Droit à la récompense ou à la punition pour les actes libres. Fondements théologiques du mérite surnaturel par la grâce sanctifiante.
Introduction
Le mérite et le démérite constituent les fondements de la justice rétributive divine, par laquelle Dieu récompense les bonnes actions et punit les mauvaises. Cette doctrine, fermement établie dans l'enseignement de l'Église, affirme que l'homme, en coopérant librement avec la grâce divine, peut mériter une récompense éternelle. Le démérite, inversement, désigne la culpabilité contractée par le péché et qui rend l'homme digne de châtiment. Cette vérité s'oppose radicalement aux erreurs protestantes qui nient tout mérite humain, comme aux illusions pélagiennes qui prétendent mériter le salut par les seules forces naturelles.
La nature du mérite
Le mérite, au sens strict, est le droit à une récompense fondé sur un acte bon librement accompli. Il suppose nécessairement trois éléments : un acte moralement bon, la liberté de l'agent, et une proportion entre l'acte et la récompense. Sans ces conditions, on ne peut parler de mérite véritable. L'homme étant créature de Dieu, aucun acte purement naturel ne peut strictement mériter une récompense surnaturelle. C'est pourquoi le mérite véritable suppose toujours l'intervention de la grâce divine qui élève l'acte humain à l'ordre surnaturel.
Mérite de condigno et mérite de congruo
La théologie scolastique distingue soigneusement deux types de mérite. Le mérite de condigno, ou mérite de justice stricte, confère un véritable droit à la récompense. C'est le mérite proprement dit, fondé sur la grâce sanctifiante qui établit une proportion entre l'acte et la récompense éternelle. Le mérite de congruo, ou mérite de convenance, n'établit pas un droit strict mais seulement une certaine convenance que Dieu récompense par pure libéralité. Ainsi, l'homme en état de péché mortel ne peut mériter de condigno, mais ses bonnes œuvres naturelles peuvent avoir un certain mérite de congruo que Dieu récompense par des grâces actuelles disposant à la conversion.
Les conditions essentielles du mérite surnaturel
Pour qu'un acte soit méritoire de la vie éternelle, quatre conditions sont absolument requises. Premièrement, l'état de grâce sanctifiante : l'âme doit être unie à Dieu par la charité surnaturelle. Deuxièmement, l'état de voie : seuls les actes posés durant cette vie terrestre peuvent mériter, car après la mort commence le temps de la rétribution, non du mérite. Troisièmement, la liberté : seuls les actes véritablement libres et volontaires sont méritoires. Quatrièmement, l'intention surnaturelle : l'acte doit être référé, au moins virtuellement, à Dieu comme fin dernière.
Le rôle de la grâce sanctifiante
La grâce sanctifiante est absolument indispensable au mérite surnaturel. Elle est cette qualité divine infusée dans l'âme qui la rend participante de la nature divine et capable d'actes proportionnés à la récompense éternelle. Sans elle, toutes nos œuvres, même héroïques selon l'ordre naturel, demeurent incapables de mériter le ciel. La grâce sanctifiante transforme radicalement l'homme, le faisant passer de l'état de serviteur à celui d'enfant adoptif de Dieu. C'est elle qui établit cette proportion merveilleuse entre nos petits actes terrestres et la gloire infinie du paradis.
L'enseignement du Concile de Trente
Face aux erreurs luthériennes qui niaient tout mérite humain, le Concile de Trente a solennellement défini que les justifiés peuvent véritablement mériter l'augmentation de la grâce, la vie éternelle et l'accroissement de la gloire céleste. Cette définition dogmatique condamne irrévocablement la doctrine protestante de la justification par la foi seule. Les bonnes œuvres accomplies en état de grâce sont véritablement méritoires, non par leurs propres forces, mais par la grâce du Christ qui opère en nous et avec nous.
Le mérite du Christ, source de tout mérite
Tout mérite humain trouve sa source et son fondement dans les mérites infinis de Notre Seigneur Jésus-Christ. Nos œuvres ne sont méritoires que parce qu'elles participent à la valeur satisfactoire et méritoire de la Passion du Sauveur. Le Christ, par son sacrifice rédempteur, a mérité pour nous la grâce sanctifiante et toutes les grâces actuelles. Nos mérites sont donc des mérites subordonnés, entièrement dépendants du mérite principal du Christ. C'est en tant que membres de son Corps mystique que nous pouvons mériter.
Ce que nous pouvons et ne pouvons pas mériter
L'homme en état de grâce peut mériter de condigno l'augmentation de la grâce sanctifiante, la vie éternelle si elle est conservée jusqu'à la mort, et l'accroissement de la gloire au paradis proportionné à ses mérites. Il peut également mériter pour autrui par mérite de congruo certaines grâces actuelles. En revanche, nul ne peut mériter de condigno la première grâce sanctifiante, car avant de la recevoir, on n'est pas capable de mérite surnaturel. On ne peut non plus mériter de condigno la grâce de la persévérance finale, don absolument gratuit que Dieu accorde à qui Il veut.
Le démérite et la culpabilité du péché
Le démérite est l'opposé du mérite. Par le péché mortel, l'homme perd tout mérite antérieur et contracte une dette de peine éternelle. Cette terrible justice divine manifeste la gravité infinie de l'offense faite à Dieu. Le péché mortel mérite proprement l'enfer, c'est-à-dire la privation éternelle de Dieu et les souffrances du feu éternel. Le péché véniel, quant à lui, mérite des peines temporelles qui seront expiées en cette vie ou au purgatoire. Même après le pardon sacramentel, demeure souvent une dette de peine temporelle qu'il faut satisfaire.
La récompense des différents mérites
La justice divine attribue à chaque mérite sa récompense proportionnée. Dans l'éternité, chaque bienheureux jouira de Dieu selon la mesure de sa charité et de ses mérites terrestres. Cette inégalité dans la gloire ne cause aucune jalousie, car chacun sera comblé selon sa capacité et tous seront parfaitement heureux. Ici-bas, Dieu récompense déjà les bonnes œuvres par l'augmentation de la grâce, la paix de la conscience, et diverses consolations spirituelles. Même les souffrances acceptées avec amour deviennent méritoires et augmentent notre trésor céleste.
Les moyens d'augmenter nos mérites
Pour accroître nos mérites, plusieurs moyens sont particulièrement efficaces. La fréquentation assidue des sacrements, surtout la sainte Eucharistie et la Confession, augmente la grâce sanctifiante. La pratique constante des vertus théologales et morales, l'accomplissement fidèle des devoirs d'état, les œuvres de pénitence et de mortification, l'exercice de la charité envers le prochain : tous ces actes, accomplis en état de grâce et avec une intention pure, accumulent des mérites pour l'éternité.
La pureté d'intention
L'intention avec laquelle nous agissons influence considérablement la valeur méritoire de nos actes. Une action accomplie uniquement pour plaire aux hommes ou par vaine gloire perd toute valeur surnaturelle. Il faut donc purifier constamment notre intention, référant tous nos actes à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Cette pureté d'intention ne supprime pas les motifs secondaires légitimes, mais les subordonne à la fin dernière. Plus notre intention est pure, plus nos mérites sont grands devant Dieu.
L'erreur du quiétisme
Contre les erreurs quiétistes qui méprisaient les œuvres et prétendaient que l'âme parfaite n'avait plus à mériter, l'Église a fermement maintenu que tant que nous sommes en cette vie, nous sommes appelés à mériter par nos bonnes œuvres. L'abandon à la volonté divine ne dispense nullement de l'effort moral et de la coopération active avec la grâce. La véritable sainteté consiste précisément dans cette collaboration généreuse avec Dieu qui nous fait mériter chaque jour davantage.
La perspective de l'éternité
La doctrine du mérite doit nous enflammer du désir de profiter de chaque instant pour accumuler des trésors dans le ciel. Cette vie brève est l'unique temps où nous pouvons mériter. Après la mort commence l'éternité immuable où nous recevrons selon nos œuvres. Cette vérité devrait nous inspirer une sainte vigilance, nous poussant à sanctifier tous nos actes, même les plus ordinaires, en les accomplissant pour l'amour de Dieu. Que notre préoccupation constante soit d'augmenter nos mérites, sachant que "ce qui est momentané et léger de notre tribulation produit pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire."
Cet article est mentionné dans
- La Grâce Sanctifiante - fondement du mérite surnaturel
- Le Péché Actuel - source du démérite
- Le Péché Mortel - perte de tous les mérites
- Le Péché Véniel - diminution du mérite
- Les Vertus Théologales - moyens d'augmenter les mérites
- La Charité, Reine des Vertus - principe du mérite
- Le Concile de Trente - définition dogmatique du mérite
- La Sainteté et la Perfection Chrétienne - accumulation des mérites