Summa Theologiae, Secunda Secundae, Q. 147
Présentation
Cette question traite de : De l'inceste
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Définition de l'inceste
L'inceste est l'union charnelle entre des personnes liées par des liens de consanguinité ou d'affinité. Il constitue une espèce particulière de luxure, car il ajoute au péché de chair une violation grave du respect dû à la famille et de l'honneur familial. Cette violation des liens les plus sacrés de la parenté contrevient à la loi naturelle et au droit positif de l'Église.
Fondements bibliques
La prohibition de l'inceste est établie dès l'Ancien Testament :
- Lévitique 18:6-18 : Énumération détaillée des unions prohibées par consanguinité et affinité
- Deutéronome 27:20-23 : Malédictions contre celui qui déshonore son père ou sa mère par union incestueuse
- 1 Corinthiens 5:1-5 : Saint Paul dénonce le cas d'inceste dans la communauté de Corinthe, où un homme vivait avec la femme de son père
Enseignement de Saint Augustin
Saint Augustin, dans le De Civitate Dei XV, établit le fondement naturel et positif de cette interdiction. La raison naturelle reconnaît la malveillance inhérente à l'inceste, tandis que le droit positif ecclésial en fixe les limites précises selon les degrés de consanguinité.
Double malice de l'inceste
Selon Saint Thomas d'Aquin, l'inceste possède une double malveillance :
- Malveillance de luxure : Il partage la culpabilité du péché de chair
- Malveillance contre la piété filiale : Il viole le respect dû aux membres de la famille et profane l'honneur familial
Cette double dimension le rend particulièrement grave parmi les espèces de luxure.
Droit canon et empêchements
L'Église fixe les degrés de consanguinité selon le droit canon. Ces empêchements sont diriments, c'est-à-dire qu'ils invalident le mariage lui-même. L'affinity spirituelle (créée par le parrainage ou les unions antérieures) étend également l'empêchement au-delà des seules relations charnelles.
Raisons théologiques
L'interdiction de l'inceste poursuit plusieurs fins :
- Préservation du respect familial : Maintenir l'intégrité et l'honneur de la famille comme institution naturelle
- Élargissement de la charité : Encourager l'exogamie afin d'étendre les liens d'amitié et de solidarité entre familles et communautés
- Protection des mœurs : Sauvegarder la pureté du mariage et l'ordre des générations
Vertus et spiritualité
La vertu de chasteté s'exprime dans la retenue face à l'inceste par :
- La pudeur naturelle envers les proches parents
- La piété filiale envers ceux dont nous tenons la vie
- Le respect de la sainteté du mariage comme sacrement
La conservation de ces vertus contribue à la pureté des mœurs et au maintien de l'ordre naturel voulu par Dieu.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans l'ensemble des traités sur la chasteté (Secunda Secundae, Questions 151-154) et se présente comme une espèce grave de luxure. Elle croise les thèmes du mariage, du droit naturel, de la piété filiale et de l'ordre familial dans la création.
Backlinks
luxure | chastete | mariage | empechement-mariage | loi-naturelle | piete-filiale | sixieme-commandement
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Secunda Secundae, Question 147
- Saint Augustin, De Civitate Dei, Livre XV
- Lévitique 18:6-18 ; Deutéronome 27:20-23 ; 1 Corinthiens 5:1-5
Q. 147 - De l'inceste
De l'inceste - Question 147 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Introduction
De l'inceste - Question 147 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae