur et la gloire ne peuvent être la béatitude, car ils dépendent essentiellement de l'opinion des autres et ne satisfont pas l'appétit profond de l'âme. L'honneur est un témoignage extérieur rendu à l'excellence de quelqu'un, mais il ne constitue pas cette excellence elle-même. De plus, l'honneur peut être attribué par erreur ou retiré injustement. La vraie béatitude doit être quelque chose de stable et d'intrinsèque à celui qui la possède, non quelque chose d'extérieur et de variable.
Puissance
La puissance n'est pas la béatitude. Elle est un moyen d'obtenir les biens qu'on désire, mais non un bien en soi suffisant pour combler l'âme. De plus, la puissance peut être utilisée pour le bien ou pour le mal, ce qui montre qu'elle n'est pas identique au bien parfait qu'est la béatitude. La puissance est relative et ordonnée à autre chose qu'elle-même, tandis que la béatitude est absolue et se suffit à elle-même.
Plaisir du corps
Les plaisirs charnels ne constituent pas la béatitude, bien qu'ils puissent s'y joindre comme des conséquences ou des accompagnements. Les plaisirs corporels sont limités, passagers et ne peuvent satisfaire la partie la plus noble de l'homme, qui est l'intellect. De plus, ces plaisirs sont communs à l'homme et aux animaux, alors que la béatitude propre à l'homme doit correspondre à ce qui le distingue des créatures irrationnelles, c'est-à-dire sa capacité de connaissance intellectuelle et d'amour spirituel.
Bien du corps et de l'âme
La béatitude doit englober l'âme entière dans son opération la plus noble. Les biens du corps, comme la santé et la beauté, sont certes des perfections, mais ils ne peuvent constituer la béatitude parfaite puisqu'ils ne concernent que la partie inférieure de l'homme. L'âme, étant supérieure au corps et capable de connaître et d'aimer les réalités spirituelles et divines, requiert un bien plus élevé pour son bonheur complet.
Vertus morales
Les vertus morales ne sont pas directement la béatitude, mais elles y conduisent en ordonnant l'âme à son opération la plus parfaite. Les vertus sont des dispositions habituelles qui perfectionnent les puissances de l'âme, mais elles ne sont pas l'acte ultime dans lequel consiste la béatitude. Elles sont plutôt le chemin vers la béatitude, préparant l'âme à l'union avec Dieu qui est la béatitude véritable. C'est dans l'acte de contemplation de la vérité divine que se trouve la béatitude parfaite.
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Portée théologique
Cette question s'inscrit dans le mouvement systématique de la Somme vers une compréhension toujours plus profonde des mystères de la foi, en harmonie avec la raison naturelle. Saint Thomas y démontre, par une méthode d'élimination progressive, que la béatitude ne peut consister en aucun bien créé, préparant ainsi la conclusion qu'elle ne peut se trouver que dans la vision de Dieu lui-même.
Articles connexes
- La Béatitude
- Vision Béatifique
- Le Bonheur Parfait
- La Fin Dernière de l'Homme
- Les Vertus Théologales)
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 2
Q. 2 - Des choses dans lesquelles consiste la béatitude
Saint Thomas examine méthodiquement les faux objets de béatitude pour démontrer que seul Dieu peut être la fin ultime de l'homme.
La béatitude ne consiste pas dans les richesses
Les richesses, qu'elles soient naturelles ou artificielles, ne peuvent constituer la fin ultime de l'homme. Elles sont essentiellement ordonnées à autre chose qu'elles-mêmes, servant de moyens pour acquérir d'autres biens. Le désir de richesses est sans limite, preuve qu'elles ne peuvent combler l'âme humaine.
La béatitude ne réside pas dans les honneurs
Les honneurs sont rendus à quelqu'un en raison de son excellence. Ils ne sont donc pas le bien suprême lui-même, mais le témoignage d'un bien. De plus, les honneurs dépendent du jugement d'autrui, ce qui les rend instables et extérieurs à la perfection personnelle. Seule la vertu qui mérite l'honneur est véritablement désirable.
La béatitude ne peut être dans la gloire ou la renommée
La gloire ou renommée n'est que la connaissance que les autres ont de notre excellence. Elle est encore plus fragile que l'honneur et dépend de l'opinion humaine qui est souvent erronée. La véritable béatitude doit résider dans un bien intrinsèque et non dans la perception extérieure.
La béatitude ne consiste pas dans le pouvoir
Le pouvoir, même souverain, est ordonné à autre chose qu'à lui-même. Il est un moyen d'accomplir le bien ou le mal, mais n'est pas lui-même la fin dernière. De plus, le pouvoir est sujet à la défaillance et ne peut garantir la perfection de celui qui le possède.
La béatitude ne réside pas dans les biens du corps
Ni la santé, ni la beauté, ni la force corporelle ne peuvent constituer la béatitude. Le corps est subordonné à l'âme, et les biens corporels sont inférieurs aux biens de l'âme. La béatitude parfaite doit résider dans ce qui est le plus noble en l'homme : son intelligence et sa volonté.
La béatitude ne consiste pas dans le plaisir sensible
Les plaisirs sensibles, bien qu'ils accompagnent certains biens, ne peuvent être la fin ultime. Ils sont transitoires et dépendent de réalités corporelles limitées. L'homme, par son âme spirituelle, est appelé à une béatitude qui transcende l'ordre sensible.
La béatitude parfaite ne peut résider que dans la vision de Dieu
Après avoir écarté tous les faux objets de béatitude, Saint Thomas conclut que seule la vision de l'essence divine peut constituer la fin ultime de l'homme. Dieu seul, Bien infini et parfait, peut combler totalement le désir de l'intelligence et de la volonté humaines. Cette vision béatifique unit parfaitement la créature à son Créateur.
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- Béatitude et Vision de Dieu mentionne ce concept
- Les Huit Béatitudes mentionne ce concept
- Q. 5 - De l'obtention de la béatitude mentionne ce concept
- Q. 26 - De la béatitude divine mentionne ce concept
- Q. 47 - De la distinction des choses en général mentionne ce concept
- Q. 48 - De la distinction des choses en particulier mentionne ce concept
- Q. 8 - De la présence de Dieu dans les choses mentionne ce concept
- Q. 65 - Des béatitudes mentionne ce concept
- Q. 100 - Des choses contenues dans la loi nouvelle mentionne ce concept
- Q. 2 - Des choses dans lesquelles consiste la béatitude mentionne ce concept