Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 2
Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 2
Introduction
L'homme de bien et pacifique représente l'idéal du chrétien accompli selon l'Imitation de Jésus-Christ. Cette double qualité — être bon et apporter la paix — résume les beatitudes et manifeste la présence du Christ dans une âme. Notre-Seigneur proclame : "Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu" (Matthieu 5, 9). Cette béatitude révèle que la paix n'est pas seulement une disposition intérieure mais une mission active : faire régner la paix autour de soi.
La bonté comme fondement
La bonté est la première caractéristique de l'homme spirituel. Elle consiste dans une disposition habituelle de bienveillance envers tous, manifestée par des paroles douces, des actions charitables, des jugements miséricordieux. Cette bonté n'est pas une faiblesse naturelle mais une vertu surnaturelle qui imite la bonté divine. Saint François de Sales disait : "On prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu'avec cent barils de vinaigre."
La paix comme fruit
La paix découle de la bonté comme le fruit de l'arbre. L'homme véritablement bon est nécessairement-de-necessario-necessairement-p) pacifique car il ne nourrit aucune rancune, ne cherche pas la querelle, ne se plaît pas dans la discorde. Cette paix n'est pas l'absence de conflit mais la possession de la charité qui triomphe de toute division. Elle est le fruit de l'Esprit Saint énuméré par saint Paul (Galates 5, 22).
Nature de la bonté chrétienne
Une bonté surnaturelle
La bonté dont parle l'Imitation n'est pas la simple bonté naturelle de tempérament, qui peut exister chez les païens. C'est une bonté surnaturelle, fruit de la grâce, qui aime tous les hommes par amour de Dieu. Cette bonté voit en chaque personne une image de Dieu, un frère pour qui le Christ est mort. Elle s'étend même aux ennemis selon le commandement du Seigneur : "Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent" (Luc 6, 27).
Manifestations de la bonté
La bonté se manifeste de multiples façons. Dans les paroles : toujours bienveillantes, encourageantes, consolantes, jamais médisantes ni blessantes. Dans les actions : serviables, généreuses, prêtes à rendre service sans calcul ni retour. Dans les jugements : miséricordieux, interprétant favorablement les intentions d'autrui, excusant les faiblesses. Dans l'attitude générale : accueillante, souriante, rendant la vie plus douce autour de soi.
La bonté envers tous
L'homme vraiment bon ne fait pas acception de personnes. Sa bonté s'étend à tous sans distinction : riches et pauvres, amis et ennemis, justes et pécheurs. Elle imite en cela la bonté divine : "Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons" (Matthieu 5, 45). Cette universalité de la bonté est le signe de sa surnaturalité. La nature aime ceux qui l'aiment ; la grâce aime tous les hommes en Dieu.
La bonté forte et constante
La véritable bonté n'est ni faiblesse ni sentimentalité. Elle peut s'allier à la fermeté quand le bien l'exige. Jésus, infiniment bon, chassa les vendeurs du Temple et fustigea les pharisiens hypocrites. La bonté corrige avec douceur mais ne tolère pas le mal. Elle sait dire non quand nécessaire, mais toujours avec charité. Sa constance ne se dément jamais : ni les ingratitudes, ni les outrages, ni les persécutions ne peuvent l'altérer.
La paix intérieure
Fondement de la paix
La paix intérieure est le premier degré de la paix. Elle résulte de l'ordre dans l'âme : la raison soumise à Dieu, les passions soumises à la raison. Saint Augustin définit la paix comme "la tranquillité de l'ordre." Quand Dieu règne dans le cœur, la paix s'ensuit nécessairement. Cette paix n'est pas naturelle mais surnaturelle : c'est la paix du Christ qu'il nous a léguée en disant : "Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix" (Jean 14, 27).
Conditions de la paix intérieure
Pour posséder la paix intérieure, plusieurs conditions sont nécessaires. Premièrement, être en état de grâce car le péché mortel détruit la paix. Deuxièmement, mortifier les passions déréglées qui agitent l'âme. Troisièmement, se détacher des biens terrestres qui inquiètent par leur possession ou leur perte. Quatrièmement, s'abandonner à la Providence divine sans anxiété pour l'avenir. Cinquièmement, vivre dans le présent sans remords du passé ni crainte excessive du futur.
Signes de la paix véritable
La paix véritable se reconnaît à certains signes. Elle demeure stable dans les épreuves, ne se trouble pas dans les contradictions, ne s'émeut pas outre mesure des échecs. Elle s'accompagne de joie spirituelle et de sérénité du visage. Elle rend patient, doux, bienveillant. Elle dispose à la prière contemplative. Saint Paul la décrit comme "la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence" (Philippiens 4, 7).
Obstacles à la paix
Nombreux sont les obstacles à la paix intérieure. L'attachement aux créatures crée l'inquiétude. L'orgueil blessé engendre l'agitation. La recherche de soi trouble la sérénité. Les scrupules torturent l'âme. Les jugements sur autrui détruisent la paix. Pour conserver la paix, il faut fuir ces écueils et garder le cœur fixé en Dieu seul.
L'homme pacifique dans ses relations
Pacifier les conflits
L'homme de bien et pacifique n'est pas seulement paisible lui-même, il devient artisan de paix pour les autres. Quand surgit un conflit, il s'efforce de réconcilier les parties, de calmer les esprits, d'apaiser les rancunes. Cette mission de pacificateur est délicate et exige beaucoup de prudence, de charité et de tact. Il faut écouter chacun avec bienveillance, comprendre les deux points de vue, puis œuvrer doucement à la réconciliation.
Éviter les occasions de discorde
L'homme pacifique fuit tout ce qui peut causer division ou scandale. Il ne rapporte pas les paroles désobligeantes, ne nourrit pas les querelles, ne prend pas parti dans les disputes d'autrui. Il sait garder le silence quand parler attiserait le conflit. Il excuse les maladresses, oublie les offenses, pardonne de bon cœur. Cette sagesse prudente préserve la paix dans la famille, la communauté, la société.
La douceur dans la correction
Quand il faut corriger quelqu'un, l'homme pacifique le fait avec une grande douceur. Il choisit le moment opportun, les paroles appropriées, le ton convenable. Il corrige en privé pour ne pas humilier publiquement. Il montre plus de compassion que de sévérité, encourage plus qu'il ne blâme. Cette douceur dans la correction gagne les cœurs et rend la correction efficace.
Support patient des défauts d'autrui
L'homme vraiment pacifique supporte avec patience les défauts de son prochain. Il sait que chacun a ses imperfections et que nous devons nous supporter mutuellement. Cette patience charitable préserve la paix communautaire. Saint Paul exhorte : "Supportez-vous les uns les autres avec charité, vous appliquant à conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix" (Éphésiens 4, 2-3).
Vertus de l'homme de bien et pacifique
L'humilité
L'humilité est le fondement de la paix. L'orgueilleux, toujours susceptible et vindicatif, ne peut être en paix ni donner la paix. L'humble, au contraire, ne s'offense de rien, ne revendique rien, accepte tout avec sérénité. Cette humilité profonde établit l'âme dans une paix inaltérable.
La charité
La charité est l'âme de la bonté et de la paix. Sans charité, tout n'est que façade et hypocrisie. L'homme vraiment charitable aime Dieu par-dessus tout et le prochain comme soi-même. Cet amour surnaturel est la source de toute bonté authentique et de toute paix durable.
La douceur
La douceur est la vertu qui modère la colère et rend les relations harmonieuses. Le Christ proclame : "Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre" (Matthieu 5, 5). Cette douceur n'est pas faiblesse mais force maîtrisée. Elle désarme la violence, apaise les tensions, gagne les cœurs. Elle est caractéristique de l'Agneau de Dieu dont nous devons être les imitateurs.
La patience
La patience supporte avec constance les épreuves et les contrariétés sans se laisser troubler. Elle est indispensable pour conserver la paix dans les difficultés de la vie. L'impatient s'agite, se plaint, perd sa paix. Le patient demeure serein, accepte les croix, garde sa tranquillité d'âme.
La miséricorde
La miséricorde pardonne les offenses, excuse les faiblesses, compatit aux misères. Elle est essentiellement pacificatrice car elle éteint les ressentiments et réconcilie les ennemis. Le Christ enseigne : "Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde" (Matthieu 5, 7).
Fruits de cette double qualité
Joie dans le service de Dieu
L'homme de bien et pacifique jouit d'une grande joie spirituelle. Sa conscience ne lui reproche rien, ses relations sont harmonieuses, son cœur est en paix avec Dieu et les hommes. Cette joie n'est pas superficielle mais profonde, enracinée dans la possession de Dieu.
Influence apostolique
L'homme bon et pacifique exerce une influence apostolique considérable. Son exemple édifie, ses paroles consolent, sa présence apaise. Les âmes troublées viennent à lui chercher conseil et réconfort. Il est comme un oasis de paix dans le désert agité du monde.
Préparation au ciel
La paix est le climat du ciel. Celui qui vit dans la paix sur terre se prépare à l'éternelle béatitude. La vision de Dieu, qui est la paix suprême, sera l'achèvement de la paix commencée ici-bas. L'homme pacifique est déjà un citoyen du ciel vivant en exil sur terre.
Ressemblance au Christ
L'homme de bien et pacifique ressemble au Christ, Prince de la Paix, Agneau de Dieu, modèle de toute bonté. Cette ressemblance est le but de la vie chrétienne : être transformé à l'image du Fils de Dieu. C'est pourquoi les artisans de paix seront appelés fils de Dieu : ils manifestent la ressemblance filiale avec le Père céleste.
Obstacles et tentations
L'esprit de jugement
L'esprit critique et le jugement téméraire détruisent la bonté et la paix. Celui qui juge sévèrement son prochain ne peut être ni bon ni pacifique. Il faut se rappeler l'avertissement du Christ : "Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés" (Matthieu 7, 1).
La susceptibilité
La susceptibilité personnelle, qui s'offense pour un rien, rend impossible la paix. L'homme susceptible voit partout des manquements d'égard, des offenses, des mépris. Cette hypersensibilité est une forme d'orgueil qui empoisonne les relations et détruit la paix.
La recherche de ses intérêts
Celui qui cherche constamment son avantage, sa commodité, sa satisfaction ne peut être un homme de paix. L'égoïsme est essentiellement diviseur. Seul le renoncement à soi permet d'être vraiment bon et pacifique.
Le zèle amer
Certains détruisent la paix sous prétexte de zèle pour la vérité. Ils corrigent avec dureté, condamnent sans miséricorde, combattent l'erreur sans charité. Ce zèle amer, dénoncé par saint Jacques (Jacques 3, 14-16), ne vient pas de Dieu mais de l'orgueil. Le vrai zèle s'allie toujours à la douceur.
Conclusion
L'idéal de l'homme de bien et pacifique résume toute la perfection chrétienne. C'est l'image même du Christ qui "passa en faisant le bien" (Actes 10, 38) et qui laissa aux siens sa paix. Que nous nous efforcions d'acquérir cette double qualité par la prière, la mortification et l'imitation du Sauveur. La bonté et la paix rendront notre vie agréable à Dieu, édifiante pour le prochain et heureuse pour nous-mêmes. Que nous puissions dire avec saint Paul : "Autant qu'il dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes" (Romains 12, 18). Cette paix, cultivée sur terre, s'épanouira dans la gloire où règne l'éternelle charité.