Traduction française : corps
Traduction anglaise : body
Grammaire : noun, 3rd declension neuter, corporis
Exemple d'utilisation
Mens sana in corpore sano.
Étymologie
Du proto-indo-européen *ḱrep- (corps, form). racine de 'corpse', 'corporation', 'corporal'.
Contexte linguistique
Le mot latin corpus appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
Importance dans la tradition
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Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
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Racine de nombreux mots français et européens
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Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
Mots apparentés
- cor : cœur
Utilisation dans la liturgie
Le latin corpus peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Signification anthropologique et théologique
Le terme corpus désigne le corps physique, la réalité matérielle et charnelle de l'être humain. Dans l'anthropologie chrétienne, le corps n'est pas une prison de l'âme (conception platonicienne), ni une réalité méprisable, mais une dimension constitutive de la personne humaine créée à l'image de Dieu.
La foi chrétienne affirme contre tous les dualismes que le corps participe à la dignité de la personne. "Ne savez-vous pas que votre corps (corpus) est le temple du Saint-Esprit ?" (1 Co 6,19). Cette affirmation paulinienne établit la sainteté du corps humain, appelé à être transfiguré par la grâce.
Le corps dans l'anthropologie chrétienne
Unité substantielle de l'âme et du corps
Saint Thomas d'Aquin, reprenant Aristote, enseigne que l'âme est la forme substantielle du corps. L'être humain n'est pas une âme qui possède un corps, mais une unité substantielle d'âme et de corps. La personne humaine est à la fois spirituelle et corporelle, et ces deux dimensions constituent un seul être.
Le Concile de Vienne (1311-1312) définit que "l'âme rationnelle ou intellective est par elle-même et essentiellement la forme du corps humain." Cette définition dogmatique exclut tout dualisme qui opposerait radicalement l'âme au corps.
Dignité du corps
Vatican II, dans Gaudium et Spes 14, affirme : "Corps et âme, mais vraiment un, l'homme est, dans sa condition corporelle même, un résumé de l'univers des choses." Le corps humain récapitule toute la création matérielle et la porte vers Dieu.
Cette dignité du corps fonde toute l'éthique chrétienne concernant le respect de la vie, l'interdiction du suicide, la condamnation de la mutilation, le respect du corps après la mort. Le corps n'est pas un objet que l'on possède, mais une dimension de notre être personnel.
Le Corpus Christi
Le Corps du Christ incarné
L'Incarnation du Verbe signifie que le Fils de Dieu a pris un vrai corps humain. Le Symbole de Nicée-Constantinople proclame : "Et incarnatus est" (Et il s'est incarné). Contre les docètes qui niaient la réalité corporelle du Christ, l'Église affirme que Jésus possédait un authentique corpus, avec toutes ses propriétés physiques.
Saint Jean insiste : "Le Verbe s'est fait chair (caro)" (Jn 1,14). Ce corps du Christ, formé dans le sein de la Vierge Marie par l'Esprit Saint, est le lieu de notre salut. Par son Incarnation, le Verbe a sanctifié la matière et la chair humaine.
Le Corps eucharistique
Les paroles de la consécration - "Hoc est enim Corpus meum" (Ceci est mon Corps) - établissent la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Le pain consacré devient substantiellement le Corps du Christ. Cette transsubstantiation opère le changement le plus radical qui soit : la substance du pain devient celle du Corps du Christ.
Le Concile de Trente (Session XIII) définit solennellement : "Dans le saint sacrement de l'Eucharistie, après la consécration du pain et du vin, Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est contenu vraiment, réellement et substantiellement sous l'apparence de ces choses sensibles."
Cette doctrine du Corpus Christi eucharistique a suscité une intense piété. La Fête-Dieu (Sollemnitas Corporis et Sanguinis Christi) célèbre depuis le XIIIe siècle ce mystère central de la foi catholique.
Le Corps mystique du Christ
Saint Paul développe la doctrine du Corps mystique : l'Église est le Corps du Christ (Corpus Christi mysticum), dont il est la Tête et nous les membres. "Vous êtes le corps du Christ, et membres chacun pour sa part" (1 Co 12,27).
Cette ecclésiologie paulinienne établit l'unité profonde entre le Christ et l'Église. Les baptisés sont incorporés au Christ, deviennent membres de son Corps. Pie XII, dans l'encyclique Mystici Corporis (1943), développe magistralement cette doctrine.
La distinction entre le Corps eucharistique et le Corps mystique, bien que réelle, ne doit pas être exagérée. L'Eucharistie fait l'Église : en recevant le Corps sacramentel du Christ, les fidèles sont édifiés en Corps mystique.
La résurrection des corps
Promesse de la résurrection
La foi chrétienne ne promet pas l'immortalité de l'âme seule (doctrine philosophique), mais la résurrection des corps (resurrectio carnis, resurrectio corporum). Le Credo professe : "J'attends la résurrection de la chair (carnis)" ou "des morts (mortuorum)."
Saint Paul, dans 1 Corinthiens 15, développe longuement cette doctrine. Le corps ressuscité sera glorieux, incorruptible, spirituel, mais demeurera véritablement un corps. Ce ne sera pas un autre corps, mais ce corps transformé, transfiguré, conforme au Corps glorieux du Christ ressuscité.
Corps glorieux
La résurrection du Christ manifeste déjà la destinée des corps des élus. Le corps glorieux possède quatre propriétés (dotes), selon saint Thomas : l'impassibilité (impossibilité de souffrir), la subtilité (spiritualisation), l'agilité (mobilité parfaite), la clarté (rayonnement lumineux).
Ces propriétés ne sont pas des ajouts extérieurs, mais l'épanouissement total de ce que le corps était appelé à devenir. La résurrection accomplit la vocation intégrale de la personne humaine, corps et âme unis pour l'éternité.
Le corps et la vie morale
Chasteté et respect du corps
La vertu de chasteté régule l'usage du corps selon l'ordre voulu par Dieu. Saint Paul exhorte : "Glorifiez donc Dieu dans votre corps (corpus)" (1 Co 6,20). La morale sexuelle chrétienne découle de la dignité du corps, temple de l'Esprit Saint.
Les péchés contre le corps (peccata in corpus) revêtent une gravité particulière car ils profanent ce temple. La fornication, l'adultère, l'impureté sont condamnés non par mépris du corps, mais par respect de sa sainteté.
Mortification et ascèse
La tradition ascétique chrétienne pratique la mortification corporelle : jeûne, veilles, disciplines. Ces pratiques ne manifestent pas un mépris du corps, mais visent à soumettre les passions désordonnées et à configurer le corps au Christ souffrant.
Saint Paul écrit : "Je traite durement mon corps (corpus) et le réduis en servitude" (1 Co 9,27). Cette domination du corps ne vise pas sa destruction, mais son ordination au bien spirituel. La chair (caro) désigne les tendances peccamineuses, non le corps comme tel.
Langue des signes et sacramentalité
Le corps comme signe
Le christianisme valorise la dimension corporelle du culte. Les sacrements utilisent des éléments matériels et des gestes corporels : l'eau du baptême, l'huile de l'onction, l'imposition des mains, la génuflexion, le signe de croix.
Cette sacramentalité manifeste que la grâce ne méprise pas la matière mais l'assume et la transfigure. Le corps n'est pas un obstacle à la vie spirituelle, mais son instrument et son expression.
Corps et liturgie
La liturgie engage le corps tout entier : les postures (debout, à genoux, assis), les gestes (signe de croix, génuflexion, prosternation), les sens (encens, chants, ornements). Cette participation corporelle n'est pas accessoire mais essentielle au culte chrétien authentique.
L'axiome lex orandi, lex credendi (la loi de la prière est la loi de la foi) se vérifie dans cette dimension corporelle : notre manière de prier avec nos corps exprime notre foi en l'Incarnation et la résurrection.
Contexte linguistique
Le mot latin corpus appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires. Nom neutre de la 3e déclinaison (génitif : corporis), il dérive du proto-indo-européen *ḱrep- signifiant "corps, forme."
Cette racine a donné une riche famille lexicale : corporalis (corporel), corporeitas (corporéité), corporeus (corporel, matériel), incorporare (incorporer), corpus mysticum (corps mystique). Le français "corps" en dérive directement.
Utilisation dans la liturgie et la théologie
Le terme corpus est omniprésent dans la liturgie et les textes théologiques :
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Les paroles de la consécration : "Hoc est enim Corpus meum"
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La communion : "Corpus Christi" - "Amen"
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La Fête-Dieu : Sollemnitas Corporis et Sanguinis Christi
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L'hymne eucharistique Pange Lingua : "Tantum ergo Sacramentum... Praestet fides supplementum sensuum defectui"
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Les prières pour les défunts mentionnant la résurrection des corps
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Les traités théologiques sur le Corps mystique du Christ
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Le Code de Droit Canonique concernant le respect du corps
L'expression Mens sana in corpore sano (Un esprit sain dans un corps sain), bien que d'origine païenne (Juvénal), fut christianisée pour exprimer l'harmonie de la personne intégrale.
Articles connexes
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caro : chair
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anima : âme
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resurrectio : résurrection
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incarnatio : incarnation
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eucharistia : eucharistie
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ecclesia : église
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sacramentum : sacrement
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materia : matière
Mots apparentés
- cor : cœur
Utilisation dans la liturgie
Le latin corpus peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
Références
- Latin classique
- Latin ecclésiastique
- Tradition liturgique
- Étymologie indo-européenne
Ce mot fait partie du glossaire latin complet de l'encyclopédie Tradiland, qui recense les principaux termes latins utilisés dans la tradition chrétienne et classique.