Summa Theologiae, Tertia Pars, Q. 22
Présentation
Cette question traite de : Du sacerdoce du Christ
Le sacerdoce du Christ est au cœur de son œuvre rédemptrice. Saint Thomas examine ici comment le Christ, vrai Dieu et vrai homme, exerce la fonction sacerdotale par excellence : celle de médiateur entre Dieu et les hommes, offrant le sacrifice parfait qui réconcilie l'humanité avec son Créateur. Ce sacerdoce unique du Christ est le fondement et la source de tout sacerdoce dans l'Église.
Nature du sacerdoce du Christ
La définition du sacerdoce
Le sacerdoce, dans son sens le plus général, désigne l'office de celui qui est constitué médiateur entre Dieu et le peuple, ayant pour fonction d'offrir à Dieu les dons et les sacrifices pour les péchés. Saint Paul le définit ainsi : "Tout grand prêtre, pris d'entre les hommes, est établi pour les hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d'offrir des dons et des sacrifices pour les péchés" (He 5, 1).
Le Christ, prêtre véritable
Saint Thomas démontre que le Christ est véritablement prêtre selon cette définition. En tant qu'homme, il peut représenter l'humanité ; en tant que Dieu, il peut offrir un sacrifice d'une valeur infinie capable de satisfaire pleinement pour tous les péchés du monde. Il est à la fois le prêtre qui offre et la victime offerte.
Le sacerdoce selon l'humanité
Le sacerdoce appartient au Christ selon sa nature humaine, car c'est en tant qu'homme qu'il peut s'offrir lui-même en sacrifice. La nature divine ne peut ni souffrir ni mourir ; c'est donc l'humanité du Christ qui rend possible le sacrifice rédempteur.
La dignité unique du sacerdoce du Christ
Cependant, ce sacerdoce tire sa dignité infinie de l'union hypostatique. Bien que l'acte sacerdotal soit posé par la nature humaine du Christ, il est l'acte d'une Personne divine. C'est Dieu lui-même qui s'offre dans la chair humaine qu'il a assumée.
Le Christ et le sacerdoce de l'Ancienne Loi
Le sacerdoce lévitique comme figure
Saint Thomas montre que le sacerdoce de l'Ancienne Alliance, institué par Dieu dans la tribu de Lévi, était une figure et une préparation du sacerdoce du Christ. Les sacrifices d'animaux, répétés indéfiniment, ne pouvaient effacer les péchés ; ils annonçaient le sacrifice unique et parfait du Christ.
Les limites du sacerdoce ancien
L'épître aux Hébreux souligne les imperfections du sacerdoce lévitique : les prêtres étaient eux-mêmes pécheurs, devaient offrir des sacrifices pour leurs propres péchés, et mouraient sans pouvoir exercer perpétuellement leur office. Les sacrifices d'animaux n'avaient qu'une valeur symbolique et ne pouvaient sanctifier intérieurement.
Le sacerdoce selon l'ordre de Melchisédech
Le Christ n'est pas prêtre selon l'ordre d'Aaron, mais selon l'ordre de Melchisédech (Ps 109, 4 ; He 7). Melchisédech, roi et prêtre mystérieux qui offrit du pain et du vin, préfigurait le Christ, roi éternel et prêtre suprême, dont le sacrifice se perpétue dans l'Eucharistie sous les espèces du pain et du vin.
La supériorité du sacerdoce du Christ
Le sacerdoce du Christ selon l'ordre de Melchisédech surpasse infiniment le sacerdoce lévitique. Il est éternel, non pas au sens d'une succession de prêtres, mais parce que le Christ, ressuscité et glorieux, vit éternellement pour intercéder en notre faveur (He 7, 25). Son sacrifice, offert une fois pour toutes, a une efficacité permanente.
Le sacrifice du Christ
L'offrande parfaite
Le sacrifice du Christ sur la Croix est l'acte sacerdotal par excellence. Il y offre à Dieu son Père le don le plus précieux qui puisse être offert : lui-même, victime immaculée d'une dignité infinie. Ce sacrifice accomplit parfaitement les quatre fins de tout sacrifice.
L'adoration et la glorification
Par son sacrifice, le Christ rend à Dieu un honneur et une gloire infinis, reconnaissant son souverain domaine sur toute créature. C'est l'acte d'adoration le plus parfait qui puisse être offert.
L'action de grâces
Le Christ offre à Dieu une action de grâces proportionnée à tous les bienfaits reçus par l'humanité. Par son sacrifice, il remercie le Père au nom de toute l'humanité pour la création, la conservation et tous les dons divins.
La propitiation
Le sacrifice du Christ est essentiellement propitiatoire : il satisfait pleinement pour tous les péchés de l'humanité. Sa mort expie nos fautes et apaise la justice divine, nous réconciliant avec Dieu.
L'impétration
Enfin, le sacrifice du Christ obtient pour nous toutes les grâces nécessaires au salut. Par sa Passion et sa mort, il nous mérite la grâce sanctifiante, les vertus, les dons du Saint-Esprit, et finalement la gloire éternelle.
L'unique sacrifice
Saint Thomas insiste sur le fait que le Christ n'a offert qu'un seul sacrifice, une fois pour toutes (He 10, 10). À la différence des sacrifices de l'Ancienne Loi qui devaient être répétés continuellement, le sacrifice du Christ, d'une valeur infinie, n'a besoin d'aucune répétition. Il suffit à racheter tous les hommes de tous les temps.
Le sacerdoce du Christ et le sacerdoce ministériel
La participation au sacerdoce du Christ
Le sacerdoce ministériel de l'Église n'est pas un sacerdoce différent de celui du Christ, mais une participation à son unique sacerdoce. Les prêtres ordonnés agissent in persona Christi, en la personne du Christ, rendant présent son unique sacrifice dans la célébration eucharistique.
Le caractère sacramentel
Par le sacrement de l'Ordre, les prêtres reçoivent un caractère spirituel indélébile qui les configure au Christ prêtre et leur donne le pouvoir de consacrer l'Eucharistie et d'offrir le sacrifice de la Messe.
L'unique médiateur
Le Christ demeure l'unique médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tm 2, 5). Les prêtres ne sont pas des médiateurs indépendants, mais des instruments par lesquels le Christ continue d'exercer son sacerdoce dans l'Église.
La Messe, actualisation du sacrifice du Christ
Dans la Sainte Messe, le sacrifice du Christ sur la Croix est rendu présent de manière non sanglante. Ce n'est pas un nouveau sacrifice, mais la même offrande, accomplie une fois pour toutes au Calvaire, qui se rend présente sur l'autel. Le prêtre ordonne au nom du Christ : "Ceci est mon corps... ceci est mon sang", et le sacrifice rédempteur s'actualise sacramentellement.
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
Les articles de la question
Cette question comprend plusieurs articles qui examinent différents aspects du sacerdoce du Christ :
- Le Christ est-il prêtre?
- Le Christ est-il prêtre selon sa nature divine ou selon sa nature humaine?
- Le sacerdoce du Christ a-t-il été préfiguré?
- L'effet du sacerdoce du Christ concerne-t-il seulement les hommes ou aussi les anges?
La méthode argumentative
Pour chaque article :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra, souvent tirés de considérations philosophiques ou de passages scripturaires mal compris
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue, généralement fondés sur l'Écriture Sainte ou la Tradition
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas, qui établit la doctrine avec rigueur théologique
- Responsiones : Réfutations des objections initiales à la lumière de la vérité établie dans le corpus
Implications spirituelles
Notre participation au sacerdoce du Christ
Tous les baptisés participent au sacerdoce du Christ, non pas au sacerdoce ministériel réservé aux ordonnés, mais au sacerdoce commun des fidèles. Par le baptême, nous sommes configurés au Christ prêtre, prophète et roi, et nous sommes appelés à offrir nos vies comme un sacrifice spirituel agréable à Dieu (Rm 12, 1).
L'offrande de nous-mêmes
La participation au sacerdoce du Christ signifie que nous devons unir nos vies, nos joies, nos souffrances et nos épreuves au sacrifice du Christ. Chaque action, sanctifiée par la grâce, devient une offrande spirituelle qui prolonge le sacrifice du Calvaire.
L'union au Christ dans l'Eucharistie
C'est particulièrement dans la participation à la Messe et la communion eucharistique que nous nous unissons au sacrifice du Christ. En recevant son Corps et son Sang, nous devenons un avec lui et participons intimement à son offrande au Père.
Le Christ, notre avocat
Le sacerdoce du Christ ne s'est pas achevé avec sa mort et sa résurrection. Désormais glorieux à la droite du Père, il continue d'exercer son office sacerdotal en intercédant pour nous. "Il vit toujours pour intercéder" en notre faveur (He 7, 25), présentant au Père les mérites de sa Passion et obtenant pour nous les grâces nécessaires.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Troisième Partie de la Somme Théologique, qui traite de l'Incarnation, des sacrements et des dernières fins. Elle est intimement liée aux questions sur la médiation du Christ et sur les effets de sa Passion.
Lien avec la médiation du Christ
Le sacerdoce est essentiellement une fonction de médiation. La Question 26 développe comment le Christ est médiateur entre Dieu et les hommes, fonction qui s'accomplit suprêmement dans son office sacerdotal.
Lien avec la Passion du Christ
Les Questions 44-49 traitent de la Passion du Christ, qui est l'acte sacrificiel suprême de son sacerdoce. C'est dans la Passion que le Christ exerce pleinement son office de prêtre et de victime.
Lien avec l'Eucharistie
Le sacerdoce du Christ se perpétue dans le sacrement de l'Eucharistie, que Saint Thomas traite dans les Questions 73-83. La Messe est l'actualisation sacramentelle de l'unique sacrifice sacerdotal du Christ.
Articles connexes
Pour approfondir votre compréhension du sacerdoce du Christ, consultez ces articles complémentaires :
- Du Christ médiateur - Question 26 qui traite de la médiation du Christ entre Dieu et les hommes
- Du sacrifice - Question 85 (Secunda Secundae) sur la nature et les fins du sacrifice
- De la grâce du Christ en tant que tête de l'Église - Question 8 sur le Christ comme chef mystique de l'Église
- Le sacrifice de la Messe - Enseignement doctrinal sur le Saint Sacrifice
- Sacerdoce : don et service - Réflexion sur la nature du sacerdoce
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Tertia Pars, Question 22
- Épître aux Hébreux, chapitres 5-10 (sur le sacerdoce du Christ)
- Concile de Trente, Session 22 (sur le sacrifice de la Messe)
- Catéchisme de l'Église Catholique, nn. 1544-1553 (sur le sacerdoce du Christ et le sacerdoce ministériel)
Q. 22 - Du sacerdoce du Christ
Du sacerdoce du Christ - Question 22 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Introduction
Du sacerdoce du Christ - Question 22 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Cet article est mentionné dans
- Le Credo (Symbole de Nicée-Constantinople) mentionne ce concept
- Conseil Évangélique : La Pauvreté Volontaire mentionne ce concept
- Comprendre l'importance de la Sainte Messe dans la vie spirituelle mentionne ce concept
- État Clérical mentionne ce concept
- L'État de Vie Sacerdotale - Ministère et Sacrifice mentionne ce concept
- L'Eucharistie - Sacrement Suprême mentionne ce concept
- Le Mystère de l'Incarnation et la Vie du Christ mentionne ce concept
- Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ mentionne ce concept
- La Trinité mentionne ce concept
- Le Jugement Dernier mentionne ce concept