Summa Theologiae, Secunda Secundae, Q. 118
Présentation
Cette question traite de : Des préceptes relatifs à la justice
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Les préceptes du Décalogue relatifs à la justice
Saint Thomas examine dans cette question comment les préceptes de la loi divine, particulièrement ceux du Décalogue, ordonnent les actes de justice. La justice, étant la vertu qui règle nos rapports avec autrui, requiert des commandements précis qui déterminent ce qui est dû à Dieu et au prochain. Les préceptes de la loi naturelle et de la loi révélée établissent le cadre objectif dans lequel s'exerce la vertu de justice.
Les deux tables du Décalogue
Le Décalogue se divise en deux tables : les trois premiers commandements concernent directement nos devoirs envers Dieu (justice religieuse ou religion), et les sept autres règlent nos devoirs envers le prochain (justice au sens strict). Cette distinction manifeste l'ordre de la charité : Dieu d'abord, puis le prochain pour l'amour de Dieu.
Les préceptes de justice envers Dieu
Les trois premiers commandements établissent ce que nous devons à Dieu en raison de son excellence infinie et de notre dépendance absolue envers lui. "Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi" exclut l'idolâtrie. "Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain" protège l'honneur dû au nom divin. "Souviens-toi du jour du Sabbat" prescrit le culte régulier dû au Créateur.
Le fondement de ces préceptes
Ces préceptes découlent de la vertu de religion, qui est une partie potentielle de la justice. Bien que nous ne puissions jamais rendre à Dieu l'équivalent de ce que nous lui devons (la justice stricte exigerait l'égalité), nous sommes tenus de lui offrir le culte selon nos capacités. Ces commandements sont absolument immuables car fondés sur la relation essentielle entre le Créateur et la créature.
Les préceptes de justice envers le prochain
Les sept derniers commandements règlent nos rapports avec autrui. "Honore ton père et ta mère" concerne la piété filiale, première dette envers nos semblables. "Tu ne tueras point" protège le droit à la vie. "Tu ne commettras point d'adultère" sauvegarde la justice dans le mariage. "Tu ne déroberas point" défend la propriété. "Tu ne porteras point de faux témoignage" exige la véracité. Les deux derniers commandements ("Tu ne convoiteras point") étendent l'obligation aux désirs intérieurs, perfectionnant ainsi la loi.
L'ordre des préceptes
L'ordre des commandements manifeste une hiérarchie des biens à protéger. D'abord la vie elle-même (cinquième commandement), puis la génération et l'éducation de la vie (sixième et quatrième commandements), ensuite les biens extérieurs nécessaires à la vie (septième commandement), et enfin la vérité qui soutient la vie sociale (huitième commandement). Cet ordre reflète l'ordre naturel de la charité.
La suffisance des préceptes du Décalogue
Saint Thomas démontre que les dix commandements suffisent pour ordonner toute la vie morale. Ils contiennent, explicitement ou implicitement, tous les préceptes de la loi naturelle. Les autres préceptes de la loi divine (préceptes cérémoniels et judiciaires de l'Ancien Testament) sont des déterminations ou des applications de ces principes fondamentaux selon les circonstances historiques du peuple hébreu.
Les préceptes judiciaires de l'Ancien Testament
Au-delà du Décalogue, l'Ancien Testament contient de nombreux préceptes judiciaires qui détaillent les exigences de la justice dans divers domaines : propriété, contrats, dommages, procédures judiciaires, châtiments des crimes. Ces préceptes, bien qu'ils n'obligent plus les chrétiens dans leur forme littérale depuis la venue du Christ, contiennent néanmoins une sagesse politique et sociale qui peut éclairer la législation humaine.
Les principes de justice dans la loi mosaïque
La loi de Moïse établit des principes fondamentaux de justice : l'interdiction de l'usure envers les frères, la protection des veuves et des orphelins, la juste rémunération des ouvriers, la limitation de la vengeance (œil pour œil), le respect des étrangers, la remise périodique des dettes (année sabbatique et jubilé). Ces dispositions manifestent une préoccupation constante pour la justice sociale et la protection des faibles.
L'accomplissement des préceptes dans la loi nouvelle
Le Christ n'est pas venu abolir la loi mais l'accomplir. Il a perfectionné les préceptes de justice en les intériorisant et en les élevant à la perfection de la charité. "Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis" (Matthieu 5,43-44). La loi nouvelle ne supprime pas les exigences de la justice mais les porte à leur accomplissement dans l'amour.
La justice chrétienne et la perfection évangélique
Les conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) vont au-delà de la stricte justice pour atteindre la perfection de la charité. Cependant, même pour ceux qui ne suivent pas ces conseils, la justice chrétienne doit être informée par la charité. Rendre à chacun son dû ne suffit pas : il faut le faire par amour de Dieu et du prochain, dans un esprit de miséricorde et de générosité qui dépasse le minimum strict.
L'application des préceptes de justice aujourd'hui
Les préceptes divins de justice conservent toute leur force obligatoire. Dans la société moderne, ils s'appliquent aux relations de travail, au commerce, à la politique, à la famille, à la vie internationale. La doctrine sociale de l'Église développe les implications de ces préceptes pour les questions contemporaines : salaire juste, propriété privée et sa fonction sociale, justice distributive, bien commun, subsidiarité. Les commandements divins demeurent la norme objective de toute justice authentique.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Seconde Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite des vertus théologales et cardinales.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Secunda Secundae, Question 118
Articles connexes
- Justice - La vertu cardinale qui règle nos rapports avec autrui
- Décalogue - Les dix commandements de la loi divine
- Loi naturelle - La loi morale inscrite dans la nature humaine
- Doctrine sociale de l'Église - L'enseignement catholique sur la société
- Vertu de religion - La vertu qui rend à Dieu le culte qui lui est dû
Q. 118 - Des préceptes relatifs à la justice
Des préceptes relatifs à la justice - Question 118 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Introduction
Des préceptes relatifs à la justice - Question 118 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Cet article est mentionné dans
- L'Archange Uriel - Feu de Dieu mentionne ce concept
- Les Trônes mentionne ce concept
- Les Commandements de l'Église : Jeûne, Communion mentionne ce concept
- Q. 99 - De la condition de la descendance d'Adam quant à la justice mentionne ce concept
- Q. 94 - De la connaissance et de la justice du premier homme dans l'état d'innocence mentionne ce concept
- Q. 58 - De la justice en elle-même mentionne ce concept
- Q. 21 - De la justice et de la miséricorde de Dieu mentionne ce concept
- Q. 96 - Des préceptes cérémoniels de l'ancienne loi mentionne ce concept
- Q. 94 - Des préceptes de l'ancienne loi mentionne ce concept
- Q. 97 - Des préceptes judiciaires de l'ancienne loi mentionne ce concept