Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 3
Introduction
Le sacrement de l'ordre est l'un des sept sacrements institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour conférer le pouvoir sacré d'exercer le ministère sacerdotal dans l'Église. Par ce sacrement, certains fidèles sont consacrés et députés pour paître le peuple de Dieu, accomplir en la personne du Christ les fonctions d'enseignement, de sanctification et de gouvernement. Le Concile de Trente (Session XXIII, 1563) a solennellement défini contre les Protestants que l'ordre est un véritable sacrement instituant une hiérarchie sacrée distincte du peuple chrétien par un caractère indélébile. Ce sacrement perpétue dans l'Église le sacerdoce unique et éternel de Jésus-Christ, Grand Prêtre selon l'ordre de Melchisédech, et assure la transmission apostolique du pouvoir de célébrer l'Eucharistie, de remettre les péchés et de gouverner le troupeau du Christ.
Institution divine du sacerdoce
Le sacerdoce du Christ
Notre-Seigneur Jésus-Christ est l'unique et éternel Grand Prêtre qui s'est offert lui-même en sacrifice sur la Croix pour la Rédemption du monde. L'Épître aux Hébreux développe longuement cette vérité centrale : le Christ est prêtre "selon l'ordre de Melchisédech" (He 5, 6), c'est-à-dire selon un sacerdoce supérieur et définitif qui accomplit et abolit le sacerdoce lévitique de l'Ancien Testament. Ce sacerdoce du Christ ne cesse pas avec son Ascension ; il se perpétue éternellement dans le Ciel où le Christ intercède pour nous, et sacramentellement sur terre par le ministère des prêtres ordonnés.
L'institution à la dernière Cène
Au soir du Jeudi Saint, lors de la dernière Cène, le Christ institua simultanément l'Eucharistie et le sacerdoce ministériel. En disant aux Apôtres "Faites ceci en mémoire de moi" (Lc 22, 19), il leur conféra le pouvoir de renouveler le sacrifice eucharistique et les constitua prêtres de la Nouvelle Alliance. Le commandement "Faites ceci" n'était pas une simple exhortation morale, mais une transmission sacramentelle du pouvoir sacerdotal. Les Apôtres reçurent ainsi le pouvoir de consacrer le Corps et le Sang du Christ.
Le pouvoir de remettre les péchés
Après sa Résurrection, le Christ conféra solennellement aux Apôtres le pouvoir de remettre les péchés : "Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jn 20, 22-23). Ce pouvoir judiciaire sur les âmes, réservé exclusivement à Dieu, fut communiqué aux Apôtres et, par eux, à leurs successeurs légitimes. La rémission sacramentelle des péchés suppose nécessairement un pouvoir d'ordre conféré par un sacrement.
La mission d'enseignement et de gouvernement
Le Christ envoya les Apôtres avec l'autorité d'enseigner et de gouverner : "Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé" (Mt 28, 19-20). "Qui vous écoute m'écoute, qui vous méprise me méprise" (Lc 10, 16). Cette triple fonction — sanctifier, enseigner, gouverner — constitue le ministère intégral du sacerdoce que les Apôtres transmirent à leurs successeurs par l'imposition des mains.
Les trois degrés de l'ordre sacré
L'épiscopat : plénitude du sacerdoce
L'épiscopat constitue le degré suprême du sacrement de l'ordre, conférant la plénitude du sacerdoce. Les évêques sont les successeurs des Apôtres, possédant la totalité des pouvoirs sacrés : celui de consacrer l'Eucharistie, d'administrer tous les sacrements y compris l'ordre et la confirmation (ordinairement), de gouverner leur diocèse avec autorité législative, judiciaire et coercitive. Vatican II (Lumen Gentium 21) a confirmé que l'épiscopat est véritablement un degré sacramentel et non une simple juridiction ajoutée au presbytérat.
Le presbytérat : sacerdoce proprement dit
Les prêtres, coopérateurs des évêques, possèdent le pouvoir d'offrir le saint sacrifice de la Messe, d'administrer les sacrements (baptême, pénitence, Eucharistie, extrême-onction, mariage), de prêcher la Parole de Dieu et de conduire les âmes. Bien qu'ils ne possèdent pas la plénitude du sacerdoce comme les évêques, ils participent réellement au sacerdoce du Christ et agissent in persona Christi capitis (en la personne du Christ Tête). Le prêtre ne représente pas simplement le Christ, il le rend présent sacramentellement dans ses actions liturgiques.
Le diaconat : ministère du service
Les diacres constituent le premier degré de la hiérarchie sacrée. Leur fonction propre est le service (diakonia) : assister l'évêque et les prêtres dans les fonctions liturgiques, proclamer l'Évangile, prêcher, baptiser, assister au mariage, distribuer la communion, présider aux funérailles. Les diacres ne possèdent pas le pouvoir sacerdotal de consacrer l'Eucharistie ni d'absoudre les péchés. Depuis Vatican II, le diaconat permanent a été restauré, permettant à des hommes mariés d'accéder à ce degré de l'ordre.
Matière et forme du sacrement
La matière : l'imposition des mains
La matière du sacrement de l'ordre consiste dans l'imposition des mains par l'évêque consécrateur sur la tête de l'ordinand. Ce geste, attesté dès l'époque apostolique (Ac 6, 6 ; 13, 3 ; 1 Tm 4, 14 ; 2 Tm 1, 6), signifie la transmission du pouvoir sacré et la descente de l'Esprit Saint. Pour l'ordination épiscopale, au moins trois évêques doivent imposer les mains ; pour le presbytérat, l'évêque seul est le ministre ordinaire ; pour le diaconat, également l'évêque seul.
La forme : la prière consécratoire
La forme du sacrement consiste dans les paroles de la prière consécratoire prononcée par l'évêque pendant l'imposition des mains. Cette prière, dont les éléments essentiels remontent à la Tradition apostolique, invoque l'Esprit Saint et exprime l'effet du sacrement conféré. La Constitution apostolique Sacramentum Ordinis de Pie XII (1947) a déterminé avec précision la matière et la forme essentielles pour chaque degré de l'ordre, mettant fin à d'anciennes controverses théologiques.
Les rites complémentaires
Outre la matière et la forme essentielles, le rituel de l'ordination comporte de nombreuses cérémonies significatives : la remise des instruments (calice et patène pour le prêtre, évangéliaire pour le diacre), l'onction des mains avec le saint chrême pour les prêtres et évêques, la remise de l'anneau, de la mitre et de la crosse pour les évêques. Ces rites, sans être essentiels à la validité, expriment symboliquement les pouvoirs et les devoirs conférés par l'ordination.
Le caractère sacramentel indélébile
Marque spirituelle ineffaçable
Le sacrement de l'ordre imprime dans l'âme un caractère sacramentel indélébile, une marque spirituelle qui demeure éternellement. Ce caractère configure ontologiquement l'ordonné au Christ Prêtre, le séparant du peuple chrétien et le consacrant exclusivement au service divin. Contrairement aux sacrements qui peuvent être réitérés (pénitence, Eucharistie), l'ordre ne peut être reçu qu'une seule fois pour chaque degré.
Permanence malgré l'indignité
Le caractère sacerdotal subsiste même si le prêtre tombe dans le péché, l'hérésie ou l'apostasie. Un prêtre indigne demeure prêtre, et s'il célèbre la Messe malgré son indignité, la consécration est valide (bien qu'il commette un sacrilège). Cette permanence du caractère manifeste que le sacerdoce n'est pas une fonction humaine révocable, mais une consécration divine irrévocable. "Tu es sacerdos in aeternum" — tu es prêtre pour l'éternité (Ps 109, 4).
Conséquences pratiques
En raison du caractère indélébile, un clerc peut être réduit à l'état laïc (c'est-à-dire dispensé des obligations cléricales et privé du droit d'exercer les fonctions sacrées), mais il ne cesse jamais ontologiquement d'être prêtre. Dans certaines circonstances extrêmes (danger de mort sans autre prêtre disponible), même un prêtre réduit à l'état laïc pourrait validement et licitement absoudre un mourant.
Les pouvoirs conférés par l'ordination
Le pouvoir d'ordre
Le pouvoir d'ordre est le pouvoir de sanctifier, principalement par la célébration de l'Eucharistie et l'administration des sacrements. Ce pouvoir, intrinsèquement lié au caractère sacerdotal, ne peut être ni délégué ni retiré. Il s'exerce validement même contre la volonté de l'autorité ecclésiastique (bien qu'alors illicitement). Un prêtre suspendu qui célèbre la Messe malgré la défense agit illicitement mais validement.
Le pouvoir de juridiction
Le pouvoir de juridiction est le pouvoir de gouverner les âmes : enseigner, légiférer, juger. Ce pouvoir, contrairement au pouvoir d'ordre, peut être délégué et retiré par l'autorité supérieure. Pour confesser validement, un prêtre doit posséder non seulement le pouvoir d'ordre (reçu à l'ordination) mais aussi la juridiction (accordée par l'évêque). Cette distinction entre pouvoir d'ordre et pouvoir de juridiction permet de comprendre les situations canoniques complexes.
Agir in persona Christi
Le prêtre ordonné agit in persona Christi capitis, en la personne du Christ Tête de l'Église. Lorsqu'il consacre l'Eucharistie, il ne dit pas "Ceci est le Corps du Christ" mais "Ceci est mon Corps", car c'est le Christ lui-même qui parle par sa bouche. Cette identification sacramentelle du prêtre au Christ explique pourquoi l'Église, fidèle à l'institution divine, réserve le sacerdoce ministériel aux hommes : le Christ-Époux agit par les prêtres envers l'Église-Épouse.
Conditions et dispositions pour recevoir l'ordination
Les conditions canoniques
Le Droit Canon établit diverses conditions pour l'ordination valide et licite : le sexe masculin (condition de validité selon la doctrine constante), le baptême et la confirmation, l'âge requis (25 ans pour le presbytérat, 23 pour le diaconat permanent), la liberté (absence de contrainte ou de crainte grave), l'état célibataire pour les latins (ou le mariage stable pour les diacres permanents), la formation convenable dans un séminaire approuvé.
Les empêchements
Certains empêchements, s'ils ne sont pas dispensés, rendent l'ordination illicite voire invalide : l'irrégularité (défaut corporel grave, démence, bâtardise non dispensée dans le droit ancien), l'indignité morale (vie scandaleuse, hérésie), les ordres reçus invalidement dans une autre confession. L'évêque doit examiner soigneusement les candidats pour s'assurer de leur aptitude doctrinale, morale et spirituelle.
Les dispositions spirituelles
Au-delà des conditions canoniques, l'ordinand doit posséder des dispositions spirituelles : la foi ferme, l'intention droite (non l'ambition ou l'intérêt), la vocation divine manifestée par l'appel intérieur de l'Esprit Saint et confirmée par l'Église, la charité envers Dieu et les âmes, l'humilité et le détachement. Le sacerdoce est la plus haute dignité terrestre, requérant une préparation et une sainteté proportionnées.
Le célibat sacerdotal
Discipline de l'Église latine
Dans l'Église latine, le célibat sacerdotal est une loi ecclésiastique (non de droit divin) qui oblige les clercs des ordres majeurs à renoncer au mariage. Cette discipline, enracinée dans la tradition apostolique et constamment affirmée par le Magistère, manifeste la consécration totale du prêtre au Christ et à son Église-Épouse. Le prêtre renonce aux joies légitimes de la famille pour se donner entièrement au service de Dieu et des âmes.
Fondements théologiques et spirituels
Le célibat sacerdotal trouve ses fondements dans l'exemple du Christ lui-même, prêtre vierge, dans la parole de saint Paul sur les avantages de la virginité pour se consacrer aux choses du Seigneur (1 Co 7, 32-34), et dans la convenance d'une pureté parfaite pour celui qui touche quotidiennement le Corps sacré du Christ. Vatican II (Presbyterorum Ordinis 16) et Paul VI (encyclique Sacerdotalis Caelibatus, 1967) ont magnifiquement exposé la valeur théologique et pastorale du célibat.
Pratique dans les Églises orientales
Les Églises orientales catholiques permettent l'ordination d'hommes mariés au diaconat et au presbytérat (mais non à l'épiscopat, réservé aux célibataires). Cette discipline différente ne contredit pas la tradition latine, mais manifeste la diversité légitime des usages disciplinaires dans l'unique Église catholique. Cependant, même en Orient, le mariage après l'ordination demeure strictement interdit.
La dignité et la responsabilité du prêtre
Dignité sublime du sacerdoce
Saint Jean-Marie Vianný, Curé d'Ars, affirmait : "Le prêtre est quelque chose de grand... Si lui-même se comprenait, il mourrait... Dieu lui obéit : il prononce deux paroles et Notre-Seigneur descend du Ciel à sa voix et se renferme dans une petite hostie". Cette dignité immense, supérieure à celle des anges, découle du pouvoir de consacrer l'Eucharistie et de remettre les péchés. Le prêtre participe à la paternité divine en engendrant les âmes à la vie surnaturelle.
Responsabilité terrible
À cette dignité correspond une responsabilité proportionnée. Le prêtre rendra compte à Dieu non seulement de sa propre âme, mais aussi de celles qui lui sont confiées. Un prêtre négligent, scandaleux ou hérétique commet une faute d'une gravité incommensurable, car il détruit les âmes au lieu de les sauver. "À qui on aura donné beaucoup, on demandera beaucoup" (Lc 12, 48). Les saints (saint Alphonse, saint Jean Eudes) exhortaient constamment les prêtres à la sainteté de vie proportionnée à leur vocation.
Modèle de sainteté
Le prêtre doit être un autre Christ (alter Christus), reproduisant dans sa vie les vertus du divin Maître : humilité, pauvreté, charité, zèle pour les âmes, oraison, mortification. Les grands prêtres (saint Jean-Marie Vianný, saint Padre Pio, saint Jean-Paul II) ont marqué leur époque par la sainteté de leur vie autant que par leur enseignement. Le peuple chrétien a un droit strict à recevoir de ses pasteurs l'exemple d'une vie vraiment sacerdotale.
Conclusion
Le sacrement de l'ordre perpétue dans l'Église le sacerdoce unique du Christ et assure la transmission ininterrompue du pouvoir apostolique de sanctifier, d'enseigner et de gouverner. Sans prêtres, pas de Messe, pas de confession, pas de vie sacramentelle ordinaire. Le sacerdoce ministériel est donc absolument indispensable à la vie de l'Église et au salut des âmes. Respecter les prêtres malgré leurs faiblesses humaines en raison du caractère sacré qu'ils portent, prier pour leur sanctification, favoriser les vocations sacerdotales parmi les jeunes, telles sont les obligations de tout catholique conscient de l'importance vitale du sacerdoce. Que la Vierge Marie, Mère du Prêtre éternel, suscite de nombreux et saints prêtres pour la gloire de son divin Fils et le salut du monde.
Articles connexes
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Les sacrements en général - Théologie générale des sept sacrements
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L'Eucharistie - Le Saint-Sacrement que seul le prêtre peut consacrer
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La Messe - Le sacrifice eucharistique offert par le prêtre
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La Pénitence - Sacrement du pardon administré par le prêtre
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La vocation - L'appel de Dieu au sacerdoce ou à la vie consacrée
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Le célibat consacré - La chasteté parfaite pour le Royaume
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L'évêque - Le successeur des Apôtres
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Le sacerdoce du Christ - Le Grand Prêtre éternel