Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 3
Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 3
Introduction
L'extrême-onction, aujourd'hui appelée également sacrement des malades ou onction des infirmes, constitue l'un des sept sacrements de la Nouvelle Loi institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce sacrement est destiné à conférer des grâces spéciales aux fidèles gravement malades ou en danger de mort, fortifiant leur âme contre les tentations suprêmes, effaçant les restes du péché, soulageant leur corps si tel est le dessein de Dieu pour le salut de leur âme, et les préparant à paraître dignement devant le tribunal divin. Le Concile de Trente (Session XIV, 1551) a solennellement défini que l'extrême-onction est un véritable sacrement institué par le Christ et promulgué par saint Jacques l'Apôtre. Ce sacrement manifeste la sollicitude maternelle de l'Église qui accompagne ses enfants jusqu'au seuil de l'éternité.
Institution divine et fondements scripturaires
L'enseignement de saint Jacques
Le fondement scripturaire explicite de ce sacrement se trouve dans l'Épître de saint Jacques (Jc 5, 14-15) : "Quelqu'un parmi vous est-il malade ? Qu'il appelle les prêtres de l'Église et que ceux-ci prient sur lui après l'avoir oint d'huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient et le Seigneur le relèvera ; et s'il a commis des péchés, ils lui seront remis". Ce texte contient tous les éléments essentiels du sacrement : le ministre (les prêtres), la matière (l'huile), la forme (la prière), les effets (salut de l'âme, relèvement du corps, rémission des péchés).
La pratique du Christ et des Apôtres
Notre-Seigneur, durant sa vie terrestre, manifesta une attention particulière aux malades, les guérissant corporellement et spirituellement. Il envoya ses Apôtres avec le pouvoir de guérir les infirmités : "Ils partirent et prêchèrent la pénitence ; ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d'huile à de nombreux malades et les guérissaient" (Mc 6, 12-13). Le Concile de Trente enseigne que le Christ institua ce sacrement et que saint Jacques le promulgua solennellement dans son épître, c'est-à-dire le manifesta officiellement à l'Église.
Définition dogmatique
Le Concile de Trente a défini contre les Protestants que l'extrême-onction est un véritable et propre sacrement institué par le Christ, qu'elle confère la grâce, remet les péchés et soulage les malades. Cette définition établit fermement la nature sacramentelle de l'onction des infirmes contre ceux qui la réduiraient à une simple cérémonie pieuse ou à un charisme extraordinaire des premiers temps de l'Église.
Matière et forme du sacrement
La matière : l'huile d'olive bénite
La matière éloignée de ce sacrement est l'huile d'olive (ou une autre huile végétale en cas de nécessité) bénite par l'évêque le Jeudi Saint lors de la Messe chrismale. Cette huile, appelée "huile des infirmes", est conservée à l'église pour être utilisée par les prêtres. La matière prochaine consiste dans l'onction elle-même appliquée sur le corps du malade. Traditionnellement, les onctions se font sur les cinq sens (yeux, oreilles, narines, bouche, mains) et sur les pieds, symbolisant la purification de tout ce par quoi le chrétien a pu pécher.
La forme sacramentelle
La forme du sacrement consiste dans les paroles prononcées par le prêtre pendant les onctions. Dans le rite romain, la formule est : "Per istam sanctam unctionem et suam piissimam misericordiam, indulgeat tibi Dominus quidquid per visum (auditum, odoratum, gustum, tactum, gressum) deliquisti" (Par cette sainte onction et sa très pieuse miséricorde, que le Seigneur te pardonne tout ce que tu as commis par la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher, la marche). Cette formule exprime clairement l'effet du sacrement : le pardon des péchés et de leurs restes.
L'union de la matière et de la forme
Comme dans tous les sacrements, c'est l'union de la matière (l'onction d'huile) et de la forme (les paroles sacramentelles) qui constitue le signe sacramentel complet produisant la grâce. L'onction seule sans les paroles, ou les paroles sans l'onction, ne constitueraient pas le sacrement. Le prêtre doit avoir l'intention de conférer le sacrement tel que l'Église le confère.
Les effets du sacrement
La grâce sanctifiante
L'extrême-onction confère la grâce sanctifiante ou l'augmente si le malade en possède déjà. Cette grâce fortifie l'âme pour le combat suprême contre les tentations du démon qui redouble ordinairement ses assauts au moment de la mort. Le malade reçoit une force surnaturelle pour accepter chrétiennement ses souffrances, pour résister au découragement, pour demeurer ferme dans la foi et l'espérance.
La rémission des péchés
Le sacrement efface les péchés véniels et les restes du péché (reliquiae peccati), c'est-à-dire les faiblesses, tiédeurs et mauvaises habitudes laissées par le péché. Si le malade se trouve en état de péché mortel mais ne peut se confesser (par inconscience ou impossibilité de parler) et possède au moins une attrition imparfaite, l'extrême-onction remet même les péchés mortels. Cependant, si le malade peut se confesser, il doit le faire avant de recevoir l'extrême-onction, car la confession demeure le moyen ordinaire de la rémission des péchés graves.
La remise de la peine temporelle
L'extrême-onction remet une grande partie de la peine temporelle due aux péchés, disposant ainsi l'âme à entrer plus rapidement au Ciel si elle meurt. Ce sacrement est donc une excellente préparation au Purgatoire ou, si la purification est complète, à l'entrée immédiate dans la gloire. Les théologiens enseignent que l'extrême-onction reçue en parfaites dispositions peut effacer toute la peine temporelle, introduisant l'âme directement au Paradis.
Le soulagement corporel
Lorsque cela convient au salut de l'âme, l'extrême-onction peut procurer le soulagement des souffrances corporelles et même la guérison de la maladie. Ce n'est pas l'effet premier du sacrement, mais un effet secondaire ordonné au bien spirituel. Nombreux sont les cas attestés de malades miraculeusement guéris après avoir reçu ce sacrement. Cependant, cette guérison corporelle n'est accordée que si elle favorise le salut éternel de la personne.
Le ministre du sacrement
Le prêtre seul, ministre ordinaire
Seul un prêtre validement ordonné peut administrer l'extrême-onction. L'évêque et le simple prêtre possèdent également ce pouvoir. Le diacre, même s'il peut baptiser et distribuer la communion, ne peut administrer l'extrême-onction. Cette réserve aux prêtres découle explicitement de l'Épître de saint Jacques qui mentionne "les prêtres de l'Église". Le sacrement conféré par un non-prêtre serait radicalement invalide.
L'obligation du prêtre
Le prêtre ayant charge d'âmes (curé, vicaire) a l'obligation grave d'administrer promptement l'extrême-onction aux malades de sa paroisse qui la demandent ou en ont manifestement besoin. Retarder sans motif sérieux l'administration de ce sacrement serait un péché grave, privant potentiellement une âme des grâces nécessaires au salut. Le prêtre doit se tenir prêt à tout moment, de jour comme de nuit, à porter les derniers sacrements aux mourants.
Le sujet du sacrement
Les fidèles gravement malades
Peut et doit recevoir l'extrême-onction tout fidèle baptisé ayant atteint l'âge de raison et se trouvant en danger de mort par suite de maladie ou de vieillesse. Il n'est pas nécessaire que la mort soit imminente ou certaine ; il suffit qu'il y ait un danger prudent et probable. Un malade gravement atteint, même s'il conserve l'espoir de guérison, peut recevoir validement et licitement ce sacrement.
Les cas particuliers
Les soldats au combat, les condamnés à mort, les femmes en couches difficile peuvent recevoir l'extrême-onction en raison du danger de mort. En revanche, une personne en pleine santé, même sur le point de subir une opération chirurgicale bénigne, ne peut la recevoir validement. Les enfants n'ayant pas atteint l'usage de raison ne peuvent recevoir ce sacrement car il suppose la capacité d'avoir péché personnellement.
La réitération du sacrement
L'extrême-onction peut être réitérée si le malade, après avoir reçu le sacrement et être guéri, retombe malade en danger de mort. Elle peut également être renouvelée au cours de la même maladie si celle-ci se prolonge et que le danger s'aggrave. Contrairement au baptême, à la confirmation et à l'ordre qui impriment un caractère indélébile, l'extrême-onction peut et doit être réadministrée lorsque les conditions se représentent.
Les dispositions requises
L'état de grâce souhaitable
Bien que le sacrement puisse remettre les péchés mortels dans certaines conditions, il est hautement souhaitable que le malade soit en état de grâce. C'est pourquoi l'Église recommande vivement de faire précéder l'extrême-onction de la confession sacramentelle. Le mourant doit recevoir les trois derniers sacrements dans l'ordre : confession, communion (viatique), extrême-onction.
La foi et la dévotion
Le malade doit posséder la foi en la vertu du sacrement et le désir de le recevoir, au moins implicitement. Une parfaite disposition intérieure, jointe à la contrition des péchés et à la conformité à la volonté divine, multipliera les fruits du sacrement. L'entourage du malade doit favoriser un climat de prière et de recueillement, écartant le bruit, les conversations profanes et toute agitation.
Le moment opportun de l'administration
Ne pas attendre l'agonie
Une erreur grave et malheureusement fréquente consiste à attendre que le malade soit inconscient ou agonisant pour appeler le prêtre. L'extrême-onction doit être administrée dès qu'un danger sérieux de mort apparaît, pendant que le malade conserve sa conscience et peut se préparer spirituellement. Attendre le dernier moment prive le malade de la possibilité de recevoir le sacrement en pleine connaissance et ferveur.
L'administration conditionnelle
Si l'on ignore si le malade est encore vivant ou déjà décédé, si l'on doute qu'il possède les dispositions requises, le prêtre administre le sacrement sous condition : "Si tu vis, si tu es capable..." Cette pratique prudente assure que le sacrement est conféré si les conditions sont remplies, sans risque de profanation si elles ne le sont pas.
La préparation aux derniers moments
Le viatique
La communion reçue par le mourant prend le nom de viatique (provision pour le voyage), car elle est la nourriture spirituelle qui fortifie l'âme pour le passage de cette vie à l'éternité. Le viatique doit précéder l'extrême-onction. C'est la dernière fois que le chrétien reçoit son Sauveur sur terre avant de le contempler face à face au Ciel.
Les prières des agonisants
Après l'administration des sacrements, le prêtre récite les prières des agonisants, recommande l'âme à Dieu, gagne pour le mourant les indulgences attachées au crucifix et au scapulaire. L'entourage doit continuer à prier, réciter le chapelet, lire les psaumes, jusqu'au dernier soupir. Ces prières soutiennent le mourant dans son combat suprême et obtiennent pour lui les grâces d'une mort sainte.
Conclusion
L'extrême-onction est le sacrement qui couronne la vie chrétienne et prépare immédiatement à l'entrée dans l'éternité. Par lui, l'Église-Mère accompagne tendrement ses enfants jusqu'au seuil de la mort, les fortifiant pour le grand passage, effaçant les traces du péché, les unissant intimement à la Passion rédemptrice du Christ. Bien comprise et reçue dans les dispositions convenables, l'extrême-onction transforme la mort en naissance à la vie éternelle, le lit du mourant en autel du sacrifice, l'agonie en participation aux souffrances salvifiques du Sauveur. Veiller à recevoir ce sacrement en temps opportun, avec foi et ferveur, c'est s'assurer les secours indispensables pour affronter victorieusement le jugement divin et entrer dans la joie éternelle.
Articles connexes
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Les sacrements en général - Théologie générale des sept sacrements
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La Pénitence - Sacrement du pardon, à recevoir avant l'extrême-onction
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L'Eucharistie - Le viatique, nourriture pour le grand voyage
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La mort chrétienne - Théologie de la mort pour le chrétien
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Le Purgatoire - La purification après la mort
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Le Jugement particulier - Ce qui attend l'âme après la mort
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Les fins dernières - Mort, jugement, enfer, paradis
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La grâce sanctifiante - La vie divine dans l'âme