Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 30
Introduction
Cette question explore : De la concupiscence
La question 30 s'inscrit dans le développement systématique de la théologie chrétienne selon la méthode scolastique de Saint Thomas d'Aquin. Elle contribue à la construction progressive d'une vision cohérente de la foi et de ses implications pour la vie spirituelle et morale du chrétien.
Développement
Nature et définition
De la concupiscence traite d'un aspect fondamental de les passions dans la théologie morale de Saint Thomas.
Principes explicatifs
Les principes qui expliquent de la concupiscence sont basés sur la nature de l'âme humaine et sa relation à Dieu.
Distinction essentielle
Saint Thomas établit les distinctions nécessaires concernant de la concupiscence pour une compréhension précise.
Applications morales
Les implications pratiques de de la concupiscence guide le chrétien dans sa vie morale quotidienne.
Les trois formes de concupiscence
Saint Thomas distingue trois manifestations principales de la concupiscence selon leur objet et leur nature :
- La concupiscence charnelle : attrait désordonnée vers les plaisirs sensuels
- La concupiscence de l'orgueil : désir excessif de domination et d'honneur
- L'avarice spirituelle : attachement désordonné aux biens temporels
Cette classification aide à comprendre comment la concupiscence affecte différentes dimensions de l'âme humaine et demande des remèdes spécifiques.
Concupiscence et péché originel
La concupiscence résulte directement du péché originel et de la condition déchue de l'humanité. En raison de la rupture de l'ordre originel établi par la création, la sensibilité de l'homme ne demeure plus entièrement soumise à la raison. Cette inclination au mal persiste même chez le baptisé, qui reste appelé à combattre contre elle pour progresser dans la vertu et la sainteté.
La grâce et la rémission de la concupiscence
Bien que le Christ accomplisse la rédemption du genre humain par sa mort et sa résurrection, la concupiscence n'est pas instantanément éliminée en chaque chrétien. Cependant, la grâce donne au baptisé la force de résister à ses mouvements désordonnés. La vertu de tempérance, alimentée par la charité, permet au croyant de régner progressivement sur ses appétits sensuels.
L'ordre des passions et la concupiscence
La concupiscence ne se comprend que dans le contexte de l'ordre général des passions de l'âme. Saint Thomas explique comment chaque passion s'articule avec les autres : irascibilité et concupiscibilité, espoir et crainte, amour et haine. Cette harmonie théorique montre que la concupiscence, bien que désordonnée en elle-même, correspond à un mouvement naturel de l'âme que seule une malformation du jugement et de la volonté rend moralement culpable.
La victoire spirituelle sur la concupiscence
Le combat contre la concupiscence constitue une part essentielle de la vie spirituelle chrétienne. La mortification et l'ascèse, pratiquées sous la direction de la prudence, permettent au fidèle de progresser dans la vertu et de se rapprocher de Dieu. Loin d'être une répression morbide de la nature, cette lutte vise à restaurer l'ordre voulu par le Créateur et à libérer l'homme pour aimer Dieu et le prochain.
Lien systématique
Cette question s'inscrit dans l'ordre logique de la partie II de la Somme concernant les passions.
Méthode scolastique
Saint Thomas traite cette question selon la structure caractéristique de la Somme :
- Question proposée : De la concupiscence
- Objections : Plusieurs arguments soulevant des difficultés
- Sed Contra : Un contreargument tiré de l'autorité ou de la raison
- Réponse maîtresse : La position de Saint Thomas développée argumentativement
- Réponses aux objections : Chaque difficulté est résolue point par point
Portée et signification
Cette question illustre comment la théologie scolastique intègre la révélation divine et la raison humaine pour construire un savoir systématique et harmonieux. Elle montre que la foi et la raison, loin de s'opposer, se complètent et s'enrichissent mutuellement.
La concupiscence et la nature humaine
La concupiscence représente une blessure infligée à la nature humaine par le péché originel, mais elle n'en constitue pas l'essence. Saint Thomas souligne que l'homme conserve sa dignité fondamentale et sa capacité à se tourner vers le bien, même affaibli par cette inclination au mal. La concupiscence n'agit pas comme une force contraignante qui détermine inévitablement les actions humaines, mais comme une inclination désordonnée que la raison peut et doit maîtriser. C'est pourquoi la vertu demeure possible même pour celui qui demeure en proie à la concupiscence : elle consiste précisément à transformer ces passions par la droite raison illuminée par la grâce.
Les remèdes spirituels contre la concupiscence
Saint Thomas propose une thérapie graduée contre la concupiscence, fondée sur les vertus cardinales. La tempérance gouverne directement les appétits sensibles, particulièrement ceux liés aux plaisirs charnels. La force permet de résister aux tentations en moment de combat spirituel. La prudence discerne la juste mesure dans chaque situation. Mais c'est la charité qui unifie tous ces efforts en les orientant vers l'amour de Dieu. Sans cette orientation caritative, la lutte contre la concupiscence risquerait de devenir une simple répression pharisaïque. La mortification, pratiquée avec sagesse, devient le moyen d'éduquer les passions plutôt que de les annihiler.
La concupiscence dans le chemin de sanctification
Le combat quotidien contre la concupiscence ne représente pas un obstacle à la sainteté, mais en constitue un élément essentiel. Les saints et saintes de l'Église témoignent de la fécondité de cette lutte : elle façonne l'âme, purifie les intentions et approfondit l'union à Dieu. Saint Paul exprime cette dynamique quand il parle de « cribler son corps et de l'asservir » pour ne point devenir lui-même un réprouvé. La concupiscence, bien que douloureuse, devient ainsi l'occasion d'une plus grande conformité au Christ crucifié. Elle enseignes l'humilité en rappelant constamment à l'homme sa condition blessée et sa dépendance envers la miséricorde divine.
La concupiscence et la liberté humaine
Une question délicate se pose : la concupiscence limite-t-elle la liberté ? Saint Thomas affirme que non, car la liberté consiste à agir selon sa nature raisonnable, non selon l'absence de toute inclination contraire. Celui qui, par sa volonté et avec l'aide de la grâce, résiste à une passion déordonnée exerce sa liberté de manière plus véritable que celui qui suit passivement ses pulsions. La concupiscence teste la liberté en la confrontant à des obstacles réels, lui permettant de se manifester comme choix authentique du bien. C'est pourquoi le mystique, toujours en lutte contre la concupiscence, possède une liberté plus développée que celui qui n'aurait jamais connu cette lutte.
Les degrés et variations de la concupiscence
Tous les hommes ne subissent pas la concupiscence avec la même intensité. Saint Thomas reconnaît des variations individuelles selon le tempérament, l'âge, la santé et l'entraînement spirituel. Les enfants, avant l'usage de raison, ne sont pas responsables moralement de ses mouvements. Les vieillards voient généralement ses assauts diminuer. Certaines personnes, par une pratique constante de la vertu et par la grâce, parviennent à pacifier graduellement le combat, non en éliminant la concupiscence, mais en réduisant son urgence et son pouvoir perturbateur. Cette compréhension nuancée évite le rigorisme d'une part et le laxisme de l'autre, en reconnaissant que chacun doit progresser selon sa condition particulière.
Pour aller plus loin
La compréhension de cette question peut être approfondie par :
- L'étude des questions précédentes et suivantes
- La consultation des commentaires traditionnels de la Somme
- L'examen des sources bibliques et patristiques citées
- La réflexion sur les implications contemporaines
Conclusion
La Question 30 de la Prima Secundae contribue à la formation d'une intelligence théologique complète et nourrit la vie spirituelle de celui qui l'étudie avec attention et piété.