Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 1
Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 1
Introduction
L'Incarnation du Verbe de Dieu est le mystère central de la foi chrétienne, le fondement de toute l'économie du salut. Par l'Incarnation, le Fils éternel de Dieu, la deuxième Personne de la Sainte Trinité, a pris une nature humaine complète dans le sein virginal de Marie, devenant ainsi vrai Dieu et vrai homme sans confusion ni division de ses deux natures. Ce mystère ineffable, préparé depuis la création du monde, prophétisé dans l'Ancien Testament, et accompli dans la plénitude des temps, révèle l'amour infini de Dieu pour l'humanité déchue. "Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous" (Jn 1, 14): cette affirmation simple contient la vérité la plus stupéfiante et la plus consolante de toute la Révélation.
Nature du mystère de l'Incarnation
Définition dogmatique
L'Incarnation consiste en ce que le Fils de Dieu, sans cesser d'être Dieu, a assumé une nature humaine complète (corps et âme) en une union hypostatique, c'est-à-dire en l'unité d'une seule Personne divine. Le Concile de Chalcédoine (451) a défini solennellement cette vérité: "Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Unique-engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation, la différence des natures n'étant nullement supprimée à cause de l'union, la propriété de l'une et l'autre nature étant bien plutôt sauvegardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase."
L'union hypostatique
L'union hypostatique signifie que les deux natures, divine et humaine, sont unies dans la Personne unique du Verbe. Il n'y a pas en Jésus-Christ deux personnes (une divine et une humaine), mais une seule Personne divine possédant deux natures distinctes. Cette union est substantielle et permanente, non pas accidentelle ou temporaire. Elle s'est réalisée au moment de la conception de Jésus dans le sein de Marie et demeurera éternellement, même après la Résurrection et l'Ascension. Le Christ glorieux au Ciel possède toujours son humanité assumée à l'Incarnation.
Vrai Dieu et vrai homme
Le Christ est véritablement Dieu, consubstantiel au Père selon la divinité, possédant pleinement la nature divine avec tous ses attributs: éternité, immensité, toute-puissance, omniscience. Il est également véritablement homme, consubstantiel à nous selon l'humanité (sauf le péché), possédant un vrai corps humain, une âme humaine rationnelle, une intelligence humaine, une volonté humaine. Nier l'une ou l'autre de ces deux natures constitue une hérésie grave: l'arianisme qui nie la divinité, le docétisme qui nie la réalité du corps humain, l'apollinarisme qui nie l'âme humaine rationnelle.
Intégrité des deux natures
Les deux natures du Christ demeurent distinctes et intègres dans leur union. La nature divine ne se transforme pas en nature humaine, et la nature humaine n'est pas absorbée ou déifiée au point de perdre ses propriétés. Le Christ peut donc souffrir selon son humanité (car la nature humaine est passible), tout en demeurant impassible selon sa divinité. Il peut grandir en sagesse selon son humanité, tout en possédant l'omniscience selon sa divinité. Cette distinction des natures permet de comprendre les apparentes contradictions dans les Évangiles.
Communication des idiomes
En raison de l'union hypostatique, il existe une "communication des idiomes" (propriétés). On peut attribuer à la Personne du Christ ce qui appartient à l'une ou l'autre nature. Ainsi, on peut dire: "Dieu est né de Marie" (attribuant à la Personne divine ce qui appartient à la nature humaine), ou "Le Fils de l'homme était au Ciel" (attribuant à l'humanité ce qui appartient à la divinité). Cette communication ne signifie pas que les natures se mélangent, mais que leurs propriétés sont possédées par une seule et même Personne.
Motif de l'Incarnation
La Rédemption du genre humain
Le motif principal de l'Incarnation fut la Rédemption de l'humanité déchue par le péché originel. "Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu" (Lc 19, 10). Saint Paul enseigne: "Fidèle est cette parole et digne d'être pleinement reçue, que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs" (1 Tm 1, 15). Sans le péché d'Adam, l'Incarnation dans son mode actuel (impliquant la souffrance et la mort) n'aurait probablement pas eu lieu. Le Verbe s'est fait chair pour nous racheter de l'esclavage du démon, pour satisfaire à la justice divine offensée par le péché, et pour nous rouvrir les portes du Ciel.
Manifester l'amour de Dieu
L'Incarnation révèle l'amour infini de Dieu pour les hommes. "Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle" (Jn 3, 16). Cet amour se manifeste dans l'abaissement volontaire du Verbe éternel qui accepte de prendre la condition de serviteur, de naître dans une étable, de vivre pauvre et persécuté, de mourir sur une croix. L'Incarnation est donc le chef-d'œuvre de la charité divine.
Diviniser l'homme
"Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu", enseigne magnifiquement Saint Athanase. Par l'Incarnation, la nature humaine est élevée à une dignité inouïe: elle est unie à la Personne divine, assumée par Dieu lui-même. Cette élévation de l'humanité du Christ rejaillit sur tous les hommes qui, par la grâce, deviennent participants de la nature divine (2 P 1, 4). L'Incarnation fonde ainsi la vocation surnaturelle de l'homme à la filiation divine et à la vie éternelle.
Nous révéler le Père
Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l'a fait connaître (Jn 1, 18). L'Incarnation permet à Dieu de se révéler aux hommes d'une manière accessible et définitive. En Jésus-Christ, nous voyons le Père: "Celui qui m'a vu a vu le Père" (Jn 14, 9). Les paroles, les actes, la vie entière du Christ incarné nous révèlent qui est Dieu et comment il nous aime.
Réalisation historique de l'Incarnation
L'Annonciation
L'Incarnation s'est réalisée au moment de l'Annonciation, lorsque Marie prononça son fiat: "Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole" (Lc 1, 38). À cet instant précis, le Saint-Esprit forma dans le sein virginal de Marie le corps du Christ, créa son âme humaine, et le Verbe de Dieu s'unit hypostatiquement à cette humanité. Ainsi fut conçu Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, dans le sein de la Vierge Marie.
La conception virginale
Jésus fut conçu sans l'intervention d'un père humain, par la seule puissance du Saint-Esprit. Cette conception virginale est un dogme de foi défini par l'Église. Elle garantit que Jésus n'a pas contracté le péché originel (transmis par génération humaine), qu'il est véritablement Fils de Dieu (sa conception transcende l'ordre naturel), et que Marie demeure vierge. Saint Joseph, époux de Marie, n'est pas le père naturel de Jésus mais son père adoptif et nourricier, gardien du mystère de l'Incarnation.
La Nativité
Neuf mois après l'Annonciation, Marie enfanta Jésus à Bethléem, accomplissant ainsi les prophéties de l'Ancien Testament. La naissance virginale de Jésus (Marie enfantant sans douleur et conservant son intégrité corporelle) manifeste le caractère miraculeux de l'Incarnation. Le Fils éternel de Dieu entre ainsi dans l'histoire humaine, naissant à une date précise, dans un lieu déterminé, sous le règne de l'empereur Auguste. L'Incarnation n'est pas un mythe mais un fait historique.
Rôle de Marie
Marie est la Mère de Dieu (Théotokos), titre défini solennellement par le Concile d'Éphèse (431). Elle a donné naissance non pas à une nature humaine séparée, mais à la Personne du Verbe incarné qui possède la nature divine. Marie est donc véritablement Mère de Dieu selon l'humanité. Son consentement libre à l'Annonciation fut une coopération indispensable au mystère de l'Incarnation. Par sa foi, sa pureté, son humilité, elle fut parfaitement disposée à devenir la demeure du Verbe incarné.
Enseignement scripturaire
Prophéties de l'Ancien Testament
L'Incarnation fut annoncée dès l'origine. Le Protévangile promettait que la descendance de la femme écraserait la tête du serpent (Gn 3, 15). Isaïe prophétisa: "Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel" (Is 7, 14), ce qui signifie "Dieu avec nous". Michée annonça que le Messie naîtrait à Bethléem (Mi 5, 1). Daniel prédit le moment de sa venue (Dn 9, 24-27). Tous ces oracles s'accomplirent en Jésus-Christ.
Témoignage du Nouveau Testament
L'Évangile de Jean proclame solennellement l'Incarnation: "Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu... Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous" (Jn 1, 1.14). Saint Paul enseigne: "Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la loi" (Ga 4, 4). L'Épître aux Hébreux affirme: "Il a fallu qu'il devînt semblable en toutes choses à ses frères" (He 2, 17). Tout le Nouveau Testament atteste la réalité de l'Incarnation.
Définitions conciliaires
Concile de Nicée (325)
Le Concile de Nicée définit contre Arius la pleine divinité du Christ: "Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père." Cette définition affirme que le Verbe incarné est véritablement Dieu, égal au Père en divinité.
Concile d'Éphèse (431)
Le Concile d'Éphèse condamna Nestorius qui divisait les deux natures du Christ en deux personnes distinctes. Le Concile définit que Marie est Théotokos (Mère de Dieu) parce qu'elle a enfanté selon la chair le Verbe de Dieu fait chair. Il affirme ainsi l'unité de Personne dans le Christ.
Concile de Chalcédoine (451)
Le Concile de Chalcédoine donna la formulation définitive du mystère de l'Incarnation, condamnant à la fois le nestorianisme (qui divise les natures) et le monophysisme d'Eutychès (qui confond les natures). La définition des "quatre adverbes" (sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation) garde l'équilibre parfait entre l'unité de Personne et la distinction des natures.
Troisième Concile de Constantinople (681)
Ce Concile définit contre le monothélisme que le Christ possède deux volontés (divine et humaine) et deux opérations (divine et humaine), correspondant à ses deux natures. La volonté humaine du Christ n'est pas contraire à sa volonté divine, mais lui est parfaitement soumise.
Conséquences de l'Incarnation
Science du Christ
Le Christ possède trois types de connaissance. Comme Dieu, il possède la science divine infinie et omnisciente. Comme homme bienheureux, son âme humaine jouit de la vision béatifique dès le premier instant de sa conception. Enfin, il possède aussi une science humaine acquise par l'expérience, qui pouvait croître (Lc 2, 52), bien que sans erreur ni ignorance coupable.
Impeccabilité
Le Christ ne pouvait pécher. Non seulement il n'a jamais péché en fait, mais il ne pouvait pas pécher en raison de l'union hypostatique. La Personne divine qui possède la nature humaine ne peut se tourner vers le mal. Cependant, le Christ pouvait être tenté extérieurement (comme au désert) et éprouver toutes les tentations communes aux hommes, sauf celles qui proviennent de la concupiscence intérieure qu'il ne possédait pas.
Culte d'adoration
Le Christ mérite le culte suprême d'adoration (latrie) non seulement selon sa nature divine, mais aussi selon son humanité, car cette humanité est unie à la Personne divine. Nous adorons le Christ tout entier, Dieu et homme. C'est pourquoi le culte du Sacré-Cœur, qui honore le cœur de chair de Jésus, est un culte d'adoration légitime.
Médiation universelle
Le Christ est l'unique médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tm 2, 5). Par son Incarnation, il unit en sa Personne la nature divine et la nature humaine, devenant ainsi le pont parfait entre le Ciel et la terre. Comme Dieu, il peut offrir une satisfaction infinie pour les péchés; comme homme, il peut souffrir et mourir à notre place. Sa médiation est donc parfaite et suffisante.
Prolongements spirituels
Mystère d'humilité
L'Incarnation est avant tout un mystère d'humilité divine. Saint Paul chante: "Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes" (Ph 2, 6-7). Cette kénose (anéantissement) du Verbe nous enseigne l'humilité et nous invite à imiter le Christ qui s'est fait pauvre pour nous enrichir.
Dignité de la nature humaine
L'Incarnation élève la nature humaine à une dignité incomparable. Dieu a voulu s'unir à notre nature, la rendant capable de l'union hypostatique. Le corps humain, formé de la terre, a été assumé par Dieu. Cette dignité fonde le respect absolu dû à toute personne humaine, créée à l'image de Dieu et rachetée par le Sang du Verbe incarné.
Appel à la sainteté
"Soyez saints comme je suis saint", dit le Seigneur. L'Incarnation révèle ce que Dieu attend de l'homme: devenir semblable au Christ, reproduire en nous l'image du Fils. Par la grâce qui découle de l'Incarnation, nous sommes appelés à participer à la filiation divine, à vivre la vie même de Dieu, à être transformés de gloire en gloire à l'image du Christ.
Conclusion
Le mystère de l'Incarnation demeure le centre de toute la foi catholique. En lui se réalisent toutes les prophéties de l'Ancien Testament et se fondent tous les sacrements de la Nouvelle Alliance. Il révèle l'amour infini de Dieu qui s'abaisse jusqu'à nous pour nous élever jusqu'à lui. Il établit Jésus-Christ comme unique Sauveur et Médiateur. Il confère à la nature humaine une dignité sublime. Méditer ce mystère ineffable, le contempler dans l'Évangile, le célébrer dans la liturgie, le vivre dans la charité, telle est la vocation du chrétien jusqu'à ce qu'il voie face à face celui qui s'est fait chair pour notre salut. "Verbum caro factum est" - Le Verbe s'est fait chair: en ces quatre mots latins se résume toute l'espérance du monde.
Approfondissement Spirituel
Cette vérité trouve son application pratique dans la vie du chrétien.