Summa Theologiae, Secunda Secundae, Q. 87
Présentation
Cette question traite de : Des dîmes
La dîme est la contribution du dixième des revenus ou des récoltes que les fidèles doivent verser à l'Église pour assurer le culte divin, l'entretien des ministres sacrés et les œuvres de charité. Saint Thomas examine ici le fondement, l'obligation et les modalités de cette pratique ancienne qui remonte à la Loi mosaïque et qui a été maintenue dans l'économie chrétienne.
Nature et fondement des dîmes
Définition de la dîme
La dîme (du latin decima, dixième) est la portion des biens temporels que les fidèles sont tenus de donner à l'Église. Elle trouve son origine dans la Loi de Moïse, où Dieu prescrivait aux Israélites de consacrer la dixième partie de leurs récoltes et de leurs troupeaux au soutien des Lévites qui n'avaient pas de patrimoine propre et qui se consacraient au service du Temple.
Le fondement théologique
Saint Thomas explique que la dîme repose sur un triple fondement :
Le droit divin
Dieu, en tant que Créateur et Seigneur de toutes choses, a un droit éminent sur tous les biens. La dîme est une reconnaissance de ce domaine suprême et un acte de religion par lequel l'homme rend à Dieu ce qui lui appartient. "La terre et ce qu'elle contient appartiennent au Seigneur" (Ps 23, 1).
Le droit naturel
Par la raison naturelle, il est juste que ceux qui travaillent au bien spirituel de la communauté soient soutenus matériellement par elle. Saint Paul l'enseigne clairement : "Celui qui sert à l'autel doit vivre de l'autel" (1 Co 9, 13). Les ministres sacrés se consacrant entièrement au service de Dieu et des âmes, il est équitable qu'ils reçoivent leur subsistance des fidèles.
Le droit ecclésiastique
L'Église a le pouvoir de déterminer les modalités concrètes de la contribution des fidèles à son entretien. Si la proportion du dixième n'est pas absolument obligatoire de droit divin, l'obligation de contribuer au soutien de l'Église l'est certainement, et l'Église peut légitimement fixer cette contribution.
L'obligation de payer la dîme
La nature de l'obligation
Saint Thomas affirme que l'obligation de payer la dîme est grave en conscience. Elle découle de la vertu de justice, qui exige de rendre à chacun ce qui lui est dû, et de la vertu de religion, qui nous commande d'offrir à Dieu le culte qui lui convient.
Justice envers l'Église
L'Église, en tant que société parfaite instituée par le Christ, a le droit de posséder les moyens nécessaires à sa mission. Les fidèles qui bénéficient de son ministère spirituel - sacrements, prédication, direction spirituelle - sont tenus en justice de contribuer à son entretien.
Reconnaissance envers Dieu
La dîme est aussi un acte de reconnaissance pour les bienfaits reçus de Dieu. En donnant une partie de nos biens, nous reconnaissons que tout vient de Dieu et que nous ne sommes que des administrateurs de ses dons.
Les dispenses et exceptions
Saint Thomas examine également les cas où l'obligation de la dîme peut être atténuée ou suspendue. Par exemple, en temps de grande pauvreté ou de calamité, ou lorsque l'Église locale possède déjà des ressources suffisantes. L'Église peut aussi accorder des dispenses pour de justes motifs.
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
Les articles de la question
- Article 1 : Doit-on payer les dîmes de droit divin?
- Article 2 : À qui doit-on les payer?
- Article 3 : De quoi doit-on les payer?
- Article 4 : Doit-on payer les dîmes à un clerc mauvais?
La méthode argumentative
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue, souvent tirés de l'Écriture ou des Pères
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas, fondée sur la raison et la révélation
- Responsiones : Réfutations des objections initiales à la lumière de la doctrine exposée
Implications pratiques et spirituelles
La générosité envers l'Église
La doctrine de la dîme nous enseigne l'importance de la générosité envers l'Église et les œuvres de Dieu. Si la forme juridique de la dîme obligatoire a évolué au fil des siècles, le principe demeure : les fidèles ont le devoir de contribuer selon leurs moyens au soutien de leur paroisse, de leurs pasteurs et des œuvres d'évangélisation et de charité.
Le détachement des biens matériels
Donner à l'Église nous aide à ne pas nous attacher excessivement aux biens temporels. C'est un exercice de détachement et de confiance en la Providence divine. "Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur" (Mt 6, 21).
La participation à la mission de l'Église
Par nos contributions matérielles, nous participons activement à la mission de l'Église : célébration des sacrements, formation des prêtres, évangélisation, œuvres caritatives. C'est une forme d'apostolat laïc par laquelle nous collaborons à la croissance du Royaume de Dieu.
L'esprit de la dîme aujourd'hui
Dans le contexte moderne, où la dîme obligatoire n'existe plus dans la plupart des pays, l'esprit de générosité et de soutien à l'Église demeure essentiel. Chaque fidèle est appelé à contribuer selon ses moyens et en conscience, reconnaissant que tout ce qu'il possède vient de Dieu et doit être utilisé pour sa gloire et le bien des âmes.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Seconde Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite des vertus théologales et cardinales. Plus spécifiquement, elle appartient au traité sur la justice et ses parties intégrales et potentielles.
Lien avec la vertu de justice
La dîme est un acte de la vertu de justice légale, par laquelle nous rendons à la communauté ce qui est nécessaire au bien commun spirituel. Elle est aussi liée à la vertu de religion, partie potentielle de la justice, qui règle notre culte envers Dieu.
Lien avec la bienfaisance
Au-delà de l'obligation stricte, la contribution aux besoins de l'Église peut aussi relever de la bienfaisance, vertu qui nous porte à faire du bien au prochain. Les œuvres caritatives de l'Église dépendent largement de la générosité des fidèles.
Articles connexes
Pour approfondir votre compréhension des dîmes et de leurs fondements théologiques, consultez ces articles complémentaires :
- De la justice en elle-même - Question 58 qui établit les principes fondamentaux de la vertu de justice
- Des parties potentielles de la justice - Question 80 sur les vertus annexes à la justice, dont la religion
- De la bienfaisance - Question 31 sur la vertu qui nous porte à faire du bien au prochain
- Les commandements de l'Église - Les préceptes ecclésiaux qui règlent la vie des fidèles
- La vertu de justice - Article de synthèse sur cette vertu cardinale
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Secunda Secundae, Question 87
- Code de Droit Canonique, canons sur les obligations financières des fidèles
- Catéchisme de l'Église Catholique, nn. 2043-2046
Q. 87 - Des dîmes
Des dîmes - Question 87 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Introduction
Des dîmes - Question 87 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae