Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 4
Introduction
La question de la fréquence à laquelle on doit recevoir la sainte Communion a fait l'objet de diverses pratiques au cours de l'histoire de l'Église. L'Imitation de Jésus-Christ, dans son quatrième livre consacré au Saint-Sacrement, aborde cette question délicate avec la sagesse et la prudence qui caractérisent ce grand ouvrage de spiritualité.
La disposition du cœur avant tout
L'importance de la préparation intérieure
Ce qui importe avant tout n'est pas tant la fréquence de la Communion que la disposition du cœur avec laquelle on s'approche de la Table sainte. Une âme bien préparée, dans l'humilité et la contrition, tirera plus de fruit d'une seule Communion qu'une âme négligente de nombreuses communions fréquentes.
Le danger de la routine
La fréquence peut engendrer une certaine familiarité qui affaiblit le respect et la révérence dus au très Saint-Sacrement. Il faut éviter de communier par habitude ou par routine, sans recueillement véritable. Chaque Communion devrait être reçue comme si c'était la première et la dernière, avec un désir ardent et une reconnaissance profonde.
L'équilibre entre désir et révérence
Le désir ardent de l'union à Dieu
L'âme pieuse est naturellement portée à désirer la communion fréquente, car elle aspire à l'union intime avec son Seigneur. Ce désir est légitime et saint, puisque Notre-Seigneur lui-même a dit : "Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui" (Jn 6, 56). La Communion est la nourriture de l'âme, et l'âme fervente a faim de cette nourriture céleste.
La crainte révérencielle
Cependant, cette faim spirituelle doit s'accompagner d'une profonde révérence et d'une conscience de notre indignité. Nous sommes pécheurs, et le Christ est infiniment saint. Cette tension entre le désir et la crainte révérencielle caractérise l'attitude authentiquement catholique face au Saint-Sacrement. Ni la présomption qui communie sans préparation, ni la pusillanimité qui s'abstient par scrupule excessif ne sont conformes à l'esprit de l'Évangile.
Le conseil du directeur spirituel
L'obéissance comme garantie
L'Imitation recommande de ne pas suivre uniquement son propre jugement en cette matière, mais de se soumettre au conseil d'un directeur spirituel sage et expérimenté. L'obéissance protège contre les illusions de l'amour-propre et assure que notre pratique est conforme à la volonté de Dieu plutôt qu'à nos propres inclinations.
L'adaptation aux circonstances
Le directeur spirituel saura adapter ses conseils à l'état particulier de chaque âme : certaines âmes, plus avancées dans la perfection, peuvent être encouragées à communier fréquemment, voire quotidiennement; d'autres, encore faibles dans la vertu, bénéficieront d'une pratique plus espacée qui leur permettra de mieux se préparer.
La pratique traditionnelle de l'Église
L'évolution historique
Dans l'Église primitive, la communion fréquente, parfois quotidienne, était courante parmi les fidèles fervents. Au Moyen Âge, par un excès de révérence peut-être, la pratique s'est raréfiée, au point que le quatrième concile du Latran (1215) dut imposer la communion au moins une fois l'an, à Pâques. Saint Pie X, au début du XXe siècle, encouragea vivement le retour à la communion fréquente et quotidienne pour tous les fidèles en état de grâce.
Les conditions requises
La tradition constante de l'Église exige deux conditions pour une communion fructueuse : être en état de grâce (exempt de péché mortel) et avoir l'intention droite (désirer s'unir au Christ et progresser dans la sainteté). Ces conditions remplies, rien ne s'oppose à la communion fréquente, pourvu qu'elle soit accompagnée d'une préparation convenable et d'une action de grâces fervente.