L'usage du mariage désigne l'ensemble des actes propres à l'union conjugale, ordonnés par Dieu lui-même à des fins précises et sacrées. Dans une époque marquée par la confusion morale généralisée et la séparation artificielle entre la sexualité et ses finalités naturelles, l'enseignement catholique traditionnel sur la moralité des relations conjugales apparaît comme un phare de sagesse et de vérité. Loin d'être une série d'interdits arbitraires, cette doctrine révèle le plan divin sur l'amour humain et protège la dignité authentique de l'acte conjugal contre toute instrumentalisation ou perversion.
Les fins du mariage selon l'ordre divin
La procréation : fin première et essentielle
La fin première du mariage, inscrite dans la nature même de l'union conjugale, est la procréation et l'éducation des enfants. Dieu créa l'homme et la femme en leur disant : "Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre" (Genèse 1, 28). Cette finalité procréatrice n'est pas une simple possibilité facultative, mais la raison d'être objective de la sexualité humaine. L'acte conjugal possède de par sa structure même une ordination intrinsèque à la transmission de la vie. Toute séparation volontaire et artificielle entre l'union des époux et l'ouverture à la vie constitue une violation de l'ordre naturel établi par le Créateur.
Saint Augustin, docteur de l'Église, enseigne que le bien de la progéniture (bonum prolis) est le premier des trois biens du mariage. Cette primauté n'implique nullement un mépris des autres dimensions de l'union conjugale, mais reconnaît la hiérarchie objective inscrite dans la nature. Les époux qui, par égoïsme ou matérialisme, refuseraient systématiquement cette finalité procréatrice, pervertiraient l'essence même du mariage et commettraient un péché grave contre la loi divine et naturelle.
Le remède à la concupiscence
La seconde fin du mariage consiste à servir de remède à la concupiscence, cette inclination désordonnée héritée du péché originel qui pousse l'homme vers la satisfaction déréglée du plaisir charnel. Saint Paul l'enseigne explicitement : "Pour éviter l'impureté, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari" (1 Corinthiens 7, 2). Le mariage offre un cadre légitime et sanctifié pour l'expression de la sexualité, canalisant ainsi vers le bien une énergie qui, laissée à elle-même, entraînerait la personne vers le désordre moral.
Cette dimension du mariage ne signifie pas que l'union conjugale soit en elle-même entachée de péché - erreur manichéenne que l'Église a toujours condamnée. Au contraire, l'acte conjugal accompli selon l'ordre voulu par Dieu est bon et méritoire. Mais il remplit effectivement cette fonction d'apaisement des ardeurs de la concupiscence, permettant aux époux de vivre dans la chasteté propre à leur état sans être exposés aux tentations de la fornication ou de l'adultère.
L'amour mutuel et le bien des époux
La troisième fin du mariage réside dans l'amour mutuel des époux et leur bien réciproque. Cette dimension, que la théologie moderne a parfois voulu placer au premier rang en renversant la hiérarchie traditionnelle, possède néanmoins une importance réelle et authentique. L'union conjugale scelle l'alliance de deux personnes qui se donnent totalement l'une à l'autre dans une communion de vie et d'amour. L'acte conjugal exprime et renforce ce don mutuel, cette "une seule chair" dont parle l'Écriture.
Toutefois, cette fin unitaire ne peut jamais être séparée de la finalité procréatrice sans altérer gravement la nature de l'acte conjugal. L'amour authentique est essentiellement fécond ; il ne se replie pas sur lui-même mais s'ouvre naturellement au fruit de l'union. Un prétendu "amour" qui exclurait systématiquement la procréation ne serait qu'égoïsme à deux, caricature de la véritable charité conjugale.
L'ordination morale des actes conjugaux
L'acte conjugal naturel et complet
Pour être moralement licite, l'acte conjugal doit respecter la structure naturelle voulue par Dieu. Il doit être accompli de manière naturelle, dans les conditions permettant la génération. Toute pratique qui pervertirait la nature de l'acte - en le détournant de sa finalité procréatrice ou en le dénaturant dans son accomplissement - constitue un péché grave contre la chasteté conjugale et le sixième commandement.
Les théologiens moralistes traditionnels enseignent unanimement que l'acte doit être consommé de façon à permettre la fécondation, respectant ainsi l'intégrité du processus créé par Dieu. Les pratiques contraires à la nature, même entre époux légitimes, demeurent intrinsèquement désordonnées et gravement pécheresses. La légitimité du mariage ne transforme pas en actes vertueux ce qui est objectivement contraire à la loi naturelle.
L'exclusion de la contraception artificielle
La contraception artificielle - qu'elle soit mécanique, chimique ou chirurgicale - constitue une violation grave de l'ordre moral. En séparant délibérément l'acte conjugal de sa finalité procréatrice, elle falsifie le langage du corps et transforme le don total des époux en don partiel et conditionnel. L'encyclique Humanae Vitae du Pape Paul VI a réaffirmé avec autorité cette doctrine constante de l'Église, enseignant que "tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie."
La contraception manifeste une mentalité contraceptive qui refuse le don de la vie, considérant les enfants comme un fardeau plutôt que comme une bénédiction. Elle ouvre la porte à de multiples désordres moraux : banalisation de la sexualité, objectification du conjoint, diminution du respect mutuel, augmentation des divorces. Les sociétés qui ont massivement adopté la contraception en récoltent aujourd'hui les fruits amers : effondrement démographique, dissolution de la famille, dégradation générale des mœurs.
La chasteté conjugale : vertu nécessaire
La chasteté n'est pas réservée aux célibataires et aux religieux. Les époux sont appelés à vivre la chasteté selon leur état, c'est-à-dire à ordonner leur vie sexuelle selon la raison éclairée par la foi. Cette chasteté conjugale implique la maîtrise de soi, le respect mutuel, la tempérance dans l'usage même légitime du mariage. Elle exclut tout ce qui réduirait le conjoint à un objet de plaisir ou qui détournerait l'acte conjugal de sa signification authentique.
Les époux chastes savent s'abstenir périodiquement de l'usage du mariage pour des motifs spirituels - temps de prière intense, préparation aux grandes fêtes liturgiques, après un accouchement. Saint Paul recommande cette continence temporaire "d'un commun accord, pour vaquer à la prière" (1 Corinthiens 7, 5). Cette discipline volontaire fortifie la vertu, élève l'amour au-dessus de la simple passion, et maintient la primauté de l'esprit sur la chair.
Le respect mutuel des époux
L'égale dignité des conjoints
Bien que la structure hiérarchique de la famille assigne à l'époux le rôle de chef et à l'épouse celui de compagne soumise, cette différence de fonction ne crée aucune inégalité de dignité. Dans l'usage du mariage, les deux époux possèdent des droits égaux et des devoirs réciproques. Aucun ne peut imposer à l'autre des pratiques contraires à la loi morale, et chacun doit tenir compte des sentiments, de la santé et des dispositions légitimes de l'autre.
L'enseignement catholique condamne fermement toute violence conjugale, toute brutalité dans les relations intimes, toute contrainte exercée sur le conjoint. L'amour véritable est patient, doux, respectueux. Il cherche le bien de l'autre et non sa propre satisfaction égoïste. L'époux qui userait de son autorité pour exiger de son épouse des actes dégradants ou immoraux abuserait gravement de sa position et pécherait contre la justice et la charité.
Le devoir conjugal et ses modalités
Les époux se doivent mutuellement ce qu'on appelle le devoir conjugal, c'est-à-dire l'usage raisonnable du mariage. Lorsqu'un conjoint le demande légitimement, l'autre est normalement tenu de l'accorder, car en se mariant, chacun a donné à l'autre un droit permanent sur son corps pour les actes propres au mariage. Saint Paul l'exprime clairement : "Le mari doit rendre à sa femme ce qu'il lui doit, et pareillement la femme à son mari" (1 Corinthiens 7, 3).
Toutefois, ce devoir n'est pas absolu et comporte des exceptions légitimes. On peut refuser le devoir conjugal en cas de danger sérieux pour la santé, d'état de péché mortel non encore confessé, d'adultère manifeste du conjoint, ou pour d'autres motifs graves et proportionnés. La prudence et la charité doivent guider les époux dans l'exercice de leurs droits mutuels, évitant tant l'égoïsme du refus injustifié que l'intempérance des demandes excessives.
La délicatesse et la pudeur conjugales
Même dans l'intimité du mariage, la pudeur conserve ses droits. Les époux chrétiens évitent tout ce qui pourrait avilir la dignité de leur union ou transformer l'acte conjugal en simple assouvissement d'un appétit bestial. Une certaine réserve, même entre époux, témoigne du respect mutuel et de la reconnaissance du caractère sacré de l'union conjugale. L'Église a toujours enseigné que la manière d'accomplir les actes conjugaux ne doit jamais descendre au niveau de ce qui serait indigne de créatures raisonnables faites à l'image de Dieu.
Cette délicatesse s'oppose à la grossièreté moderne qui banalise la sexualité et la réduit à une fonction purement animale. Elle s'oppose également à la pornographie, poison mortel qui détruit l'imagination, corrompt le cœur et rend impossible l'amour authentique. Les époux qui s'exposeraient à de tels contenus immoraux commettraient une grave offense contre la chasteté conjugale et empoisonneraient leur propre union.
Conclusion : la grandeur de la vocation conjugale
L'enseignement catholique sur l'usage du mariage, loin d'être une série de restrictions arbitraires, révèle la grandeur incomparable de la vocation conjugale. En ordonnant l'union des époux à la procréation, Dieu les associe à son œuvre créatrice, faisant d'eux les coopérateurs de sa puissance génératrice. En sanctifiant leur amour mutuel, Il élève leur union naturelle à la dignité de sacrement, signe efficace de l'union du Christ et de l'Église.
Les époux qui vivent fidèlement ces enseignements traditionnels découvrent une joie et une plénitude que le monde ne peut donner. Leur amour, purifié par la chasteté et fécondé par la grâce, devient participation à l'amour même de Dieu, source de toute vie et de toute sainteté. C'est dans cette fidélité généreuse à la loi divine que réside le véritable bonheur conjugal, préfiguration et anticipation de la béatitude éternelle où les époux, ayant achevé leur pèlerinage terrestre, connaîtront l'union parfaite et définitive avec Dieu dans la vision béatifique.
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