Summa Theologiae, Tertia Pars, Q. 63
Présentation
Cette question traite de : Du nombre des sacrements
Saint Thomas d'Aquin démontre dans cette question que l'Église possède exactement sept sacrements, ni plus ni moins. Ce nombre n'est pas arbitraire mais correspond à la perfection de l'économie sacramentelle instituée par le Christ pour sanctifier l'homme tout au long de sa vie spirituelle.
Le nombre septénaire des sacrements
Principe de convenance
Le nombre sept des sacrements correspond parfaitement aux besoins de la vie spirituelle de l'homme. De même que la vie corporelle connaît plusieurs étapes nécessaires à son développement et à sa conservation, la vie spirituelle requiert des moyens adaptés à chaque moment de son épanouissement. Cette analogie avec la vie naturelle révèle la sagesse divine dans l'institution des sacrements.
Analogie avec la vie naturelle
Saint Thomas établit une correspondance entre les sacrements et les besoins de la vie naturelle. Le baptême correspond à la naissance, la confirmation à la croissance et au renforcement, l'eucharistie à la nourriture quotidienne. La pénitence répond au besoin de guérison des maladies spirituelles, l'extrême-onction prépare au passage vers la vie éternelle. Les deux derniers sacrements, l'ordre et le mariage, concernent la vie sociale et la propagation du peuple de Dieu.
Perfection du nombre sept
Le nombre sept symbolise la plénitude et la perfection dans l'Écriture Sainte. Les sept sacrements manifestent ainsi la plénitude des grâces que le Christ a méritées pour son Église. Aucun besoin spirituel essentiel n'est laissé sans remède sacramentel, et aucun sacrement n'est superflu dans cette économie divine.
Les sept sacrements et leur raison d'être
Baptême - La nouvelle naissance
Le baptême est le sacrement de la régénération spirituelle qui incorpore le chrétien au Christ et à son Corps mystique qu'est l'Église. Il efface le péché originel et tous les péchés personnels, imprime le caractère baptismal indélébile et ouvre l'accès aux autres sacrements. Sans le baptême, l'homme ne peut entrer dans la vie de la grâce.
Confirmation - La maturité spirituelle
La confirmation perfectionne la grâce baptismale et donne la force de l'Esprit Saint pour confesser la foi au milieu des épreuves. Elle imprime également un caractère sacramentel et fait du chrétien un soldat du Christ, prêt à défendre et propager la foi. Ce sacrement correspond à l'âge de la maturité dans la vie spirituelle.
Eucharistie - L'aliment spirituel
L'Eucharistie est le sacrement par excellence, sommet et source de toute la vie chrétienne. Elle contient réellement, véritablement et substantiellement le Corps, le Sang, l'Âme et la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Elle nourrit l'âme de la vie divine et unit intimement le fidèle au Christ et à toute l'Église. Ce sacrement peut être reçu fréquemment, contrairement aux autres.
Pénitence - La guérison spirituelle
Le sacrement de pénitence guérit les plaies du péché commis après le baptême. Par l'absolution sacramentelle donnée par le prêtre, Dieu pardonne les péchés du pénitent contrit et confessé. Ce sacrement est le remède ordinaire pour les maladies spirituelles qui affligent l'âme au cours de son pèlerinage terrestre.
Extrême-onction - La préparation au passage
L'extrême-onction ou sacrement des malades fortifie l'âme du chrétien gravement malade et le prépare au passage vers la vie éternelle. Elle efface les restes du péché et, si Dieu le veut, contribue même au rétablissement de la santé corporelle. Ce sacrement achève l'œuvre de sanctification commencée au baptême.
Ordre - Le sacerdoce ministériel
Le sacrement de l'ordre consacre certains hommes au service du peuple de Dieu. Il imprime un caractère sacramentel indélébile et confère le pouvoir spirituel d'agir in persona Christi dans l'administration des sacrements. L'ordre assure ainsi la perpétuation du sacerdoce du Christ dans son Église et la transmission de la grâce aux fidèles.
Mariage - La sanctification du foyer
Le mariage chrétien élève l'union naturelle de l'homme et de la femme à la dignité de sacrement. Il sanctifie les époux, leur donne la grâce d'accomplir leurs devoirs mutuels et d'élever chrétiennement leurs enfants. Par ce sacrement, la famille devient une église domestique où se transmet et s'épanouit la vie divine.
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra, notamment ceux qui voudraient un nombre différent de sacrements
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue, tirés de l'autorité de l'Église et de la raison théologique
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas démontrant la convenance du nombre septénaire
- Responsiones : Réfutations des objections montrant pourquoi il ne peut y avoir ni plus ni moins de sept sacrements
Nécessité et suffisance
Nécessité des sept sacrements
Chaque sacrement répond à un besoin réel et distinct de la vie spirituelle. Il n'y a pas de redondance dans l'économie sacramentelle. La suppression d'un seul sacrement laisserait un vide dans la sanctification intégrale de l'homme et de la société chrétienne. Les trois premiers sacrements (baptême, confirmation, eucharistie) sont nécessaires à tout chrétien pour parvenir à la perfection personnelle.
Suffisance du nombre septénaire
À l'inverse, aucun besoin spirituel essentiel ne demeure sans sacrement correspondant. Les sept sacrements couvrent toutes les dimensions de la vie chrétienne : naissance, croissance, nourriture, guérison, préparation à la mort, gouvernement spirituel et sanctification de la vie familiale. Ce nombre est donc à la fois nécessaire et suffisant pour la perfection de la vie surnaturelle.
Distinction d'avec les sacramentaux
Nature différente
Il convient de distinguer les sept sacrements institués par le Christ des sacramentaux institués par l'Église. Les sacrements confèrent la grâce ex opere operato, c'est-à-dire par la vertu propre du rite sacramentel accompli validement. Les sacramentaux, bien que précieux, ne confèrent la grâce que ex opere operantis, en fonction des dispositions de celui qui les reçoit ou les administre.
Complémentarité
Les sacramentaux ne sont pas des sacrements supplémentaires mais des moyens complémentaires de sanctification qui préparent à recevoir les sacrements ou qui prolongent leurs effets dans la vie quotidienne. Leur nombre peut varier selon les décisions de l'autorité ecclésiastique, tandis que le nombre des sacrements est fixé définitivement par l'institution divine.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Troisième Partie de la Somme Théologique, qui traite de l'Incarnation, des sacrements et des dernières fins. Elle fait suite à l'étude de la nécessité et de la nature des sacrements en général, et précède l'examen détaillé de chaque sacrement en particulier. La compréhension du nombre septénaire est fondamentale pour saisir l'harmonie de l'économie sacramentelle voulue par le Christ.
Articles connexes
- Les sacrements en général
- Q. 61 - De la nécessité des sacrements
- Q. 62 - Des effets des sacrements
- Q. 60 - Des sacrements considérés en eux-mêmes
- Les sacrements - Étude complète
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Tertia Pars, Question 63
Q. 63 - Du nombre des sacrements
Du nombre des sacrements - Question 63 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Introduction
Du nombre des sacrements - Question 63 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Cet article est mentionné dans
- Les Sacrements mentionne ce concept
- Catéchisme du Concile de Trente mentionne ce concept
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- TOME III : LES MOYENS DE SANCTIFICATION (Les Sacrements) mentionne ce concept
- La Confession, la Satisfaction et l'Extrême-Onction mentionne ce concept
- Q. 59 - Des sacrements en général mentionne ce concept
- Les Sacrements mentionne ce concept
- Approfondir les sacrements dans leur cadre liturgique mentionne ce concept
- Découvrir l'Arithmétique comme science de l'ordre numérique mentionne ce concept
- Q. 60 - Des sacrements considérés en eux-mêmes mentionne ce concept