Summa Theologiae, Tertia Pars, Q. 11
Présentation
Cette question traite de : De la science infuse de l'âme du Christ
Contexte christologique
Dans la Tertia Pars de la Somme Théologique, Saint Thomas d'Aquin examine méthodiquement les différents types de connaissance possédés par le Christ en raison de son union hypostatique. Après avoir traité de la science bienheureuse (Question 10) qui est la vision béatifique que possède l'âme du Christ dès le premier instant de sa conception, Saint Thomas aborde maintenant la science infuse, connaissance surnaturelle directement imprimée par Dieu dans l'intellect humain du Christ.
La nature de la science infuse
Définition théologique
La science infuse est une connaissance surnaturelle que Dieu communique directement à l'intelligence sans passer par les sens ou l'expérience naturelle. Contrairement à la science acquise qui procède de l'abstraction à partir des données sensibles, la science infuse est reçue immédiatement de Dieu par infusion divine. Cette forme de connaissance dépasse les capacités naturelles de l'intellect humain tout en respectant sa nature, car elle perfectionne l'intelligence sans la violenter.
Distinction avec la science bienheureuse
La science bienheureuse, traitée dans la question précédente, consiste en la vision directe de l'essence divine elle-même. La science infuse, en revanche, porte sur les créatures et les vérités révélées, connues non pas en Dieu comme dans la vision béatifique, mais par des espèces intelligibles infusées directement par Dieu dans l'intellect humain du Christ. Ces deux formes de connaissance sont toutes deux surnaturelles mais opèrent selon des modes différents.
Fondement dans l'union hypostatique
L'âme humaine du Christ, unie hypostatiquement au Verbe divin, devait posséder la plénitude de toute connaissance proportionnée à sa mission salvifique. La science infuse appartient à cette plénitude : elle permet au Christ de connaître toutes les vérités nécessaires à sa mission rédemptrice sans dépendre uniquement de l'expérience sensible. Cette science manifeste la perfection de son humanité assumée par le Verbe.
L'étendue de la science infuse du Christ
Connaissance universelle des créatures
Selon Saint Thomas, par sa science infuse, le Christ connaît tout ce qui peut être connu naturellement par l'intelligence humaine et même davantage. Cette connaissance s'étend à toutes les créatures, présentes, passées et futures, non pas dans leurs détails infinis mais selon toutes leurs espèces et natures. Le Christ possède ainsi une connaissance parfaite de l'ordre de la création et des lois qui gouvernent l'univers créé.
Connaissance des mystères révélés
La science infuse du Christ inclut également la connaissance des mystères de la foi et de toutes les vérités révélées que Dieu destine à communiquer aux hommes pour leur salut. Cette connaissance permet au Christ d'être le Docteur parfait, capable d'enseigner avec autorité divine toutes les vérités nécessaires au salut. Sa prédication ne procède pas d'une découverte progressive mais d'une science déjà parfaitement possédée.
Connaissance des cœurs et des pensées
Par sa science infuse, le Christ possède également la connaissance des pensées secrètes des cœurs humains. Les Évangiles témoignent à de nombreuses reprises de cette capacité du Christ à lire dans les cœurs (cf. Jean 2,25 ; Luc 5,22 ; Matthieu 9,4). Cette connaissance n'est pas acquise par conjecture ou déduction naturelle, mais procède de la science infuse qui lui révèle les dispositions intérieures des personnes qu'il rencontre.
Structure scolastique
Méthode d'argumentation
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle qui caractérise toute la Somme Théologique :
- Objections : Arguments contre la position selon laquelle le Christ possède la science infuse
- Sed Contra : Arguments tirés de l'Écriture et de la Tradition en faveur de la science infuse du Christ
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas établissant la nécessité et la nature de cette science
- Responsiones : Réfutations précises des objections initiales
Rigueur théologique
Cette structure permet à Saint Thomas d'examiner toutes les difficultés soulevées par cette doctrine tout en établissant solidement sa position sur les fondements scripturaires, patristiques et rationnels. La méthode scolastique garantit que la vérité théologique est atteinte par un chemin rigoureux de discernement intellectuel.
Implications doctrinales
Pour la christologie
La doctrine de la science infuse du Christ contribue à maintenir l'équilibre délicat de la christologie catholique : le Christ possède une véritable nature humaine avec une intelligence humaine authentique, mais cette intelligence est élevée à une perfection extraordinaire en raison de l'union hypostatique. Il ne s'agit ni d'un docétisme qui nierait la réalité de l'humanité du Christ, ni d'un nestorianisme qui séparerait trop radicalement ses deux natures.
Pour la sotériologie
La perfection de la connaissance du Christ, incluant la science infuse, fonde sa capacité à être le Médiateur parfait entre Dieu et les hommes. Il connaît parfaitement à la fois les mystères divins qu'il vient révéler et les besoins des hommes qu'il vient sauver. Cette double connaissance parfaite le qualifie uniquement pour son rôle de Sauveur universel.
Pour la mariologie
La réflexion sur la science infuse du Christ éclaire également indirectement les privilèges de Marie. Si le Christ a reçu par science infuse la connaissance des mystères divins, Marie a elle aussi reçu, de manière proportionnée à sa mission, une science infuse particulière des mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, comme le suggère sa méditation constante sur ces mystères (cf. Luc 2,19.51).
Connexions thématiques
Place dans la Tertia Pars
Cette question s'inscrit dans la Troisième Partie de la Somme Théologique, qui traite de l'Incarnation, des sacrements et des dernières fins. Plus précisément, elle fait partie du traité sur la connaissance du Christ (Questions 9-12), qui examine les différentes formes de science possédées par le Christ : science divine (Question 9), science bienheureuse (Question 10), science infuse (Question 11), et science acquise (Question 12).
Continuité avec la théologie patristique
Saint Thomas s'inscrit dans la tradition des Pères de l'Église qui ont affirmé la perfection de la connaissance du Christ. Saint Augustin, Saint Jean Damascène et d'autres Pères ont reconnu que le Christ, dès le premier instant de sa conception, possédait la plénitude de la sagesse divine communiquée à son humanité. La science infuse constitue un aspect de cette plénitude.
Articles connexes
- Question 10 - De la science bienheureuse de l'âme du Christ - La vision béatifique du Christ
- Question 12 - De la science acquise de l'âme du Christ - La connaissance par expérience
- Question 13 - De la puissance de l'âme du Christ - La puissance de l'humanité du Christ
- Question 1 - De l'opportunité de l'Incarnation - Le mystère de l'Incarnation
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Tertia Pars, Question 11
- Saint Augustin, De Trinitate, Livre XIII
- Saint Jean Damascène, De Fide Orthodoxa, Livre III
- Concile de Chalcédoine (451) - Définition christologique
- Catéchisme de l'Église Catholique, nn. 471-474 (La connaissance du Christ)
Q. 11 - De la science infuse de l'âme du Christ
De la science infuse de l'âme du Christ - Question 11 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Introduction
De la science infuse de l'âme du Christ - Question 11 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Cet article est mentionné dans
- La Fraternité Pythagoricienne - Communauté Mystique mentionne ce concept
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- Comprendre l'importance de la Sainte Messe dans la vie spirituelle mentionne ce concept
- Q. 75 - De l'âme humaine en elle-même mentionne ce concept
- Q. 76 - De l'union de l'âme et du corps mentionne ce concept
- Q. 87 - De la connaissance de l'âme de ce qui est au-dessus d'elle mentionne ce concept