Introduction
Les subordonnées relatives sont introduites par le pronom relatif qui, quae, quod ("qui, que") qui reprend un antécédent de la principale. Priscien analyse la syntaxe des relatives : le relatif s'accorde en genre et nombre avec son antécédent, mais prend le cas exigé par sa fonction dans la relative (vir quem video, l'homme que je vois : quem est accusatif car COD de video). Les relatives peuvent être déterminatives (restrictives) ou explicatives (appositives). Avec subjonctif, la relative exprime but, conséquence, ou cause.
Définition et formation du pronom relatif
Nature et accord du pronom qui, quae, quod
Le pronom relatif qui, quae, quod est l'un des éléments fondamentaux de la syntaxe latine. Comme l'enseigne Priscien, ce pronom introduit une proposition subordonnée qui élargit ou précise un nom de la principale (appelé antécédent). La particularité essentielle du relatif réside dans son double accord :
- En genre et nombre : le relatif s'accorde toujours avec son antécédent
- En cas : le relatif prend le cas exigé par sa fonction dans la subordonnée relative elle-même
Par exemple : Vir quem video est sapiens (L'homme que je vois est sage). Ici, l'antécédent vir est au nominatif (sujet de la principale), mais le relatif quem est à l'accusatif car il est complément d'objet direct de video dans la relative.
Déclinaison du pronom relatif
Le pronom relatif suit la déclinaison thématique en trois genres :
| Singulier | Pluriel | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| Cas | Masculin | Féminin | Neutre | Masculin | Féminin |
| Nominatif | qui | quae | quod | qui | quae |
| Accusatif | quem | quam | quod | quos | quas |
| Génitif | cuius | cuius | cuius | quorum | quarum |
| Datif | cui | cui | cui | quibus | quibus |
| Ablatif | quo | qua | quo | quibus | quibus |
Fonctions et emplois du pronom relatif
Relatives déterminatives (restrictives)
Les relatives déterminatives limitent ou restreignent l'extension de l'antécédent. Elles sont essentielles au sens de la phrase et ne peuvent être supprimées sans changer le sens global. Exemples :
Filii qui studium habent praeceptores honorem meruerunt (Les fils qui ont le goût d'étudier ont mérité l'honneur des maîtres). La relative qui studium habent identifie un groupe particulier de fils, non tous les fils.
Urbs quam visitamus est Roma (La ville que nous visitons est Rome). Le relatif au nominatif introduce une action directe qui caracatérise la ville en question.
Relatives explicatives (appositives)
Les relatives explicatives ajoutent une information supplémentaire sur un antécédent déjà complètement déterminé. Elles sont généralement séparées par des virgules et peuvent être supprimées sans altérer le sens essentiel. Exemples :
Cicero, qui orator erat excellens, philosophiam valde amabat (Cicéron, qui était un orateur excellent, aimait beaucoup la philosophie). L'information sur Cicéron est complète avant la relative ; celle-ci ajoute simplement une précision.
Philosophia, quam Plato docuit, veritatem quaerebat (La philosophie, que Platon enseigna, cherchait la vérité).
L'attraction du relatif
Un phénomène grammatical important est l'attraction du relatif : parfois le relatif prend le cas de son antécédent plutôt que le cas exigé par sa fonction dans la relative. Cela se rencontre particulièrement lorsque l'antécédent est au génitif ou au datif. Exemple :
Tempus quo vixi au lieu de la forme attendue tempus quod vixi (le temps que j'ai vécu). Ici quo (ablatif) est attiré par l'antécédent tempus, dont le contexte implique une mesure.
Les relatives au subjonctif
Relatives causales et finales
Avec le subjonctif, la relative n'est plus simple description mais elle exprime une relation modale avec la principale. Les trois emplois principaux sont :
Relatives causales : la relative exprime la raison, la cause de la principale.
Socrates, qui iniustus condemnatus esset, mortem fortiter suscepit (Socrate, qui avait été injustement condamné, accepta courageusement la mort). Le subjonctif condemnatus esset explique pourquoi il accepta la mort.
Magistrum, qui id sciret, consulebamus (Nous consultions le maître, parce qu'il le sait). Le subjonctif sciret indique la raison de la consultation.
Relatives finales : la relative exprime le but, la finalité.
Deus animalia ita condidit, quae homini servirent (Dieu forma les animaux de telle sorte qu'ils serviraient l'homme). Le subjonctif servirent exprime le but de la création.
Relatives consécutives : la relative exprime une conséquence du verbe principal.
Tanta erat eius sapientia, ut nemo eam impugnaret (Sa sagesse était si grande que personne ne la contredisait). Le subjonctif marque la conséquence logique de la grandeur de la sagesse.
Concordance des temps dans les relatives
Selon la concordance des temps, le mode et le temps du relatif dépendent du contexte :
- Indicatif présent ou parfait si la relative est une simple description
- Subjonctif imparfait si la principale est au passé (et que la relative est causale, finale, etc.)
- Subjonctif présent si la principale est au présent
Qui amicos iuvat, amicos merentur (Celui qui aide ses amis, mérite d'avoir des amis) - indicatif présent.
Qui amicos iuvaret, amicos meritus esset (Celui qui aiderait ses amis, mériterait d'avoir des amis) - subjonctif imparfait.
Antécédent et reprises du relatif
Antécédent explicite et implicite
Généralement, le relatif a un antécédent explicite (vir qui video - l'homme que je vois). Cependant, l'antécédent peut être implicite ou contenu dans le contexte plus large. Dans les sentences morales ou sapientielles, le relatif seul peut suffir :
Qui bene vivit, bene moritur (Celui qui vit bien, meurt bien). Ici qui n'a pas d'antécédent nominal explicite ; il signifie "celui qui" ou "quiconque".
Reprises et redondances
Parfois, l'antécédent est repris par un pronom personnel pour plus de clarté :
Vir ille, quem vidi, eum cognovi (Cet homme que j'ai vu, je le connais). Le datif eum reprend l'antécédent.
Applications pédagogiques dans la tradition
Dans la formation classique et médiévale, la maîtrise des subordonnées relatives était essentielle pour :
- La lecture des textes classiques : Cicéron, Virgile et Tite-Live emploient abondamment les relatives pour construire des périodes élégantes et complexes
- L'exercice rhétorique : savoir enrichir une phrase simple en y intégrant des relatives permettait d'acquérir l'élégance stylistique
- La composition latine : écrire correctement impliquait la maîtrise parfaite de l'accord des relatifs et de la concordance des temps
Comme l'enseignait Priscien dans ses Institutiones, cette grammaire n'était pas un but en soi, mais un moyen de former l'esprit à la précision logique et au respect de l'ordre des choses (ordo rerum).
Contexte historique
Cette notion trouve ses racines dans la tradition classique où les arts libéraux constituaient l'éducation de l'homme libre. Le trivium (grammaire, logique, rhétorique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie) formaient un cursus complet visant à la formation intégrale de l'esprit.
Signification et portée
Dans le cadre de la tradition patristique et médiévale, cet enseignement revêt une importance particulière. Les Pères de l'Église et les docteurs médiévaux ont su intégrer la sagesse antique dans une vision chrétienne de l'éducation. La capacité à lire et produire des relatives latines correctes était considérée comme un signe d'éducation et de culture intellectuelle.
Place dans le cursus
Ce point s'inscrit dans Section 2 : LE TRIVIUM – LES ARTS DU LANGAGE, et plus précisément dans la partie concernant A. LA GRAMMAIRE : Fondement de la pensée.
Lien avec la tradition
Les arts libéraux ne sont pas de simples disciplines académiques, mais une voie (via) vers la sagesse. Comme l'écrit Hugues de Saint-Victor dans son Didascalicon, ils restaurent en nous l'image divine obscurcie par le péché.
Références traditionnelles
- Platon, République (pour la philosophie de l'éducation)
- Aristote, Organon (pour la logique)
- Cicéron, De Oratore (pour la rhétorique)
- Boèce, Consolation de la Philosophie
- Martianus Capella, Les Noces de Philologie et Mercure
- Cassiodore, Institutiones
- Isidore de Séville, Étymologies
- Alcuin et la renaissance carolingienne
- Hugues de Saint-Victor, Didascalicon
- Jean de Salisbury, Metalogicon
- Thomas d'Aquin, Somme Théologique
Articles connexes
- Syntaxe
- Nominatif
- Accusatif
- Subjonctif
- Concordance des temps
- Priscien : Institutiones Grammaticae
- Apollonius Dyscole : Syntaxe grecque
Pour aller plus loin
- Glossaire Latin - Termes latins essentiels
- Le Latin Chrétien - Langue de la Tradition
- Les Arts Libéraux - Vue d'ensemble complète
Ce point fait partie du manuel complet "Les Arts Libéraux Classiques : Tradition Antique et Médiévale" qui présente les 362 points essentiels de la tradition éducative occidentale.