Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 2
Introduction à la vertu théologale d'espérance
L'espérance est l'une des trois vertus théologales, avec la foi et la charité. Elle occupe une place centrale dans la vie chrétienne, car elle oriente l'âme vers sa fin ultime : la possession de Dieu dans la béatitude éternelle. Sans l'espérance, le chrétien ne pourrait persévérer dans son pèlerinage terrestre, accablé par les difficultés et les tentations.
Nature de l'espérance
Définition théologique
L'espérance est une vertu théologale infuse par laquelle nous désirons et attendons de Dieu, avec une ferme confiance, la vie éternelle et les grâces nécessaires pour l'obtenir. Elle repose sur la toute-puissance de Dieu, sa bonté infinie et sa fidélité à ses promesses. L'espérance ne s'appuie pas sur nos propres forces, mais sur les mérites infinis de Jésus-Christ et sur la miséricorde divine.
Distinction avec la foi et la charité
La foi nous fait connaître Dieu et ses vérités révélées; l'espérance nous fait désirer Dieu comme notre bien suprême et nous donne confiance de l'obtenir; la charité nous fait aimer Dieu pour lui-même et par-dessus toute chose. Ces trois vertus théologales sont inséparablement liées, mais chacune a son objet et son acte propre. L'espérance tient le milieu entre la foi et la charité : elle suppose la foi et prépare la charité.
Le double objet de l'espérance
L'espérance a un double objet : premièrement, Dieu lui-même, que nous espérons posséder dans la gloire; deuxièmement, les grâces et les secours temporels nécessaires pour atteindre cette fin. Nous espérons donc en Dieu et de Dieu : en Dieu comme en celui qui nous donnera le bonheur éternel, de Dieu tous les moyens nécessaires pour y parvenir.
Les fondements de l'espérance chrétienne
La toute-puissance divine
Notre espérance s'appuie d'abord sur la toute-puissance de Dieu. Rien n'est impossible à Dieu; il peut nous sauver quelles que soient notre faiblesse et nos misères. Cette puissance infinie nous donne l'assurance que Dieu peut accomplir ce qu'il a promis.
La miséricorde et la bonté de Dieu
L'espérance repose également sur la bonté et la miséricorde infinies de Dieu. Dieu veut sincèrement notre salut; il est "riche en miséricorde" (Ep 2, 4) et ne désire pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. Cette bonté divine nous donne confiance que Dieu veut nous sauver.
Les mérites du Christ
Enfin, notre espérance se fonde sur les mérites infinis de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Par sa Passion et sa Résurrection, le Christ a rouvert les portes du Ciel et nous a mérité toutes les grâces nécessaires au salut. L'espérance chrétienne n'est pas une espérance naturelle ou philosophique, mais une espérance fondée sur la Rédemption.
Les actes de l'espérance
L'attente confiante
L'acte principal de l'espérance est l'attente confiante du Ciel et des grâces nécessaires. Cette attente n'est pas une passivité, mais une disposition active de l'âme qui compte fermement sur Dieu tout en employant les moyens qu'il a établis pour notre sanctification.
La prière
La prière est l'expression naturelle de l'espérance. Celui qui espère en Dieu demande avec confiance, sachant que "tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et cela vous sera accordé" (Mc 11, 24). La prière de demande manifeste notre dépendance à l'égard de Dieu et notre confiance en sa providence.
Les vices opposés à l'espérance
Le désespoir
Le désespoir est le vice par lequel on cesse d'espérer le salut et les grâces de Dieu. C'est un péché grave contre l'Esprit Saint, car il rejette la miséricorde divine et les mérites du Christ. Le désespoir peut naître d'une considération excessive de ses propres péchés sans regarder la bonté infinie de Dieu.
La présomption
La présomption est le vice opposé par excès, par lequel on espère obtenir le salut sans employer les moyens nécessaires ou en comptant sur ses propres forces plutôt que sur la grâce de Dieu. Il y a deux formes de présomption : espérer se sauver sans mérite (en comptant sur la seule miséricorde de Dieu sans faire pénitence), ou espérer obtenir la gloire par ses propres forces sans le secours de la grâce.
L'espérance dans la vie spirituelle
Vertu du pèlerinage terrestre
L'espérance est particulièrement la vertu du temps présent, du pèlerinage terrestre. Au Ciel, elle disparaîtra, car nous posséderons ce que nous espérons maintenant. L'espérance soutient le chrétien dans les épreuves, les tentations et les tribulations de cette vie.
Source de persévérance
L'espérance donne la force de persévérer jusqu'à la fin. Elle empêche l'âme de se décourager devant ses faiblesses et ses chutes, en lui rappelant que la miséricorde de Dieu est toujours offerte au pécheur repentant. "Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé" (Mt 24, 13).
L'espérance donne la force de persévérer jusqu'à la fin. Elle empêche l'âme de se décourager devant ses faiblesses et ses chutes, en lui rappelant que la miséricorde de Dieu est toujours offerte au pécheur repentant. "Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé" (Mt 24, 13).
Articles connexes
L'espérance et la confiance en la Divine Providence
La Providence divine
L'espérance s'appuie sur la Providence divine, c'est-à-dire sur le soin paternel que Dieu prend de toutes ses créatures, et particulièrement de l'homme créé à son image. Cette Providence gouverne toutes choses avec sagesse et bonté, ordonnant tout au salut des élus. "Nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu" (Rm 8, 28).
La confiance en la Providence délivre l'âme de l'inquiétude excessive pour les biens temporels. Notre-Seigneur nous enseigne : "Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez... Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît" (Mt 6, 25-33). Cette confiance filiale manifeste l'espérance authentique.
L'abandon à la volonté divine
L'espérance parfaite conduit à l'abandon total à la volonté de Dieu. Cet abandon ne signifie pas la passivité ou le fatalisme, mais la soumission amoureuse et confiante à la volonté du Père céleste, qui veut notre bien. "Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car il prend soin de vous" (1 P 5, 7).
L'abandon suppose qu'on accepte non seulement les grâces et les consolations, mais aussi les épreuves et les croix que Dieu permet pour notre sanctification. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus exprimait cet abandon dans sa devise : "Tout est grâce". Cette disposition manifeste la maturité de l'espérance chrétienne.
Péchés contre l'espérance : développement
Le désespoir approfondi
Le désespoir revêt plusieurs formes et degrés de gravité. Le désespoir absolu rejette totalement la possibilité du salut. Le désespoir relatif doute de pouvoir persévérer jusqu'à la fin. Tous deux constituent des péchés graves contre l'Esprit Saint, car ils nient en pratique la toute-puissance et la miséricorde divines.
Le désespoir peut naître de diverses causes : une considération unilatérale de ses péchés sans regarder la miséricorde de Dieu, l'orgueil qui refuse de reconnaître sa dépendance à l'égard de la grâce, les tentations du démon qui suggère que nos péchés sont irrémissibles, ou encore les afflictions et épreuves excessives qui obscurcissent le jugement.
L'Écriture offre pourtant de nombreux exemples de pécheurs pardonnés : le bon larron, Marie-Madeleine, saint Pierre après son reniement, saint Paul persécuteur de l'Église. La parabole du fils prodigue (Lc 15) illustre magnifiquement la miséricorde infinie du Père qui attend toujours le retour du pécheur. Nul péché n'est trop grand pour être pardonné si l'on se repent sincèrement.
La présomption développée
La présomption prend également plusieurs formes. La présomption de salut sans mérites consiste à compter obtenir la gloire éternelle sans observer les commandements ni faire pénitence de ses péchés. C'est une interprétation erronée de la miséricorde divine, qui oublie que Dieu est également juste et que "la foi sans les œuvres est morte" (Jc 2, 26).
La présomption des propres forces espère atteindre le salut par ses seuls efforts, sans la grâce de Dieu. Cette forme de présomption relève de l'orgueil et méconnaît la nécessité absolue de la grâce pour tout acte méritoire. Elle s'oppose à l'enseignement du Christ : "Sans moi, vous ne pouvez rien faire" (Jn 15, 5).
Une troisième forme de présomption consiste à différer continuellement sa conversion, comptant sur une pénitence de dernière heure. Cette attitude téméraire s'expose au danger de la mort subite ou de l'endurcissement final. "Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs" (He 3, 15).
L'espérance et les autres vertus
Espérance et foi
L'espérance suppose la foi et s'appuie sur elle. Sans la foi qui nous fait connaître Dieu et ses promesses, l'espérance n'aurait pas de fondement. La foi nous révèle l'existence du Ciel, la possibilité du salut, et les moyens pour l'atteindre. L'espérance désire ces biens révélés par la foi et compte fermement les obtenir.
Inversement, l'espérance fortifie la foi en maintenant l'âme dans l'attente confiante des promesses divines. Dans les moments de sécheresse spirituelle où la foi est obscurcie, l'espérance soutient l'âme et l'empêche de vaciller. Foi et espérance se fortifient mutuellement dans le combat de la vie chrétienne.
Espérance et charité
L'espérance prépare la charité en disposant l'âme à aimer Dieu. Celui qui espère les biens divins est naturellement porté à aimer leur auteur. Toutefois, l'espérance demeure imparfaite tant qu'elle recherche Dieu principalement comme source de notre bonheur. La charité parfaite élève l'espérance en faisant aimer Dieu pour lui-même, non seulement pour les biens qu'il nous donne.
Dans les âmes avancées, l'espérance devient inseparable de la charité. On espère non seulement le Ciel pour soi-même, mais aussi le salut de tous les hommes par amour de Dieu et du prochain. Cette espérance élargie manifeste la perfection de l'amour et le zèle apostolique.
La croissance de l'espérance
Les moyens de croissance
L'espérance croît principalement par la contemplation des biensfaits divins et la méditation des promesses de Dieu. Plus on connaît la bonté infinie de Dieu et sa fidélité, plus l'espérance s'affermit. La lecture de l'Écriture sainte, particulièrement des Psaumes et des promesses évangéliques, nourrit l'espérance.
La réception des sacrements, spécialement de l'Eucharistie, augmente l'espérance en nous unissant au Christ, principe de notre salut. La confession régulière fortifie l'espérance en manifestant concrètement la miséricorde divine qui pardonne toujours le pécheur repentant.
Les épreuves et l'espérance
Paradoxalement, les épreuves peuvent purifier et fortifier l'espérance. Lorsque les consolations sensibles disparaissent et que l'âme traverse des nuits spirituelles, l'espérance devient plus pure, s'appuyant uniquement sur la foi et non sur les sentiments. Saint Paul enseigne : "La tribulation produit la patience, la patience la vertu éprouvée, la vertu éprouvée l'espérance" (Rm 5, 3-4).
Les saints ont souvent traversé de terribles épreuves qui ont purifié leur espérance. Sainte Thérèse d'Avila, saint Jean de la Croix, et tant d'autres ont connu des nuits obscures où ils ont dû espérer contre toute apparence. Ces épreuves les ont conduits à une espérance héroïque, totalement abandonnée à Dieu.
L'espérance et la prière
La prière d'espérance
L'espérance s'exprime naturellement dans la prière de demande. Celui qui espère demande avec confiance, sachant que "tout ce que vous demanderez dans la prière avec foi, vous le recevrez" (Mt 21, 22). La prière persévérante manifeste l'espérance ferme qui ne se décourage pas devant les délais apparents de la Providence.
Le Notre Père est la prière de l'espérance par excellence. Chaque demande exprime une espérance : la sanctification du nom de Dieu, la venue de son Règne, l'accomplissement de sa volonté, le pain quotidien, le pardon des offenses, la délivrance du mal. En priant ainsi, le chrétien espère toutes choses de son Père céleste.
La liturgie, école d'espérance
La liturgie de l'Église, particulièrement durant l'Avent et le temps pascal, est une école d'espérance. Elle dirige constamment le regard des fidèles vers les biens éternels et nourrit l'attente de la venue du Christ. Les textes liturgiques, les hymnes, et les sacrements forment progressivement l'âme à l'espérance surnaturelle.
Articles connexes
-
Foi - Fondement de l'espérance
-
Charité - Perfection de l'espérance
-
Vertus théologales - Foi, espérance et charité
-
Béatitude éternelle - Objet de l'espérance
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Grâce divine - Moyen espéré pour atteindre le salut
-
La confiance en Dieu - Acte de l'espérance
-
La Divine Providence - Fondement de la confiance
-
Les vertus chrétiennes - Ensemble des vertus incluant l'espérance