L'État au service du bien commun
L'État n'existe pas pour lui-même, mais pour le bien commun de la communauté qu'il gouverne. Son autorité lui vient de Dieu et doit être exercée en conformité avec la loi divine et la loi naturelle. Les devoirs de l'État envers la société sont multiples et importants : promouvoir la paix, protéger les innocents, favoriser le progrès moral et matériel de tous les citoyens, et en particulier des plus faibles.
L'État n'existe pas pour lui-même, mais pour le bien commun de la communauté qu'il gouverne. Son autorité lui vient de Dieu et doit être exercée en conformité avec la loi divine et la loi naturelle. Les devoirs de l'État envers la société sont multiples et importants : promouvoir la paix, protéger les innocents, favoriser le progrès moral et matériel de tous les citoyens, et en particulier des plus faibles.
Protection des droits naturels
L'État a le devoir de protéger les droits naturels de ses citoyens : le droit à la vie, à la propriété privée, à la liberté de conscience et de religion (dans le cadre de l'ordre public). L'État ne crée pas ces droits, ils préexistent à l'État; il les reconnaît et les protège. C'est pourquoi un État qui viole systématiquement ces droits viole sa propre raison d'être.
Intervention pour la justice sociale
L'État a non seulement le droit mais l'obligation d'intervenir pour assurer la justice dans les relations économiques. Il doit légiférer sur les conditions de travail, les salaires minima, les jours de repos, interdire l'exploitation des enfants et des femmes. Cette intervention n'est pas un socialisme de l'État, mais une expression de la fonction de protection qui est essentielle au pouvoir civil.
Promotion de la moralité publique
Enfin, l'État a un intérêt majeur à promouvoir la moralité publique, car une société sans morale sombre dans l'anarchie. Cela ne signifie pas une oppression religieuse, mais une reconnaissance que la moralité civile elle-même repose sur les principes chrétiens. L'État qui abandonne complètement la moralité au profit d'un utilitarisme pur se prépare sa propre destruction.
Fondements théologiques de l'autorité de l'État
L'origine divine du pouvoir civil
La doctrine catholique traditionnelle, constamment enseignée par les Pères et les Docteurs de l'Église, affirme que toute autorité légitime vient de Dieu. Saint Paul enseigne : "Il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par Dieu" (Rm 13, 1). Cette vérité ne signifie pas que Dieu désigne directement les gouvernants ni qu'il approuve tous leurs actes, mais que l'autorité politique en tant que telle, nécessaire au bon ordre de la société, trouve son fondement ultime en Dieu créateur et législateur suprême. L'État ne tire donc pas sa légitimité du seul consentement des gouvernés, mais de sa conformité à la loi divine et à sa mission au service du bien commun.
La définition du bien commun selon saint Thomas
Saint Thomas d'Aquin définit le bien commun comme "l'ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'à chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une façon plus totale et plus aisée" (Somme Théologique, I-II, q. 90, a. 2). Ce bien commun n'est pas la simple somme des biens particuliers ni l'intérêt de la majorité, mais le bien de la communauté en tant que totalité organique. Il comprend des éléments matériels (prospérité économique, sécurité, infrastructures) mais aussi et surtout des éléments moraux et spirituels (paix sociale, justice, moralité publique, possibilité pour les citoyens de pratiquer la vertu et d'atteindre leur fin dernière).
Le principe de subsidiarité
La doctrine sociale de l'Église enseigne le principe de subsidiarité, formulé explicitement par Pie XI dans Quadragesimo Anno : "Il est injuste de retirer aux individus ce qu'ils peuvent accomplir par leurs propres forces et leur propre industrie, pour le confier à la communauté ; de même il est injuste de retirer à des groupements d'ordre inférieur, pour le transférer à une collectivité plus vaste et d'un rang plus élevé, ce qu'ils sont en mesure de faire eux-mêmes." L'État doit donc respecter l'autonomie légitime des corps intermédiaires (famille, associations, corporations professionnelles) et n'intervenir que lorsque ces groupements sont incapables d'accomplir leur tâche ou lorsque le bien commun l'exige.
Protection des droits naturels
Les droits fondamentaux de la personne
L'État a le devoir de protéger les droits naturels de ses citoyens : le droit à la vie depuis la conception jusqu'à la mort naturelle, le droit à la propriété privée, le droit de fonder une famille et d'éduquer ses enfants selon ses convictions, le droit à la liberté de conscience et de religion (dans le cadre de l'ordre public et de la vérité objective). Ces droits ne sont pas créés par l'État ni par la volonté populaire, ils préexistent à toute organisation politique car ils découlent de la nature humaine créée par Dieu. L'État les reconnaît et les protège, mais ne peut légitimement les violer ou les supprimer.
La protection de la vie innocente
Le premier devoir de l'État est de protéger la vie innocente. Cela implique non seulement la défense contre les agressions extérieures et le maintien de l'ordre intérieur, mais aussi l'interdiction de l'avortement, de l'euthanasie, et de toute atteinte directe à la vie humaine innocente. Un État qui légalise le meurtre des enfants à naître ou des malades âgés trahit sa mission fondamentale et perd sa légitimité morale. Le droit à la vie est le droit fondamental dont dépendent tous les autres.
Le respect de la propriété privée
L'État doit protéger le droit à la propriété privée contre le vol, la confiscation arbitraire, et les atteintes injustes. Comme l'enseigne Léon XIII dans Rerum Novarum, la propriété privée est un droit naturel fondé dans la raison et dans le besoin de l'homme de pourvoir à sa subsistance et à celle de sa famille. Toutefois, ce droit n'est pas absolu : l'État peut réglementer l'usage de la propriété pour le bien commun, imposer des taxes justes, et même dans des cas exceptionnels procéder à des expropriations pour raison d'utilité publique, moyennant juste indemnisation.
La liberté religieuse bien comprise
L'État doit respecter la liberté de conscience et permettre l'exercice public de la religion, car l'homme a le devoir naturel d'honorer Dieu et l'État ne peut l'en empêcher sans violer un droit fondamental. Toutefois, cette liberté ne signifie pas l'indifférentisme religieux ni l'égalité de toutes les religions. L'État catholique traditionnel reconnaît la vraie religion (le catholicisme) comme religion officielle tout en tolérant les autres cultes pour le bien de la paix civile. L'État moderne laïc, s'il ne peut établir officiellement la religion catholique, doit au moins respecter les droits de l'Église et ne pas imposer une idéologie athée ou antichrétienne.
Intervention pour la justice sociale
Le devoir de légiférer sur les conditions de travail
L'État a non seulement le droit mais l'obligation d'intervenir pour assurer la justice dans les relations économiques. Léon XIII l'affirme clairement dans Rerum Novarum : l'État doit légiférer sur les conditions de travail pour protéger les ouvriers contre l'exploitation. Cela comprend la limitation de la durée du travail (interdiction des journées excessives de 14 ou 16 heures), l'interdiction du travail des enfants en bas âge, la réglementation du travail des femmes et des adolescents, l'imposition du repos dominical, la garantie de conditions de sécurité dans les usines. Cette intervention n'est pas du socialisme car elle ne supprime pas la propriété privée ni la liberté d'entreprendre, mais elle reconnaît que la liberté contractuelle doit être encadrée par la justice.
La question du salaire minimum
L'État peut et doit, dans certaines circonstances, établir un salaire minimum permettant à l'ouvrier de vivre dignement. Bien que le principe soit que le salaire se détermine par accord entre employeur et employé, la réalité montre que l'ouvrier isolé, poussé par la nécessité, accepte souvent des salaires insuffisants. L'État, gardien du bien commun, doit donc intervenir pour garantir que les travailleurs reçoivent au moins le minimum nécessaire pour vivre décemment avec leur famille. Ce salaire minimum doit être un salaire familial permettant au père de famille) de subvenir aux besoins de son épouse et de ses enfants.
La promotion des associations professionnelles
L'État doit favoriser la formation d'associations professionnelles où patrons et ouvriers d'un même métier collaborent pour le bien commun de la profession. Ces corporations, inspirées du modèle médiéval mais adaptées aux temps modernes, doivent réguler la production, fixer les salaires selon la justice, organiser la solidarité mutuelle, promouvoir la formation professionnelle. L'État ne doit pas créer lui-même ces corporations (ce qui serait du corporatisme étatique), mais encourager leur développement libre et respecter leur autonomie légitime dans le cadre du principe de subsidiarité.
Promotion de la moralité publique
Le fondement moral de la société
L'État a un intérêt majeur à promouvoir la moralité publique, car une société sans morale sombre inévitablement dans l'anarchie et la dissolution. Les lois civiles, pour être respectées, doivent s'appuyer sur la conscience morale des citoyens. Si cette conscience morale se corrompt, si le sens du bien et du mal s'estompe, si le vice devient socialement acceptable, alors aucun appareil répressif, si puissant soit-il, ne pourra maintenir l'ordre social. La moralité publique constitue donc un bien commun essentiel que l'État doit protéger et promouvoir.
Les limites de la neutralité morale
L'État moderne prétend souvent à une neutralité morale complète, laissant chaque citoyen libre de déterminer ses propres valeurs. Cette prétention est illusoire et dangereuse. En réalité, tout ordre juridique repose sur des choix moraux : punir le meurtre suppose que la vie humaine a une valeur, protéger la propriété suppose qu'il existe un droit naturel, sanctionner la fraude suppose que la vérité doit être respectée. L'État qui prétend à la neutralité morale finit par imposer un relativisme moral qui est lui-même une position morale (et fausse). L'État authentiquement catholique reconnaît que la moralité civile repose sur la loi morale naturelle, elle-même fondée en Dieu.
La protection de la famille et des mœurs
L'État doit légiférer pour protéger la famille, cellule fondamentale de la société. Cela implique de reconnaître dans la loi l'indissolubilité du mariage, de refuser la légalisation du divorce, de prohiber les unions contre-nature, de réprimer la pornographie et les atteintes aux mœurs publiques. L'État qui détruit la famille par des lois iniques (divorce facile, reconnaissance des unions homosexuelles, promotion de l'avortement et de la contraception) sape les fondements mêmes de la société et prépare sa propre ruine. La décadence morale des mœurs entraîne inévitablement la décadence politique et sociale.
Les limites du pouvoir de l'État
La subordination à la loi divine
Tout en reconnaissant les devoirs étendus de l'État, la doctrine catholique affirme clairement que le pouvoir civil n'est pas absolu mais subordonné à la loi divine et à la loi morale naturelle. Un État qui prétendrait à une souveraineté absolue, qui se proclamerait source unique du droit, qui nierait toute norme morale objective supérieure à sa volonté, tomberait dans le totalitarisme. Les citoyens ont le droit et parfois le devoir de résister aux lois injustes qui contredisent manifestement la loi de Dieu. Saint Pierre proclame : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" (Ac 5, 29).
Le respect de l'autorité spirituelle de l'Église
L'État doit reconnaître l'autorité spirituelle de l'Église et coopérer avec elle pour le bien des âmes. Dans l'ordre idéal, l'État confessionnel catholique reconnaît officiellement la vraie religion et collabore avec l'Église pour promouvoir le salut éternel des citoyens, tout en respectant la distinction entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Même dans les États modernes laïcs, où cette reconnaissance officielle n'est plus possible, l'État doit au moins respecter la liberté de l'Église, ne pas entraver sa mission, et reconnaître que les questions morales relèvent en dernier ressort du jugement de l'Église qui a reçu du Christ la mission d'enseigner la vérité.
Articles connexes
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Autorité - Le fondement divin du pouvoir légitime
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Bien commun - La fin de l'ordre social et politique
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Subsidiarité - Le principe d'organisation sociale
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Doctrine sociale de l'Église - L'enseignement complet
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Rerum Novarum - L'encyclique sur la condition des ouvriers
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Loi naturelle - Le fondement objectif de la morale
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Justice - La vertu qui donne à chacun son dû
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Famille - La cellule fondamentale de la société
Intervention pour la justice sociale
L'État a non seulement le droit mais l'obligation d'intervenir pour assurer la justice dans les relations économiques. Il doit légiférer sur les conditions de travail, les salaires minima, les jours de repos, interdire l'exploitation des enfants et des femmes. Cette intervention n'est pas un socialisme de l'État, mais une expression de la fonction de protection qui est essentielle au pouvoir civil.
Promotion de la moralité publique
Enfin, l'État a un intérêt majeur à promouvoir la moralité publique, car une société sans morale sombre dans l'anarchie. Cela ne signifie pas une oppression religieuse, mais une reconnaissance que la moralité civile elle-même repose sur les principes chrétiens. L'État qui abandonne complètement la moralité au profit d'un utilitarisme pur se prépare sa propre destruction.