Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 2
Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 2
Introduction
La privation de toute consolation, appelée aussi nuit spirituelle ou sécheresse, est une épreuve que Dieu permet pour purifier l'âme et approfondir sa foi. L'Imitation de Jésus-Christ nous enseigne que l'âme doit apprendre à servir Dieu non pour les consolations sensibles qu'elle en retire, mais pour Dieu lui-même. Cette épreuve, loin d'être un signe de réprobation, est souvent la marque d'un amour divin particulier qui veut élever l'âme à un degré supérieur de perfection.
La tentation des consolations sensibles
Au début de la vie spirituelle, Dieu accorde souvent des consolations sensibles pour attirer l'âme et l'affermir dans le bien. Ces douceurs spirituelles sont comme le lait dont on nourrit les enfants. Mais l'âme peut s'y attacher de manière désordonnée, cherchant Dieu pour ses dons plutôt que pour lui-même. Cette recherche intéressée des consolations doit être purifiée.
Le dépouillement comme voie de purification
Dieu, dans sa sagesse pédagogique, retire parfois toute consolation pour détacher l'âme des dons et l'attacher au Donateur. Cette nuit spirituelle est une grâce de purification qui prépare l'âme à une union plus intime et plus pure avec Dieu. Elle éprouve la solidité de notre amour et manifeste si nous cherchons vraiment Dieu ou seulement notre satisfaction personnelle.
Nature de la privation de consolation
Définition et manifestations
La privation de consolation se caractérise par l'absence de tout goût sensible dans les exercices spirituels. La prière devient aride, la lecture spirituelle ennuyeuse, les sacrements semblent sans effet. L'âme ne ressent plus la présence de Dieu, bien qu'elle continue à croire en lui. Cette sécheresse peut s'accompagner de tentations, de doutes, de tristesse spirituelle. Elle peut durer des jours, des mois, voire des années selon les desseins de Dieu.
Distinction avec la tiédeur
Il importe de distinguer la sécheresse spirituelle de la tiédeur volontaire. La tiédeur provient de la négligence, du péché véniel habituel, du relâchement dans la pratique des vertus. Elle est coupable et éloigne de Dieu. La sécheresse spirituelle, au contraire, survient malgré la fidélité de l'âme et peut coexister avec une grande ferveur de volonté. L'âme tiède se désintéresse de Dieu ; l'âme dans la sécheresse souffre de ne pas le sentir présent tout en persévérant dans sa recherche.
Les causes de cette privation
Selon les maîtres spirituels, Dieu permet la privation de consolation pour plusieurs raisons. Premièrement, pour purifier l'amour de l'âme et l'élever au-dessus des motifs intéressés. Deuxièmement, pour éprouver la fidélité et manifester si l'âme sert Dieu par amour véritable ou par recherche de satisfaction personnelle. Troisièmement, pour humilier l'orgueil spirituel qui pourrait naître des consolations. Quatrièmement, pour fortifier les vertus théologales), spécialement la foi et l'espérance, qui doivent opérer sans le soutien du sentiment.
L'enseignement scripturaire et théologique
Les exemples bibliques
L'Écriture Sainte atteste la réalité de cette épreuve. Job, dans ses souffrances, ne sentait plus la présence de Dieu et s'écriait : "Je crie vers toi, et tu ne me réponds pas" (Job 30, 20). Le psalmiste déplore : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" (Psaume 22, 1). Le Christ lui-même, sur la croix, a repris cette plainte, éprouvant dans son humanité sainte le sentiment d'abandon. Ces exemples nous enseignent que la privation de consolation n'est pas incompatible avec la sainteté, bien au contraire.
La doctrine des mystiques
Saint Jean de la Croix a développé la doctrine de la nuit obscure de l'âme dans ses œuvres majeures. Il distingue la nuit active, où l'âme se purifie par ses propres efforts sous la grâce, et la nuit passive, où Dieu lui-même opère la purification en retirant toute consolation. Cette nuit, bien que douloureuse, est extrêmement fructueuse. Elle purifie l'âme de ses attachements subtils et la prépare à l'union transformante avec Dieu.
L'enseignement de sainte Thérèse d'Avila
Sainte Thérèse d'Avila, dans le Château intérieur, décrit les épreuves des quatrièmes demeures où Dieu commence à sevrer l'âme des consolations sensibles. Elle enseigne que cette épreuve est nécessaire pour passer à un degré supérieur d'oraison. L'âme doit apprendre à prier non avec l'imagination et les sentiments, mais avec la volonté seule, dans une foi nue.
Attitudes justes face à la privation de consolation
Persévérer dans la fidélité
La première et principale attitude est de persévérer dans la pratique des exercices spirituels malgré l'absence de goût sensible. Continuer à prier alors qu'on n'y trouve aucune consolation manifeste la pureté de l'intention. Comme Job, il faut dire : "Quand il m'aurait tué, j'espérerais encore en lui" (Job 13, 15). Cette fidélité dans l'épreuve plaît infiniment à Dieu et mérite une récompense spéciale.
S'humilier sans se décourager
L'âme doit reconnaître humblement qu'elle ne mérite pas les consolations divines et que Dieu est libre de les accorder ou de les retirer. Cette humilité préserve du murmure et de la révolte. Mais elle ne doit pas verser dans le découragement qui est une tentation diabolique. Il faut distinguer l'humilité, qui reconnaît sa misère tout en espérant en la miséricorde, du découragement qui doute de cette miséricorde.
Examiner sa conscience
Bien que la sécheresse ne soit pas nécessairement-de-necessario-necessairement-p) causée par le péché, il est prudent d'examiner sa conscience pour voir si quelque attachement désordonné, quelque négligence ou quelque péché véniel habituel n'en serait pas la cause. Si tel est le cas, il faut se corriger. Si la conscience ne reproche rien de grave, l'âme peut être assurée que cette épreuve vient de Dieu et qu'elle doit la supporter avec patience.
Continuer la lutte contre le péché
La privation de consolation ne dispense pas du combat contre les tentations. Au contraire, l'ennemi profite souvent de cet état pour redoubler ses assauts. L'âme doit veiller avec vigilance, résister aux tentations et éviter le péché, même si elle ne ressent aucun secours sensible. Cette lutte dans l'aridité a une grande valeur méritoire.
S'abandonner à la volonté divine
L'attitude la plus parfaite est l'abandon total à la volonté de Dieu. Accepter les consolations quand Dieu les donne, accepter leur privation quand il les retire, et dans les deux cas demeurer en paix. Dire avec le Christ : "Non pas ma volonté, mais la tienne" (Luc 22, 42). Cet abandon filial est le sommet de la vie spirituelle.
Fruits de cette épreuve
Purification de l'amour
La privation de consolation purifie l'amour de tout motif intéressé. L'âme apprend à aimer Dieu pour lui-même et non pour les douceurs qu'elle en retire. Cet amour pur, désintéressé, est incomparablement plus parfait que l'amour mélangé de recherche personnelle. C'est l'amour de charité parfaite qui ne cherche pas son intérêt mais la gloire de Dieu.
Approfondissement de la foi
La foi se fortifie et s'approfondit dans la nuit. Lorsque les sens ne perçoivent plus rien, seule la foi nue demeure. L'âme croit sans voir, espère sans sentir, aime sans goûter. Cette foi purifiée devient le roc inébranlable sur lequel s'édifie toute la vie spirituelle. Elle atteint la substance de Dieu au-delà de toutes les représentations sensibles.
Humilité profonde
L'expérience de sa propre impuissance et misère, jointe à la connaissance de la gratuité absolue des dons divins, engendre une humilité profonde. L'âme comprend viscéralement qu'elle ne peut rien par elle-même et que tout est grâce. Cette humilité est le fondement solide de toute sainteté authentique.
Compassion pour les pécheurs
Celui qui a expérimenté l'éloignement apparent de Dieu comprend mieux la souffrance des pécheurs qui vivent réellement séparés de lui. Cette compassion engendre la charité fraternelle et le zèle apostolique. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, dans sa nuit de la foi, offrait ses souffrances pour la conversion des pécheurs.
Préparation à l'union mystique
Les mystiques enseignent que la nuit obscure est le passage obligé vers l'union transformante. Dieu ne peut se communiquer pleinement à une âme encore attachée aux consolations sensibles. Il faut que la maison soit vide des créatures pour que l'Époux divin y établisse sa demeure. La nuit prépare l'aurore de l'union.
Erreurs à éviter
Abandonner la prière
L'erreur la plus grave serait d'abandonner la prière sous prétexte qu'elle ne procure plus de consolation. C'est précisément quand la prière est aride qu'elle a le plus de valeur. Une heure de prière dans la sécheresse vaut plus que de longues heures de consolation sensible, car elle manifeste un amour plus pur.
Chercher des consolations de substitution
Certaines âmes, privées de consolations spirituelles, se tournent vers les créatures pour y trouver un réconfort. C'est une trahison de l'élan spirituel. L'âme doit accepter le vide et l'aridité sans chercher à les combler par des satisfactions humaines. Ce vide est nécessaire pour que Dieu le remplisse à sa manière et en son temps.
S'inquiéter excessivement
L'inquiétude anxieuse et le scrupule sont des tentations fréquentes dans cet état. L'âme se demande si elle n'a pas perdu la grâce, si Dieu ne l'a pas abandonnée, si elle ne fait pas fausse route. Ces pensées viennent de l'ennemi et doivent être rejetées avec confiance en la miséricorde divine.
Comparer son état à celui des autres
La comparaison avec les âmes qui semblent jouir de grandes consolations engendre l'envie et le découragement. Chacun a son chemin propre tracé par Dieu. Ce qui convient à une âme ne convient pas nécessairement à une autre. Il faut accepter humblement la voie que Dieu choisit pour nous.
Conclusion
La privation de toute consolation, loin d'être un malheur, est une grâce de choix par laquelle Dieu purifie et élève l'âme. Elle est le creuset où se forge l'or pur de la charité. Que l'âme qui traverse cette nuit ne se décourage pas mais persévère dans la foi et l'espérance. Dieu n'abandonne jamais ceux qui se confient en lui. Après l'hiver vient le printemps, après la nuit l'aurore. Celui qui aura été fidèle dans l'épreuve connaîtra une lumière et une joie incomparablement supérieures à ce qu'il a perdu. "Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l'allégresse" (Psaume 126, 5). Cette loi spirituelle est infaillible : la croix précède toujours la résurrection, la nuit annonce toujours l'aube de la gloire.