Traduction française : prudence
Traduction anglaise : prudence, wisdom
Grammaire : nom. f. (1st declension)
Exemple d'utilisation
Prudentia est rerum bonarum et malarum scientia.
Étymologie
From prudens 'foreseeing'. racine de 'prudent', 'prudence'.
Contexte linguistique
Le mot latin prudentia appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
Importance dans la tradition
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Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
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Racine de nombreux mots français et européens
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Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
Utilisation dans la liturgie
Le latin prudentia peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Références
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Latin ecclésiastique
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Tradition liturgique
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Étymologie indo-européenne
Le substantif latin prudentia dérive de l'adjectif prudens (contracté de providens), participe présent de providere signifiant "prévoir, pourvoir". Étymologiquement, la prudence est donc la capacité de voir à l'avance (pro-videre), de discerner ce qui convient et d'ordonner les moyens en vue d'une fin. Le terme désigne à la fois la sagesse pratique, le discernement et la prévoyance dans la conduite de la vie.
Du concept philosophique grec à la vertu chrétienne
La prudentia latine correspond à la phronesis grecque d'Aristote, traduite aussi par "sagesse pratique". Dans la pensée antique, c'était la vertu de l'homme d'État et du sage qui gouverne sa vie selon la droite raison. La théologie chrétienne a repris et approfondi ce concept, faisant de la prudence la première des vertus cardinales, celle qui dirige toutes les autres vertus morales vers leur fin surnaturelle.
La prudence dans l'Écriture Sainte
La sagesse biblique et la prudence
Bien que le mot prudentia n'apparaisse pas tel quel dans la Vulgate, le concept est omniprésent dans les Livres Sapientiaux. Le Livre des Proverbes exalte la sagesse pratique : "Le simple croit tout ce qu'on dit, l'homme prudent réfléchit à ses pas" (Proverbes 14:15). Le Siracide recommande : "Ne fais rien sans réflexion, et après avoir agi, tu ne te repentiras pas" (Siracide 32:19).
L'enseignement du Christ
Le Christ lui-même recommande la prudence : "Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes" (Estote ergo prudentes sicut serpentes, Matthieu 10:16). Cette prudence évangélique allie la circonspection du serpent qui évite le danger et la simplicité de la colombe qui va droit à son but. Dans la parabole des vierges, le Seigneur distingue les vierges prudentes (prudentes) qui ont prévu l'huile pour leurs lampes (Matthieu 25:1-13).
Saint Paul et la sagesse divine
Saint Paul invite les Éphésiens à "bien faire attention à leur conduite, en hommes non pas insensés, mais sages" (sapientes, Éphésiens 5:15). Le discernement prudent permet de "comprendre quelle est la volonté du Seigneur" et de racheter le temps. Cette prudence chrétienne se distingue de la "sagesse de ce monde" qui est folie aux yeux de Dieu (1 Corinthiens 3:19).
La doctrine de saint Thomas d'Aquin
La prudence, première des vertus cardinales
Dans la Somme Théologique (IIa-IIae, q. 47-56), saint Thomas consacre dix questions à la prudence, témoignant de son importance centrale. Le Docteur Angélique définit la prudence comme "la droite raison dans l'action" (recta ratio agibilium). Elle est la vertu par excellence de la raison pratique, qui dirige l'intelligence dans le choix des moyens appropriés en vue de la fin bonne.
Les trois actes de la prudence
Saint Thomas distingue trois actes essentiels de la prudence :
Le conseil (consilium) : la délibération qui examine les différentes possibilités d'action. L'homme prudent ne se précipite pas mais pèse soigneusement les circonstances, les moyens et les conséquences prévisibles.
Le jugement (iudicium) : le discernement qui évalue ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce qui convient et ce qui ne convient pas dans une situation concrète. Ce jugement requiert une droiture de l'intelligence et une rectitude de la volonté.
Le commandement (imperium) : l'application effective de ce qui a été délibéré et jugé. C'est l'acte principal de la prudence, car il ordonne concrètement l'action. Sans ce commandement effectif, la délibération et le jugement restent stériles.
Les parties intégrales de la prudence
Saint Thomas énumère huit qualités qui constituent la prudence :
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La mémoire (memoria) des expériences passées qui éclaire les décisions présentes
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La docilité (docilitas) qui accepte humblement les conseils des sages
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La sagacité (solertia) qui devine rapidement ce qu'il convient de faire dans les cas imprévus
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La raison (ratio) qui tire des conclusions des principes connus
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L'intelligence (intellectus) qui saisit intuitivement les principes pratiques
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La providence (providentia) qui ordonne les moyens en vue de la fin
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La circonspection (circumspectio) qui considère toutes les circonstances
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La précaution (cautio) qui évite les obstacles et les dangers
Les espèces de prudence
Saint Thomas distingue plusieurs espèces de prudence selon son objet :
La prudence personnelle (prudentia monastica) qui gouverne la conduite de l'individu vers sa propre fin
La prudence domestique (prudentia oeconomica) qui ordonne le gouvernement de la famille
La prudence politique (prudentia politica) qui dirige le gouvernement de la cité ou de la communauté. Cette dernière se subdivise en prudence regnative (du gouvernant) et prudence politique au sens strict (du citoyen).
La prudence surnaturelle
Don de conseil et vertu de prudence
La théologie spirituelle distingue la vertu de prudence, acquise par l'exercice et perfectionnable par la grâce, et le don de conseil, don du Saint-Esprit qui perfectionne la prudence. Tandis que la prudence ordinaire procède par raisonnement discursif, le don de conseil procède par une sorte d'instinct surnaturel, une connaturalité avec les choses divines. Ce don permet de discerner promptement et sûrement la volonté de Dieu dans les situations complexes.
La prudence de la chair
Saint Thomas met en garde contre une fausse prudence appelée "prudence de la chair" (prudentia carnis). Cette pseudo-prudence consiste à ordonner habilement les moyens, mais en vue d'une fin mauvaise ou au détriment du bien spirituel. Saint Paul affirme : "La sagesse de la chair est mort, tandis que la sagesse de l'esprit est vie et paix" (Romains 8:6). La vraie prudence chrétienne ordonne tout à la fin dernière qui est Dieu.
Prudence et simplicité
La prudence chrétienne ne s'oppose pas à la simplicité mais la suppose. Comme l'enseigne le Christ, il faut être "prudent comme le serpent et simple comme la colombe". La simplicité assure la droiture de l'intention (chercher uniquement Dieu), tandis que la prudence assure la droiture des moyens (choisir ce qui conduit effectivement à Dieu).
Vices opposés à la prudence
Par défaut : l'imprudence
Saint Thomas énumère plusieurs vices qui s'opposent à la prudence par défaut : la précipitation (praecipitatio) qui agit sans délibération suffisante ; l'inconsidération (inconsideratio) qui juge sans examiner toutes les circonstances ; l'inconstance (inconstantia) qui abandonne le bien entrepris ; la négligence (negligentia) qui omet d'appliquer ce qui a été jugé bon.
Par excès : la prudence excessive
On peut aussi pécher par excès de prudence : la pusillanimité qui n'ose jamais agir par crainte excessive du risque ; la fausse prudence (astutia) ou ruse qui emploie des moyens illicites ; la prudence de la chair déjà mentionnée ; la sollicitude excessive (sollicitudo) pour les biens temporels qui distrait des biens éternels.
La prudence dans la vie chrétienne
Prudence et vie morale
La prudence est appelée "aurige des vertus" (auriga virtutum) car elle dirige toutes les vertus morales. Sans prudence, le courage devient témérité ou lâcheté ; la tempérance devient insensibilité ou excès ; la justice devient rigidité ou laxisme. Chaque vertu a besoin de la prudence pour discerner le juste milieu dans les circonstances concrètes.
Discernement spirituel et direction de conscience
Dans la vie spirituelle, la prudence s'exerce particulièrement dans le discernement des esprits et le choix de l'état de vie. Saint Ignace de Loyola, dans ses Exercices Spirituels, propose des règles de discernement pour distinguer les motions de l'Esprit Saint des tentations de l'ennemi. La direction spirituelle auprès d'un guide expérimenté est une manifestation de la docilité, partie intégrale de la prudence.
Prudence et apostolat
Dans l'apostolat, la prudence permet d'adapter le message évangélique aux capacités des auditeurs, comme saint Paul qui se fait "tout à tous pour en sauver quelques-uns" (1 Corinthiens 9:22). Cette prudence pastorale allie la fermeté dans la doctrine et la souplesse dans la méthode, la patience dans les moyens et l'urgence de la charité.
La prudence dans l'enseignement du Magistère
Le Catéchisme de l'Église Catholique
Le Catéchisme (n. 1806) définit ainsi la prudence : "La prudence est la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l'accomplir." Il précise que cette vertu "guide le jugement de conscience" et "conduit les autres vertus en leur indiquant règle et mesure."
Les vertus cardinales dans la vie chrétienne
Le magistère rappelle que les quatre vertus cardinales (prudence, justice, force, tempérance) sont appelées "cardinales" (du latin cardo, "gond") parce que toutes les autres vertus s'articulent autour d'elles. La prudence, première d'entre elles, assure la rectitude de toute la vie morale en ordonnant la raison pratique.
Articles connexes
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sapientia : sagesse
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consilium : conseil, délibération
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iudicium : jugement
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discretio : discernement
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providentia : providence, prévoyance
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iustitia : justice (vertu cardinale)
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fortitudo : force, courage (vertu cardinale)
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temperantia : tempérance (vertu cardinale)
Références
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Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, IIa-IIae, q. 47-56
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Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre VI (sur la phronesis)
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Saint Augustin, De Moribus Ecclesiae Catholicae, I, 15
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Catéchisme de l'Église Catholique, n. 1806, 1835
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Matthieu 10:16 ; 25:1-13 ; Luc 14:28-32
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Proverbes 14:15 ; 19:20 ; Siracide 32:19
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Saint Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, Règles de discernement
Utilisation dans la liturgie
Le latin prudentia peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Références
- Latin classique
- Latin ecclésiastique
- Tradition liturgique
- Étymologie indo-européenne
Ce mot fait partie du glossaire latin complet de l'encyclopédie Tradiland, qui recense les principaux termes latins utilisés dans la tradition chrétienne et classique.