Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 10
Présentation
Cette question traite de : De la manière dont la volonté est mue
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Le mouvement de la volonté par l'intellect
Saint Thomas établit que la volonté est mue par l'intellect, qui lui présente son objet comme bon. Contrairement à une vision strictement déterministe, la volonté conserve sa liberté dans ce mouvement. L'intellect appréhende le bien, mais c'est la volonté qui se meut elle-même vers ce bien reconnu. Ce processus explique comment nous pouvons désirer authentiquement ce qui nous est proposé comme bon, sans que notre liberté soit compromise. La volonté n'est donc pas mue passivement, mais elle se meut elle-même en vertu de l'appréhension du bien présentée par l'intellect.
Le bien apparent et le mouvement volontaire
La notion de bien apparent joue un rôle crucial dans la théologie de Saint Thomas. Ce qui apparaît comme bon à l'intellect devient l'objet du désir volontaire. Cependant, il existe une distinction importante entre le bien véritable et le bien apparent : ce qui semble bon peut ne pas être véritablement bon. Cette distinction éclaire la possibilité du péché : l'homme peut poursuivre ce qui lui apparaît comme bon alors que c'est un faux bien. Cette théorie du bien apparent fonde la responsabilité morale et explique comment l'erreur de jugement peut conduire à l'action mauvaise.
L'acte volontaire et sa nature
Un acte est véritablement volontaire lorsqu'il procède de la volonté avec connaissance. Saint Thomas distingue les actes volontaires des actes involontaires. Un acte involontaire est celui qui procède contre la volonté, soit par ignorance, soit par force externe. Cette distinction est fondamentale pour la théologie morale, car elle détermine la culpabilité des actions. Un acte accompli par ignorance invincible ne peut pas être imputable de la même manière qu'un acte fait en pleine connaissance de cause. La volonté doit donc être présente et consentante pour que l'acte soit moralement imputable à la personne.
L'influence de la grâce dans le mouvement de la volonté
Bien que la volonté se meuve elle-même vers le bien appréhendé par l'intellect, Saint Thomas reconnaît le rôle essentiel de la grâce sanctifiante. La grâce divine assiste la volonté, l'incline vers le véritable bien et fortifie sa capacité à accomplir les actes vertueux. Cette coopération entre la grâce divine et la liberté volontaire est un point central de la théologie thomiste : Dieu meut la volonté de l'intérieur sans annuler sa liberté. La grâce ne force pas, mais elle meut et dispose la volonté à vouloir le bien.
Les différentes causes du mouvement de la volonté
Saint Thomas énumère plusieurs causes qui peuvent mouvoir la volonté : l'objet bon connu par l'intellect, les passions qui influencent l'appétit sensible, et finalement Dieu qui est la cause première de tout mouvement. La vertu développe dans la volonté une inclination habituelle vers le bien moral, tandis que les vices l'inclinent vers le mal. Cette multiplicité des causes montre que le mouvement volontaire est complexe et multifactoriel. Les passions, en particulier, jouent un rôle important en inclinant la volonté soit vers le bien soit vers le mal, ce qui explique pourquoi le combat spirituel est une réalité pour le croyant qui cherche à progresser dans la vertu.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Première Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite de la moralité, des vertus, des passions et de la loi.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Prima Secundae, Question 10
Q. 10 - De la manière dont la volonté est mue
Saint Thomas approfondit le mode selon lequel la volonté est mue, examinant si elle agit par nécessité ou librement dans différentes situations.
Introduction
Cette question complète l'étude du mouvement de la volonté en précisant les modalités de ce mouvement. Elle distingue les cas où la volonté agit nécessairement de ceux où elle conserve sa liberté, établissant ainsi les fondements du libre arbitre.
La volonté est-elle mue nécessairement par son objet
La volonté est mue nécessairement par la béatitude en tant que bien parfait et complet, mais elle n'est pas mue nécessairement par les biens particuliers. Aucun bien créé ne présente tous les aspects du bien parfait, de sorte que la volonté conserve sa liberté à l'égard de tous les biens particuliers.
La volonté est-elle mue nécessairement par l'appétit sensible
L'appétit sensible ne meut pas la volonté par nécessité, car la volonté, en tant que faculté rationnelle, peut résister aux inclinations des passions. Cependant, une passion véhémente peut obscurcir le jugement de la raison et ainsi influencer la volonté indirectement, sans toutefois la contraindre absolument.
La volonté se meut-elle elle-même nécessairement
La volonté ne se meut pas elle-même nécessairement. Bien qu'elle veuille nécessairement la fin ultime qu'est la béatitude, elle se détermine librement quant au choix des moyens particuliers pour atteindre cette fin. Cette liberté dans l'élection des moyens est essentielle à la nature de la volonté humaine.
Dieu meut-il la volonté nécessairement
Dieu peut mouvoir la volonté de deux manières : soit en présentant un objet qui la meut nécessairement (comme la vision béatifique), soit en la mouvant de l'intérieur selon son mode propre qui est libre. Dans cette vie, Dieu meut la volonté de manière à préserver sa liberté, car la grâce ne détruit pas la nature mais la perfectionne.
La volonté est-elle mue nécessairement par ses dispositions intérieures
Les habitus et dispositions de la volonté, comme les vertus ou les vices, inclinent fortement la volonté sans la nécessiter absolument. Un homme vertueux agit facilement et avec plaisir selon la vertu, mais conserve toujours la possibilité de poser un acte contraire, même si cela devient plus difficile.
Le rapport entre nécessité et liberté dans la volonté
La volonté est à la fois nécessaire dans son orientation fondamentale vers le bien et la béatitude, et libre dans ses choix particuliers. Cette double caractéristique fonde la possibilité de la morale : l'homme tend nécessairement au bonheur, mais choisit librement les moyens, pouvant ainsi mériter ou démériter.
La liberté de la volonté et la providence divine
Bien que Dieu connaisse de toute éternité et cause efficacement tous les actes de la volonté humaine, cette causalité divine ne supprime pas mais fonde la liberté humaine. Dieu, cause première, produit l'acte libre lui-même selon le mode propre de la créature rationnelle. Cette doctrine concilie la toute-puissance divine et la responsabilité morale de l'homme.
Cet article est mentionné dans
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