Traduction française : demain
Traduction anglaise : tomorrow
Grammaire : adverb
Exemple d'utilisation
Cras ad urbem ibimus.
Étymologie
Gives Spanish 'mañana' (de mañana); related crastinus
Contexte linguistique
Le mot latin cras appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
Importance dans la tradition
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Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
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Racine de nombreux mots français et européens
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Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
Utilisation dans la liturgie
Le latin cras peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Signification spirituelle du temps
L'adverbe cras (demain) désigne le jour suivant, le lendemain, le futur immédiat. Dans la spiritualité chrétienne, le rapport au lendemain révèle notre attitude fondamentale face au temps, à la providence et à l'éternité. Le "demain" peut être l'objet d'une anxiété coupable ou d'une confiance filiale en Dieu.
Le temps, dans la conception chrétienne, n'est pas un cycle sans fin (conception grecque) ni une fuite irréversible vers le néant, mais une histoire orientée vers son accomplissement en Dieu. Chaque "demain" nous rapproche du dies Domini, du Jour du Seigneur qui donnera son sens définitif à tous nos jours.
Ne vous inquiétez pas du lendemain
L'enseignement du Sermon sur la Montagne
Jésus enseigne explicitement : "Ne vous inquiétez donc pas du lendemain (de crastino) : demain s'inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine" (Mt 6,34). Cette parole libératrice nous délivre de l'anxiété qui ronge notre présent par la projection inquiète vers le futur.
Le Seigneur ne condamne pas la prévoyance raisonnable, mais l'inquiétude (sollicitudo) qui témoigne d'un manque de confiance en la providence divine. "Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent... et votre Père céleste les nourrit" (Mt 6,26). Si Dieu prend soin des créatures sans raison, combien plus de ses enfants !
La providence divine
La doctrine de la providence (providentia) enseigne que Dieu gouverne toutes choses avec sagesse et amour. Saint Augustin affirme : "Dieu n'abandonne pas ses œuvres." Cette foi en la providence libère de l'angoisse du lendemain (cras).
Sainte Thérèse de Lisieux pratiquait un abandon total à la providence, refusant de s'inquiéter du lendemain. Elle écrit : "Je ne m'inquiète pas du lendemain. Dieu me donne ce qu'il me faut pour le jour présent." Cette confiance filiale caractérise la "petite voie" thérésienne.
La procrastination spirituelle
Le danger du "demain"
Si l'inquiétude du lendemain est condamnable, la procrastination l'est tout autant. Remettre à demain (cras) la conversion, la pénitence, l'amendement de vie constitue une tentation mortelle. Saint Augustin confessait avoir longtemps prié : "Seigneur, donne-moi la chasteté... mais pas encore (sed nondum)."
Les Pères du désert mettaient en garde contre l'illusion du "demain je commencerai." La mort peut survenir avant ce demain qui ne viendra jamais. L'Écriture avertit : "Ne remets pas à demain (cras) en disant : 'Demain je donnerai', alors que tu as de quoi donner aujourd'hui" (Pr 3,28).
L'urgence de la conversion
"Aujourd'hui (hodie), si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs" (Ps 95,7-8). L'aujourd'hui de Dieu ne peut être différé à demain. Chaque jour est le jour du salut, le kairos favorable qu'il ne faut pas laisser passer.
Saint Paul exhorte : "Voici maintenant le temps favorable (tempus acceptabile), voici maintenant le jour du salut" (2 Co 6,2). La conversion ne peut attendre demain ; elle s'accomplit dans l'aujourd'hui de la grâce.
Vivre le présent
Le moment présent
La spiritualité chrétienne, particulièrement chez saint François de Sales et le père Jean-Pierre de Caussade, valorise le "moment présent" comme lieu de la rencontre avec Dieu. Dieu nous donne sa grâce pour aujourd'hui, non pour demain. "Donnez-nous aujourd'hui (hodie) notre pain de ce jour (quotidianum)" (Mt 6,11).
Cette attention au présent n'est ni de l'insouciance ni de l'inconscience, mais de la confiance. Nous accomplissons fidèlement nos devoirs d'aujourd'hui, remettant à Dieu le souci de demain.
Un jour à la fois
Les Alcooliques Anonymes ont repris cette sagesse évangélique dans leur devise : "Un jour à la fois" (one day at a time). Cette maxime aide à vivre sobrement le présent sans être écrasé par la perspective du futur. Les spirituels l'enseignaient depuis longtemps : vivre chaque jour comme s'il était le seul.
Le lendemain et la mort
L'incertitude du lendemain
La parabole de l'homme riche (Lc 12,16-21) illustre dramatiquement l'incertitude du lendemain. L'homme dit à son âme : "Tu as des biens en réserve pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois, fais la fête." Mais Dieu lui répond : "Insensé ! Cette nuit même (hac nocte) ton âme te sera redemandée."
Nous ne sommes assurés ni du lendemain ni même de cette nuit. Jacques écrit : "Vous qui dites : 'Aujourd'hui ou demain (cras) nous irons dans telle ville...' Vous ne savez même pas ce que sera votre vie demain !" (Jc 4,13-14).
Memento mori
La tradition monastique pratiquait le memento mori : "Souviens-toi que tu mourras." Non pour cultiver le morbide, mais pour vivre l'aujourd'hui dans la perspective de l'éternité. Saint Benoît prescrivait : "Avoir chaque jour la mort devant les yeux."
Cette conscience de la mort imminente possible donne son sérieux à chaque journée. Nous ne savons pas si nous verrons demain (cras) ; accomplissons donc aujourd'hui ce que nous devons à Dieu et au prochain.
Le lendemain de la résurrection
Le jour suivant le sabbat
Le Nouveau Testament parle du "lendemain du sabbat" (una sabbatorum, le premier jour de la semaine), le dimanche où le Christ est ressuscité. Ce "lendemain" n'est pas un jour ordinaire, mais le dies Domini, le Jour du Seigneur qui inaugure la nouvelle création.
La résurrection transforme le sens du temps. Il y a un "avant" (le samedi saint, l'attente) et un "après" (le dimanche de Pâques, la vie nouvelle). Le lendemain de Pâques n'est plus sous le signe de la mort, mais de la vie éternelle.
L'attente du retour
Les premiers chrétiens vivaient dans l'attente du retour imminent du Seigneur. "Peut-être demain !" (cras). Cette tension eschatologique donnait à chaque jour une intensité particulière. Même si l'attente s'est prolongée, elle demeure la disposition fondamentale du chrétien : "Viens, Seigneur Jésus !" (Marana tha).
Contexte linguistique
Le mot latin cras appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires. Adverbe indéclinable, il dérive de la racine cra- qui signifie "demain, le jour suivant."
Cette racine est apparentée à crastinus (de demain, du lendemain), qui a donné en espagnol mañana (littéralement "le matin" mais signifiant "demain"), et en ancien français cras conservé dans "le lendemain" (crastinum diem).
L'expression die crastino ou die crastina (au jour suivant) se rencontre fréquemment dans les textes latins médiévaux et liturgiques.
Utilisation dans les textes spirituels
Le terme cras apparaît dans divers contextes spirituels et littéraires :
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Les commentaires sur Mt 6,34 ("Ne vous inquiétez pas du lendemain")
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Les traités sur la providence divine
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Les exhortations à la conversion immédiate (ne pas remettre à cras)
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La littérature monastique sur la vie au jour le jour
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Les sermons sur la mort et le jugement
L'adage latin Crastina dies nunquam venit (Le jour de demain ne vient jamais) exprime philosophiquement que seul l'aujourd'hui existe réellement. Saint Augustin développe cette réflexion dans ses Confessions sur la nature du temps.
Articles connexes
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hodie : aujourd'hui
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heri : hier
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tempus : temps
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dies : jour
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providentia : providence
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spes : espérance
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sollicitudo : inquiétude, souci
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conversio : conversion
Utilisation dans la liturgie
Le latin cras peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Références
- Latin classique
- Latin ecclésiastique
- Tradition liturgique
- Étymologie indo-européenne
Ce mot fait partie du glossaire latin complet de l'encyclopédie Tradiland, qui recense les principaux termes latins utilisés dans la tradition chrétienne et classique.