L'introduction (ou exordium) est votre première chance de capturer l'attention et d'établir votre crédibilité. Les premières minutes sont critiques.
Objectifs de l'Introduction
1. Capturer l'Attention
Faire en sorte que l'auditoire vous écoute.
2. Établir la Bienveillance
Montrer que vous avez les meilleures intentions du public.
3. Établir la Crédibilité
Montrer que vous êtes digne de confiance et compétent.
4. Introduire le Sujet
Clarifier ce dont vous allez parler.
5. Orienter l'Auditoire
Préparer l'esprit de l'auditoire pour ce qui suit.
L'introduction, que les Anciens nommaient exordium (du latin exordiri, "commencer le tissage"), constitue la partie initiale et fondamentale de tout discours. Elle représente la première rencontre entre l'orateur et son auditoire, moment décisif où se joue l'attention, la confiance et la disposition favorable de l'assemblée. Cicéron affirmait avec raison que "bien commencer, c'est avoir à moitié réussi" (Dimidium facti qui coepit habet). L'orateur chrétien, héritier de cette sagesse rhétorique classique, doit maîtriser l'art de l'introduction pour servir efficacement la vérité qu'il annonce.
Nature et Importance de l'Exorde
Définition classique
L'exorde est la partie du discours qui prépare l'âme de l'auditeur à recevoir favorablement le message. Saint Augustin, dans son De Doctrina Christiana, enseigne que l'introduction doit "rendre l'auditeur attentif, docile et bienveillant" (attentum, docilem, benevolum). Cette triple finalité résume toute la science de l'exorde : l'attention assure que l'auditoire écoute, la docilité qu'il comprenne, la bienveillance qu'il soit disposé à accepter.
L'importance des premières paroles
Les premières minutes d'un discours exercent une influence disproportionnée sur la réception de l'ensemble. La psychologie moderne confirme ce que les rhéteurs anciens savaient intuitivement : l'esprit humain forme rapidement un jugement initial qui colore tout ce qui suit. Une introduction ratée compromet gravement l'efficacité du discours, même si l'argumentation qui suit est solide. À l'inverse, une introduction réussie crée un élan favorable qui porte l'ensemble du propos.
Le fondement scriptural
L'Écriture Sainte elle-même nous offre des modèles d'introductions remarquables. Saint Paul, formé à la rhétorique grecque, commence ses épîtres par des exordes soigneusement construits. Dans l'épître aux Romains, il établit d'abord son autorité apostolique, puis manifeste sa bienveillance envers ses destinataires, avant d'annoncer son sujet : "Je rends grâces à mon Dieu par Jésus-Christ pour vous tous, de ce que votre foi est renommée dans le monde entier... Car je désire ardemment vous voir" (Rm 1, 8-11). Cette captatio benevolentiae prépare admirablement l'auditoire à recevoir l'enseignement doctrinal qui suivra.
Les Cinq Objectifs Essentiels de l'Introduction
Capturer l'attention de l'auditoire
Le premier défi de l'orateur est d'arracher son auditoire aux mille distractions qui sollicitent l'esprit humain. Dans notre époque saturée de stimulations, cet impératif est plus pressant que jamais. L'attention est un don précieux que l'auditoire accorde ou refuse ; l'orateur doit la mériter par la force de son entrée en matière. Cela exige de commencer par quelque chose de frappant, d'inattendu ou de significatif qui rompe l'indifférence et éveille la curiosité. Une question provocante, un fait surprenant, une histoire captivante, une citation mémorable : tous ces procédés, employés avec discernement, peuvent créer ce moment critique où l'auditoire décide de vous écouter.
Établir la bienveillance
La bienveillance (benevolentia) de l'auditoire ne se présume pas ; elle se gagne par des marques tangibles de respect et d'intérêt sincère. L'orateur doit montrer qu'il comprend son auditoire, qu'il partage ses préoccupations, qu'il cherche authentiquement son bien. Cette disposition s'obtient par la modestie, qui évite l'arrogance ; par la courtoisie, qui honore les auditeurs ; par la clarté sur ses intentions, qui dissipe la méfiance. Dans la prédication chrétienne, cette bienveillance s'enracine dans la charité authentique : le prédicateur aime véritablement ceux à qui il s'adresse et désire leur salut, ce qui transparaît naturellement dans ses paroles.
Établir la crédibilité
L'autorité de l'orateur ne provient pas seulement de sa position institutionnelle, mais de sa manifestation de compétence, d'intégrité et de bonne volonté. Aristote nomme cette dimension ethos, le caractère moral de l'orateur tel qu'il se révèle dans le discours. L'auditoire se demande légitimement : pourquoi devrais-je écouter cette personne ? L'introduction doit répondre implicitement à cette question en manifestant la connaissance du sujet, l'honnêteté intellectuelle et le désintéressement de l'orateur. Pour le prédicateur catholique, cette crédibilité s'appuie ultimement sur sa conformité au Magistère et sa vie vertueuse qui témoigne de ce qu'il enseigne.
Introduire clairement le sujet
Après avoir capté l'attention et disposé favorablement l'auditoire, l'introduction doit annoncer clairement le sujet du discours. Cette narratio ou propositio établit l'objet dont on va traiter, dissipe toute ambiguïté et fixe les limites de ce qui sera développé. La clarté est ici cardinale : l'auditoire doit savoir précisément de quoi on va parler. Cette annonce du sujet peut être directe ou progressive, selon les circonstances, mais elle ne doit jamais rester vague ou obscure.
Orienter l'esprit vers ce qui suit
Enfin, l'introduction prépare psychologiquement l'auditoire à recevoir le développement qui suivra. Elle crée une attente, un cadre mental qui facilitera la compréhension. Elle peut indiquer le plan général, signaler les questions qui seront abordées, ou simplement établir l'atmosphère intellectuelle appropriée. Cette orientation est comme un chemin tracé dans une forêt : elle permet à l'auditoire de suivre plus aisément le parcours argumentatif sans se perdre.
Quatre Types d'Introductions
1. Introduction Inquisitive
Définition
Prépare le terrain en exposant les contextes ou les points problématiques.
Développement
Exemple :
"Avant de discuter de cette question, nous devons comprendre trois faits historiques qui la contextualisent..."
Efficacité : Établit un cadre clair pour ce qui suit.
2. Introduction Paradoxale
3. Introduction Corrective
4. Introduction Préparatoire
Quatre Types d'Introductions selon la Tradition Rhétorique
La rhétorique classique, systématisée par Cicéron et Quintilien puis christianisée par les Pères de l'Église, distingue quatre types principaux d'introduction selon la disposition de l'auditoire et la nature du sujet. Chacun répond à des circonstances spécifiques et poursuit des objectifs adaptés.
L'introduction inquisitive
L'introduction inquisitive procède par questionnement pour éveiller la curiosité et engager intellectuellement l'auditoire. En posant une question pressante ou troublante, l'orateur transforme ses auditeurs en chercheurs actifs de la réponse. Cette méthode, employée avec maestria par Socrate et reprise par saint Augustin, reconnaît que l'esprit humain désire naturellement connaître et que cette soif de vérité peut être activée par une interrogation bien formulée.
Exemple classique : "Qu'auriez-vous fait à la place d'Abraham, lorsque Dieu lui commanda de sacrifier son fils unique ? Auriez-vous obéi à un ordre si terrible ? Ou auriez-vous douté de cette voix qui semblait contredire toute morale naturelle ?"
Cette ouverture engage immédiatement l'auditoire dans une réflexion personnelle, l'obligeant à se projeter dans la situation et à peser les alternatives. L'efficacité de cette méthode réside dans sa capacité à transformer l'écoute passive en participation active. L'auditeur ne reçoit pas simplement un enseignement ; il cherche lui-même la réponse, ce qui le dispose favorablement à accepter celle que l'orateur proposera. Saint Paul emploie cette technique dans ses discours : "Que dirons-nous donc ? Demeurons-nous dans le péché afin que la grâce abonde ?" (Rm 6, 1).
L'introduction paradoxale
L'introduction paradoxale présente une affirmation qui contredit les opinions reçues ou les préjugés de l'auditoire. Cette stratégie audacieuse crée une tension cognitive qui force l'attention : l'esprit, troublé par cette contradiction apparente avec ce qu'il tient pour vrai, ne peut se détourner avant d'avoir compris comment résoudre le paradoxe. Le Christ lui-même usait fréquemment de ce procédé dans son enseignement : "Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers" (Mt 20, 16).
Exemple : "Je vais vous démontrer aujourd'hui que ce que le monde appelle sagesse est folie devant Dieu, et que ce que le monde nomme folie est la véritable sagesse."
Cette ouverture, qui reprend la pensée de saint Paul (1 Co 1, 18-25), oblige l'auditoire à suspendre ses jugements habituels et à considérer une perspective entièrement nouvelle. Le paradoxe possède une puissance rhétorique considérable : il intrigue, défie les certitudes faciles, et promet une illumination qui résoudra la contradiction apparente. L'orateur qui emploie cette méthode doit cependant s'assurer qu'il pourra effectivement résoudre le paradoxe qu'il a posé, sous peine de perdre toute crédibilité.
L'introduction corrective
L'introduction corrective vise à rectifier une erreur répandue, un préjugé commun ou une compréhension déficiente de la vérité. Elle suppose que l'auditoire adhère à une opinion fausse qu'il convient de corriger avec tact mais fermement. Cette approche doit être maniée avec délicatesse, car personne n'aime être corrigé publiquement. L'orateur doit manifester que l'erreur est commune et compréhensible, évitant ainsi de blesser l'amour-propre de ses auditeurs.
Exemple : "Beaucoup pensent que la doctrine catholique du purgatoire est une invention médiévale sans fondement scripturaire. Examinons ensemble les textes bibliques et les témoignages des premiers Pères pour découvrir que cette croyance remonte aux origines mêmes du christianisme."
Cette méthode manifeste que l'orateur possède une connaissance supérieure et qu'il offre généreusement de corriger une méprise. Elle fonctionne particulièrement bien dans les contextes apologétiques, où il s'agit de défendre la foi contre les objections. Saint Justin Martyr, dans son Dialogue avec Tryphon, emploie constamment cette stratégie, rectifiant avec patience et charité les incompréhensions du judaïsme concernant le Messie.
L'introduction préparatoire
L'introduction préparatoire, ou insinuatio, établit méthodiquement le contexte nécessaire à la compréhension du sujet. Elle reconnaît que certaines questions ne peuvent être abordées directement sans préparation préalable. Cette méthode convient particulièrement aux sujets complexes, techniques ou sensibles, où l'auditoire doit d'abord acquérir certaines connaissances ou dispositions avant de pouvoir saisir l'argumentation principale.
Exemple : "Avant d'examiner la doctrine de la prédestination, nous devons d'abord comprendre trois vérités fondamentales : la liberté humaine telle que l'Église l'enseigne, la prescience divine et sa nature, et la distinction entre prédestination à la gloire et simple prévision des mérites. Sans ces clarifications préalables, toute discussion risque de tomber dans la confusion."
Cette approche méthodique manifeste le sérieux intellectuel de l'orateur et rassure l'auditoire : on ne le précipitera pas dans des profondeurs qu'il ne peut sonder, mais on le guidera progressivement. Saint Thomas d'Aquin, dans ses grandes synthèses théologiques, procède constamment ainsi, posant d'abord les définitions et distinctions nécessaires avant d'aborder les questions les plus élevées. L'introduction préparatoire convient admirablement à l'enseignement doctrinal où la rigueur et la clarté sont primordiales.
Techniques pour Capturer l'Attention
Utiliser une Histoire ou un Exemple
Les histoires personnelles ou les exemples vivants sont très persuasifs.
Utiliser une Citation Pertinente
Une citation mémorable peut capturer l'attention immédiatement.
Utiliser une Statistique Surprenante
Un chiffre inattendu peut intriguer.
Utiliser l'Humour Approprié
L'humour crée une connexion avec l'auditoire (si approprié au contexte).
Créer une Tension ou une Question
Créer une "tension" qui demande à être résolue.
Établir la Bienveillance
Montrer que Vous Comprenez l'Auditoire
"Je sais que vous êtes occupés, donc je serai concis..."
Montrer votre Intérêt pour le Bien Commun
"Je m'adresse à vous parce que ce problème affecte chacun d'entre nous..."
Être Humble
"Je ne prétends pas avoir toutes les réponses..."
Montrer du Respect
"Vous êtes tous des penseurs intelligents qui apprécient les arguments solides..."
Établir la Crédibilité
Mentionner votre Expertise
"J'ai passé 20 ans à étudier cette question..."
Citer des Autorités
"Les plus grands penseurs sur ce sujet s'accordent..."
Montrer votre Intégrité
"Je vais être entièrement honnête avec vous, même quand c'est difficile..."
Pièges à Éviter
Trop Longs
Une introduction trop longue perd l'attention.
Hors Sujet
Ne pas vous écarter du sujet.
Trop Agressif
Ne pas attaquer immédiatement votre adversaire.
Excuses ou Apologies
"Je ne suis pas un grand orateur..." réduit votre crédibilité.
Longueur Idéale
Pour un Discours Court (5-10 minutes)
Introduction : 30-60 secondes
Pour un Discours Moyen (20-30 minutes)
Introduction : 1-3 minutes
Pour un Discours Long (1 heure+)
Introduction : 5-10 minutes
Conseil Final
Votre introduction est votre promesse au public. Elle dit : "Écoutez-moi, je vais vous dire quelque chose d'important, et vous pouvez me faire confiance."
Faites cette promesse clairement et irrésistiblement.
Techniques Pratiques pour Capturer l'Attention
Commencer par une narration vivante
Les histoires possèdent un pouvoir unique de captiver l'esprit humain. Depuis les paraboles du Christ jusqu'aux exempla médiévaux, la tradition chrétienne reconnaît que la narration touche le cœur avant d'éclairer l'intelligence. Une histoire personnelle, un récit historique, ou l'évocation d'un saint peuvent créer immédiatement un lien émotionnel avec l'auditoire. L'exemple concret ancre l'abstraction théologique dans l'expérience humaine et rend mémorable ce qui pourrait rester théorique. Saint Grégoire le Grand recommandait aux prédicateurs de toujours illustrer leurs enseignements par des exemples, car "ce qui entre par les oreilles pénètre mieux au cœur quand une histoire le soutient."
Employer une citation frappante
Une citation bien choisie de l'Écriture, d'un Père de l'Église, ou même d'un auteur profane peut servir d'ouverture puissante. Elle emprunte l'autorité de son auteur, enrichit le discours d'une voix supplémentaire, et frappe souvent l'imagination par sa formulation lapidaire. Saint Bernard de Clairvaux commençait ses sermons par des versets scripturaires qu'il méditait ensuite, établissant d'emblée que son enseignement s'enracinait dans la Parole de Dieu. Une citation peut également établir un contraste dramatique : commencer par une maxime du monde pour la renverser ensuite par la sagesse chrétienne.
Présenter un fait ou une statistique surprenante
Un chiffre inattendu, un fait méconnu, une donnée qui contredit les idées reçues : ces éléments provoquent la surprise et éveillent la curiosité intellectuelle. Dans l'apologétique contemporaine, cette technique s'avère particulièrement efficace pour contrer les préjugés séculiers. L'important est que le fait présenté soit véritablement surprenant et vérifié, car une statistique mensongère ou exagérée détruirait immédiatement la crédibilité de l'orateur.
User de l'humour avec discernement
L'humour léger et approprié peut détendre l'atmosphère, créer une complicité avec l'auditoire, et rendre l'orateur plus sympathique. Cependant, dans le contexte de la prédication sacrée, l'humour doit être manié avec une extrême prudence. Saint Jean Chrysostome, surnommé "bouche d'or" pour son éloquence, employait parfois une ironie douce, mais jamais au détriment de la gravité du message évangélique. L'humour ne doit jamais tourner en dérision les choses saintes, blesser des personnes, ou compromettre la dignité du propos. S'il est bien employé, il manifeste une certaine joie chrétienne ; mal employé, il profane le sacré.
Créer une tension intellectuelle
Poser une question troublante, présenter un dilemme moral, exposer une contradiction apparente : ces procédés créent une tension psychologique que l'auditoire désire résoudre. Cette tension maintient l'attention jusqu'à ce que l'orateur apporte la résolution promise. La méthode scolastique elle-même repose sur ce principe : poser les objections les plus fortes contre la vérité avant de les résoudre. Cette tension doit cependant être résolue ; laisser l'auditoire dans la perplexité serait une faute contre la charité intellectuelle.
Moyens d'Établir la Bienveillance de l'Auditoire
Manifester la compréhension des préoccupations
L'orateur doit montrer qu'il comprend authentiquement les soucis, les questions et les difficultés de son auditoire. Cette empathie ne se feint pas ; elle découle d'une connaissance réelle des personnes à qui l'on s'adresse. "Je sais que beaucoup parmi vous vous débattez avec cette question...", "Je comprends que cette doctrine semble difficile à première vue..." : ces formules, si elles sont sincères, établissent que l'orateur se place du côté de l'auditoire plutôt qu'en position de supériorité hautaine.
Clarifier l'intention charitable
L'orateur chrétien doit rendre évident qu'il cherche le bien véritable de ses auditeurs, non son propre prestige ou son intérêt. Saint François de Sales conseillait aux prédicateurs de manifester ouvertement leur amour pour ceux à qui ils s'adressent : "Je m'adresse à vous aujourd'hui par zèle pour votre salut éternel, car je désire ardemment que vous parveniez à la béatitude céleste." Cette déclaration d'intention, loin d'être présomptueuse, est un acte d'humilité et de transparence.
Pratiquer l'humilité sans fausse modestie
L'humilité véritable reconnaît ses limites sans les exagérer par fausse modestie. Dire "Je ne suis qu'un pauvre pécheur indigne de vous instruire" peut sembler pieux mais risque de saper la confiance de l'auditoire. L'humilité authentique consiste plutôt à reconnaître qu'on transmet une vérité reçue, non inventée : "Ce que je vais vous exposer n'est pas ma doctrine personnelle, mais l'enseignement constant de l'Église, que j'ai reçu et que je vous transmets fidèlement."
Honorer l'intelligence de l'auditoire
Traiter son auditoire comme des personnes intelligentes capables de suivre un raisonnement établit le respect mutuel. "Vous êtes tous capables de juger si ces arguments sont solides..." Cette confiance accordée à l'intelligence de l'auditoire le dispose favorablement et l'engage à être à la hauteur de cette attente.
Établissement de la Crédibilité (Ethos)
Manifester la compétence par la maîtrise du sujet
La crédibilité intellectuelle se démontre plus qu'elle ne s'affirme. Mentionner brièvement son expertise peut être approprié dans certains contextes ("Ayant étudié cette question pendant vingt ans..."), mais c'est surtout la démonstration concrète de connaissance qui convainc. La précision des références, la finesse des distinctions, la connaissance des objections : ces éléments manifestent naturellement la compétence sans qu'il soit nécessaire de l'affirmer lourdement.
S'appuyer sur l'autorité de la Tradition
Pour l'orateur catholique, la crédibilité ultime provient de sa conformité au Magistère et à la Tradition. Citer les Pères de l'Église, les conciles, les documents pontificaux : ces références établissent qu'on ne parle pas en son nom propre mais au nom de l'Église. "Ce n'est pas moi qui l'enseigne, mais l'Église par la bouche de ses docteurs les plus autorisés..." Cette subordination à l'autorité traditionnelle, loin de diminuer la crédibilité, l'accroît en montrant qu'on ne défend pas des opinions personnelles mais la foi reçue.
Montrer l'intégrité et l'honnêteté intellectuelle
Reconnaître les difficultés réelles, ne pas dissimuler les objections sérieuses, admettre les limites de sa connaissance : ces manifestations d'intégrité renforcent paradoxalement la confiance. "Je dois honnêtement reconnaître que cette question présente de réelles difficultés..." Cette transparence désarme la méfiance et montre qu'on préfère la vérité à la victoire rhétorique facile.
Les Écueils à Éviter dans l'Introduction
L'introduction excessivement longue
Une introduction qui s'éternise lasse l'auditoire avant même d'arriver au sujet principal. La proportion doit être respectée : l'introduction est un porche, non l'édifice entier. Quintilien recommandait que l'exorde ne dépasse jamais le cinquième du discours total. Dans la prédication, où le temps est précieux, cette brièveté relative est encore plus impérative.
La digression hors sujet
Commencer par des considérations sans rapport avec le sujet annoncé désoriente l'auditoire et gaspille le capital d'attention initial. Chaque élément de l'introduction doit conduire organiquement vers le développement qui suit. Les digressions, si brillantes soient-elles, n'ont pas leur place dans l'exorde.
L'agressivité prématurée
Attaquer immédiatement un adversaire ou adopter un ton polémique dès l'introduction aliène une partie de l'auditoire avant même d'avoir exposé sa position. La charité chrétienne exige qu'on établisse d'abord le terrain commun avant d'aborder les points de désaccord. Saint Thomas d'Aquin, dans ses disputes théologiques, commençait toujours par exposer les arguments adverses dans leur forme la plus forte, manifestant ainsi son respect intellectuel pour ses opposants.
Les excuses et la dépréciation de soi
"Je ne suis pas un grand orateur...", "Je n'ai pas eu le temps de bien préparer..." : ces formules, présentées comme de l'humilité, sont en réalité des fautes contre la responsabilité. Si l'on n'est pas préparé, on ne devrait pas parler ; si l'on doit parler, on ne devrait pas saper d'avance la confiance de l'auditoire. Ces fausses modestie irritent plus qu'elles n'attirent la sympathie.
Proportions et Longueur de l'Introduction
La durée appropriée de l'introduction varie selon la longueur totale du discours et la nature du sujet. Pour un sermon de quinze minutes, l'introduction ne devrait pas excéder deux minutes ; pour une conférence d'une heure, cinq à sept minutes sont appropriées. Le principe général est que l'introduction doit accomplir ses objectifs (attention, bienveillance, crédibilité, annonce du sujet) aussi efficacement et rapidement que possible, sans précipitation qui compromettrait ces buts.
La Conclusion comme Écho de l'Introduction
L'introduction établit une promesse que la conclusion doit honorer. L'art rhétorique exige souvent de créer un écho entre l'ouverture et la fermeture du discours : une question posée en introduction trouve sa réponse en conclusion, une histoire commencée trouve son dénouement, un paradoxe initial trouve sa résolution. Cette structure circulaire satisfait l'esprit et crée un sentiment d'accomplissement. Saint Bernard de Clairvaux excellait dans cet art, revenant en conclusion aux images scripturaires qui avaient ouvert son sermon, montrant ainsi comment toute la méditation avait approfondi le sens du verset initial.
Application à la Prédication Chrétienne
Dans le contexte spécifique de la prédication sacrée, l'introduction possède une dimension supplémentaire : elle doit disposer l'âme à recevoir la Parole de Dieu. Le prédicateur n'est pas un simple orateur mais un ministre de la vérité divine. Son exorde doit donc créer un silence intérieur, une ouverture spirituelle, une docilité à l'Esprit Saint. Cela peut s'accomplir par une invocation brève, par l'évocation de la présence divine, ou simplement par un ton de recueillement qui élève l'assemblée de la distraction mondaine vers les réalités éternelles. "Que l'Esprit Saint ouvre nos cœurs à la parole de vérité..." : cette formule, ou une semblable, établit le caractère sacré du moment.
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Introduction
L'introduction (exordium ou prooemium) constitue la première partie de l'arrangement dans la rhétorique classique, enseignant l'art de capturer l'attention et de préparer favorablement l'auditoire dans le discours persuasif selon les progymnasmata.
Fonctions Essentielles
Captation de l'Attention
L'exordium doit immédiatement attentio parare, capturer l'attention de l'auditoire pour assurer l'écoute du discours selon la rhétorique.
Disposition Favorable
L'introduction cherche à rendre l'audience bienveillante (benevolum), réceptive aux arguments qui suivront dans l'argumentation persuasive.
Préparation Intellectuelle
L'exordium rend l'auditoire docile (docilem), prêt à comprendre les arguments complexes dans le discours selon les progymnasmata.
Types d'Introduction
Exorde Direct
L'introduction franche qui annonce clairement le sujet, utilisée quand la cause est favorable dans le discours selon la rhétorique.
Exorde Indirect
L'insinuation (insinuatio) qui aborde le sujet obliquement, nécessaire quand l'auditoire est hostile dans l'argumentation persuasive.
Exorde Mixte
La combinaison des approches directe et indirecte selon les besoins du discours dans la rhétorique.
Stratégies Rhétoriques
Utilisation de Maximes
L'introduction peut commencer par une maxime universelle pour établir un terrain d'entente dans le discours persuasif.
Appel à l'Exemple
L'exemple frappant peut ouvrir efficacement le discours, créant une connexion immédiate selon les progymnasmata.
Lien avec la Narration
L'exordium doit préparer naturellement la narration des faits qui suit dans l'arrangement selon la rhétorique.
Application dans les Progymnasmata
Exercice Fondamental
Les progymnasmata enseignent systématiquement l'art de composer des introductions efficaces pour tous genres de discours.
Adaptation au Genre
L'introduction varie selon le genre - judiciaire, délibératif ou épidictique - dans la rhétorique classique.
Préparation à la Confirmation
L'exordium établit le ton qui facilitera la réception de la confirmation dans l'argumentation persuasive.
Qualités Requises
Brièveté
L'introduction doit être concise, évitant les longueurs qui lassent l'auditoire dans le discours selon les progymnasmata.
Pertinence
L'exordium doit être directement lié au sujet du discours, évitant les digressions dans la rhétorique.
Naturel
L'introduction doit paraître spontanée plutôt qu'artificielle, établissant une connexion authentique avec l'auditoire dans le discours persuasif.
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