Summa Theologiae, Prima Pars, Q. 101
Présentation
Cette question traite de : Du lieu de la demeure de l'homme (le Paradis)
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Saint Thomas d'Aquin traite dans cette question de la demeure du paradis terrestre (Paradis terrestre), le lieu préparé par Dieu pour la félicité naturelle de l'homme avant le péché originel. Cette question examine la réalité matérielle du paradis, sa localisation, ses caractéristiques physiques et spirituelles, et sa signification pour l'économie du salut. Le Docteur Angélique cherche à déterminer si le paradis terrestre était un lieu véritablement physique, doté de qualités sensibles, ou s'il était purement spirituel.
La nature du Paradis terrestre
Le Paradis est présenté par Saint Thomas comme une création matérielle et sensible, un véritable lieu terrestre pourvu des conditions les plus heureuses. Loin d'être une simple allégorie ou une construction purement mentale, le Paradis terrestre constituait un espace géographique réel, planté d'arbres, d'eaux vives et de jardins magnifiques. Ce paradis était le fruit de la création divine, ordonné spécifiquement pour procurer à l'homme le bonheur naturel dont il était capable à l'état d'innocence originelle.
La perfection du paradis résidait d'abord dans la bonté de sa création : Dieu l'avait planté, orné de toute beauté, pourvu d'une abondance de fruits et de fleurs. La lumière y était douce, l'air tempéré, les animaux domestiques et le climat favorable à la vie humaine. Mais au-delà de ces qualités matérielles, le Paradis incarnait aussi une réalité spirituelle : c'était le lieu de la présence divine, où l'homme jouissait d'une intimité avec son Créateur. Saint Thomas enseigne que le Paradis, bien que spatial et sensible, possédait des propriétés surpassant les lois ordinaires de la nature.
Localisation et caractéristiques géographiques
Saint Thomas s'interroge sur le lieu où le paradis était situé. Suivant la Genèse) et la tradition patristique, il suggère que le Paradis était localisé quelque part en Orient, probablement dans la région entre les fleuves du Tigre et de l'Euphrate, ou selon certaines interprétations, en une région élevée et protégée. Cette situation géographique, bien que les exégètes débattent encore de sa précision, n'est pas arbitraire : Dieu avait choisi le meilleur site possible pour l'établissement du premier homme et de la première femme.
Les caractéristiques du paradis incluaient une Fertilité inégalée : tous les arbres produisaient d'excellents fruits, l'eau était pure et abondante, le sol était fertile sans avoir besoin du travail pénible que l'homme connaîtrait après le péché. La température y était parfaite, les saisons idéales, et les animaux y vivaient en paix avec l'homme sans crainte ni hostilité. Ces conditions matérielles reflétaient la bonté divine et préparaient l'homme à une existence heureuse selon sa nature créée.
Signification théologique du Paradis
Le paradis n'était pas un simple lieu de confort matériel, mais revêtait une profonde signification théologique. Il représentait le dessein divin pour l'humanité : donner à l'homme un lieu de repos et de bonheur où il pourrait jouir de Dieu et de la création de façon harmonieuse. Le paradis symbolisait aussi l'innocence originelle de l'homme, son état de grâce, et l'ordre créé selon la sagesse divine.
La présence au Paradis était conditionnée par l'obéissance à Dieu. Le seul commandement imposé à Adam et Ève était de ne pas manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. Cette interdiction n'était pas arbitraire mais révélait le fondement même de l'ordre créé : la soumission libre de la créature à son Créateur. Le paradis était donc le lieu où s'exprimait la Liberté authentique de l'homme, celle-ci consistant à choisir librement la volonté de Dieu.
Le Paradis et le travail
Contraire à une interprétation-et-oppositions) courante, Saint Thomas rappelle que le travail n'était pas une punition au Paradis. Dieu avait donné à Adam la mission de cultiver et de garder le jardin (Gn 2,15). Cependant, ce travail était doté de qualités radicalement différentes de celui que l'homme accomplissait après sa chute. Le travail au Paradis était joyeux, exempt de fatigue pénible, d'anxiété et de sueur. Il était un exercice de la Prudence et de la domination des créatures, une participation à l'ordre divin qui régit toute chose.
L'harmonie paradisiaque
Le paradis était le siège d'une harmonie complète : harmonie entre l'homme et la nature, entre l'âme et le corps, entre l'homme et ses passions, et enfin harmonie entre la Créature et le Créateur. Saint Thomas explique que dans cet état originel, les passions concupiscibles et irascibles de l'homme restaient entièrement soumises à la raison, qui elle-même était orientée vers Dieu. Il n'y avait ni maladie, ni vieillesse, ni mort (sauf par la grâce divine préservant de la mortalité). L'homme n'était pas immortel par nature, mais Dieu lui accordait une immortalité gratuite.
Perte du Paradis et économie du salut
La chute du premier homme par le péché originel entraîna la perte du paradis. Chassé du jardin, l'homme se trouva soumis à la Mortalité, à la Souffrance, à la peine du travail et à toutes les misères qui en découlent. Cependant, la perte du paradis ne fut pas définitive : elle s'inscrit dans l'économie du salut que Dieu avait établie. Le Christ venait rétablir l'ordre détruit et ouvrir un accès non plus au paradis terrestre, mais à la béatitude éternelle du ciel.
La Théologie, chez Saint Thomas, voit dans la perte et la promesse du Paradis une révélation de la Miséricorde divine : Dieu abandonne l'homme à sa liberté, mais ne l'abandonne pas à son sort. L'histoire du salut est ainsi encadrée par le paradis perdu et le paradis céleste gagné par la rédemption.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Premier Partie de la Somme Théologique, qui traite de la nature de la doctrine sacrée, de Dieu, de la création et de l'homme.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Pars, Question 101
Q. 101 - Du lieu de la demeure de l'homme (le Paradis)
Du lieu de la demeure de l'homme (le Paradis) - Question 101 de la Somma Theologiae, Prima Pars
Introduction
Du lieu de la demeure de l'homme (le Paradis) - Question 101 de la Somma Theologiae, Prima Pars
Cet article est mentionné dans
- Connaissance de Dieu par l'Homme et Noms Divins mentionne ce concept
- Q. 116 - De l'action de l'homme en général mentionne ce concept
- Q. 110 - De l'action des anges sur l'homme mentionne ce concept
- Q. 93 - De l'homme comme image de Dieu mentionne ce concept
- Q. 95 - De la domination de l'homme dans l'état d'innocence mentionne ce concept
- Q. 92 - De la fin de la production de l'homme (en vue de Dieu) mentionne ce concept
- Q. 1 - De la fin ultime de l'homme mentionne ce concept
- Q. 101 - Du lieu de la demeure de l'homme (le Paradis) mentionne ce concept
- Q. 106 - Du mérite de l'homme devant Dieu mentionne ce concept
- Q. 96 - Du mode de conservation de l'homme dans l'état primitif mentionne ce concept